vendredi, 14 juin 2024
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Le martyr de Khan Younès

Située au sud pâle de la bande de Gaza, Khan Younès se dresse, non pas de la terre, mais du sable. Depuis le XIVe siècle, cette ville porte le nom de l’émir turc Yunus al-Nuruzi Khan, qui fut le gardien d’un caravansérail, véritable oasis pour les âmes en voyage vers la sacralité de la Mecque.

Khan Younès est une mosaïque de vies entremêlées, résonnant des histoires de milliers de Palestiniens, des existences jetées par les troubles de l’histoire, notamment suite à la guerre israélo-arabe de 1948.

Au cœur de cette ville, le camp Al Amal se tient comme un symbole d’espoir et de résistance, portant en lui les aspirations à une existence meilleure qui tarde à venir.

En février 1993, ce camp et les quartiers avoisinants ont été transformés en ruines. L’armée israélienne a envahi l’endroit, encerclant le secteur avec des blindés et survolant la zone avec des hélicoptères. Par des annonces diffusées via des haut-parleurs, les habitants ont reçu l’ordre d’évacuer en cinq minutes, pas une de plus, avant que les blindés ne commencent à tirer.

Seize maisons ont été totalement détruites et six autres gravement endommagées, dans ce qui s’apparentait à une opération militaire contre des civils. Avec le temps, le désir de ce peuple de vivre en paix demeure, malgré la persistance d’un traitement similaire.

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La ville, telle qu’enregistrée par le Bureau central palestinien des statistiques en 1997, bat au rythme de 200 000 cœurs, chacun portant en lui l’histoire et l’espoir d’une nation en quête de paix.

Avec ses ruelles, des veines pleines de vie, elle est un témoignage vivant de la persévérance et de la force de son peuple, un carrefour où le passé et l’avenir semblent ne pas vouloir se rencontrer dans une étreinte éternelle, car dominés par un sordide présent.

Avant donc que le voile de nakba de 1948 ne s’abatte sur ses épaules, Khan Younès était une escale, un carrefour où les commerçants arabes vendaient leurs épices, et où les pèlerins, le cœur vibrant d’espoir, marchaient vers la Mecque en quête de lumière divine.

Mais le destin, tel un orage imprévu, vint bouleverser son calme ancestral. En 1948, la ville devint un refuge pour 35 000 âmes égarées, portant en elles les stigmates d’un pays perdu.

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L’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA), des souvenirs, enregistra en 2002 la présence de 60 662 réfugiés, descendants des premiers exilés, chassés de leurs terres.

Khan Younès : entre hier et aujourd’hui

En octobre 1956, notre ville fut le théâtre d’un événement tragique, lorsque le ciel se colora du rouge du sang d’innocents. La bande de Gaza était déjà le cadre d’une tragédie mise en scène par l’armée israélienne.

Le 3 novembre de cette année-là, sous le regard indifférent du monde, similaire à l’actuel, 75 civils palestiniens furent rassemblés sur des places publiques et exécutés, un acte qui fut consigné dans les pages sombres des rapports de l’ONU.

L’ombre de la seconde Intifada, déclenchée à la fin de septembre 2000 suite à la visite controversée d’Ariel Sharon sur l’Esplanade des Mosquées le 28 septembre 2000, s’abattit sur Khan Younès, transformant ses ruelles en lignes de front d’un conflit interminable. Considérée comme un bastion de la résistance, la ville devint le centre des tensions politiques, subissant les assauts répétés d’un conflit qui paraissait sans fin.

En octobre 2002, le ciel, autrefois témoin de prières en silence, fut percé par le bruit assourdissant des hélicoptères israéliens, présageant des jours de souffrance et de peur. Kofi Annan, le secrétaire général de l’ONU, exprima son regret face à l’attaque menée ce matin par les forces militaires israéliennes contre des zones civiles de Khan Younès. Cet incident fit au moins 14 victimes et des dizaines de blessés palestiniens. De nouveau, 14 morts.

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La route reliant Khan Younès à la ville juive de Kissoufim fut le lieu d’affrontements constants, chaque détonation de mortier résonnant comme un coup porté à la paix.

Le jeudi 16 décembre 2004, des bulldozers, des bêtes d’acier, ravagèrent une partie de la ville dans le but de réprimer les voix de la résistance. Cette opération, un véritable ouragan de destruction, emporta de nombreuses vies palestiniennes, laissant derrière elle une profonde cicatrice dans le paysage et dans les cœurs.

