Brahim Tayeb fait vibrer le Théâtre de la Tour Eiffel

Dans l’élégance du Théâtre de la Tour Eiffel, Brahim Tayeb a offert à son public un concert intense, empreint d’émotion, de mémoire et de transmission. Une soirée où l’artiste a célébré ses 60 ans en communion avec un public fidèle, dans un dialogue sincère entre musique et amour.

Dans cette belle salle nichée au pied de la Dame de fer, le Théâtre de la Tour Eiffel, reconnue pour la qualité de sa programmation et l’intimité qu’elle offre entre l’artiste et son public, l’atmosphère était déjà chargée d’attente. Ce samedi 4 avril, Brahim Tayeb a retrouvé son public parisien pour un concert à la fois intime et puissant.

Accompagné de son épouse Amel, poétesse elle aussi, fidèle à ses côtés depuis toujours, l’artiste fait son entrée sous une ovation mêlant applaudissements nourris et youyous vibrants. Avant même les premières notes, le ton est donné : celui de l’émotion.

Dans un moment suspendu, il rend un hommage poignant à sa grande sœur, récemment disparue. Une figure essentielle de sa vie d’homme et d’artiste, à qui il dédie ce concert, avec pudeur et reconnaissance. La salle, recueillie, mesure alors la profondeur de ce lien entre l’artiste et son histoire.

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Une soirée entre classiques et confidences

Entouré d’un orchestre professionnel dirigé par Salem Kerrouche, également à la flûte, et d’une chorale de jeunes voix, Brahim Tayeb s’empare de son instrument de prédilection, le oud, pour ouvrir la soirée.

Dès les premières notes, la magie opère. Sa voix, toujours aussi chaude et harmonieuse, traverse la salle avec une aisance intacte. Les classiques s’enchaînent — « Qqim ed yidi si laɛṭil », « Lakhyal », « Lemhibam » — réveillant souvenirs et émotions chez un public conquis.

Entre deux morceaux, l’artiste se livre avec une spontanéité désarmante, partageant anecdotes d’enfance et fragments de jeunesse, déclenchant rires et complicité. L’ambiance devient presque intime. La salle chante avec lui, en chœur, comme un prolongement naturel de sa voix.

Un dialogue artistique et des rencontres inattendues

L’un des moments les plus marquants de la soirée reste cet échange poétique avec son épouse Amel. Dans une forme de dialogue artistique rare, leurs mots se répondent avec une intensité saisissante.

Il l’interpelle dans sa langue maternelle :

« Awufan, telliḍ gar w-ass akked yiḍ, d amẓal n tafat, ul-iw ad d-ifer, ad inyafeg ɣur-am… »

Elle lui répond, dans un souffle presque mystique, dans la langue de Molière :

« À l’approche de ta flamme, je deviens comète. Dans notre nuit séculaire, je prie pour l’extension de l’univers. »

Un instant en apesanteur, à la fois délicat et profondément émouvant.

La soirée réserve également son lot de surprises, avec la présence de Jean-Philippe Rykiel, ami de longue date. Ensemble, ils interprètent « Amaryllis », une œuvre symbolique, décrite comme « une fleur ayant choisi la musique plutôt que la lumière », illustrant la musique comme un pont entre les cultures.

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« Ussan nni », un passage de témoin et une célébration partagée

Moment de communion absolue, l’interprétation de « Ussan nni » vient sceller l’unité entre l’artiste et son public — un public d’exception, où l’on distingue, parmi les présents, le doyen et légende vivante de la chanson algérienne, Kamel Hamadi, du haut de ses