Les bombardements continuèrent de ponctuer les jours et les nuits de Khan Younès, chaque explosion rappelant cruellement la précarité de l’existence. Mais même dans l’adversité, la ville reste un symbole d’espoir, incarnant la résilience d’un peuple, le peuple palestinien, en quête d’une lueur d’espoir dans l’obscurité de l’histoire. La déshumanisation des Palestiniens n’est pas un phénomène récent. Et lorsqu’on déshumanise l’autre, le tuer ne pose plus de problème de conscience.

Dans les pages sombres de l’histoire, « la guerre d’Israël-Hamas » qui a débuté le 7 octobre 2023 se grave comme une cicatrice profonde, un chapitre douloureux où l’humanité semble avoir perdu son chemin.

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Au cœur de cette tourmente, l’hôpital Nasser à Khan Younès se dresse, un phare d’espoir dans une mer de désespoir, jusqu’à ce que février 2024 voie l’orage de la guerre s’abattre sur ses murs.

Avant l’aube de l’assaut, des vies sont fauchées par la froide précision des tireurs embusqués, des existences éteintes aux portes de ce sanctuaire de guérison. Le bureau humanitaire des Nations unies porte témoignage de ces jours sombres, où l’ombre de la mort plane, annonçant l’orage à venir.

Le 13 février, un écho sinistre résonne à travers les couloirs de l’hôpital, porté par le mégaphone d’une armée lointaine. « Sortez, animaux ! » Une injonction déshumanisante, un présage de la tragédie à venir.

Les soldats, dans une mise en scène macabre, envoient un jeune Palestinien, les yeux bandés, messager de leur ultimatum. Sa mission accomplie, il est exécuté, une vie offerte en sacrifice sur l’autel de la guerre, sous l’œil impuissant des caméras. Lorsqu’on déshumanise on tue sans conscience.

L’assaut se poursuit, le service d’orthopédie devient cible de bombardements, un sanctuaire de guérison transformé en tombeau. Dans l’unité de soins intensifs, des âmes s’éteignent, asphyxiées par une pénurie d’oxygène, victimes d’une guerre qui ne connaît ni nom ni visage.

L’armée israélienne justifie son attaque, évoquant des ombres de menaces cachées entre ces murs, des otages retenus par le Hamas. Mais ces mots se heurtent au mur du déni, et les voix s’élèvent, dénonçant l’assaut contre l’essence même de la vie.

Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme s’insurge contre cette stratégie de guerre qui prend pour cible les veines d’un système de santé déjà exsangue, étranglé par un siège implacable.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) compte les cicatrices, des centaines d’attaques contre des bastions de guérison, des centaines de vies fauchées, un témoignage de la brutalité d’un conflit qui dévore tout sur son passage.

Dans ce récit de douleur et de perte, Khan Younès et son hôpital Nasser demeure des symboles de résilience, des bastions d’humanité dans le chaos de la guerre, rappelant au monde que même dans les ténèbres les plus profondes, il y a des lueurs d’espoir qui refusent de s’éteindre.

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Alors, mes amis, dans la quiétude de la nuit, quand vous êtes enveloppés dans la solitude de votre lit, laissez votre esprit se tourner vers ces millions d’âmes. Dans leur lutte quotidienne, elles essaient de transformer le sable en farine, espérant ainsi apaiser la faim qui les tenaille.

Fermez les yeux, et peut-être percevrez-vous l’ombre d’une silhouette qui erre dans les décombres de Khan Younès, en quête désespérée d’un peu d’eau pour étancher sa soif.

Fermez les yeux, et vous pourriez voir des dizaines de jeunes, les yeux levés vers le ciel, sautant dans l’espoir d’attraper de la nourriture lancée depuis un avion.

Autour d’eux, une indifférence glaciale, celle de ceux qui détiennent le pouvoir de changer les choses mais qui choisissent de rester passifs. Imaginez cette scène et ressentez la profonde injustice qui marque leur quotidien.

C’est dans ces moments de réflexion solitaire que nous prenons conscience de la fragilité de notre humanité commune et de l’importance de la compassion et de l’action.

Ne fermons pas les yeux sur leur souffrance, mais ouvrons nos cœurs et nos mains pour apporter, à notre échelle, un peu de lumière dans leur obscurité.

Omar Hamourit

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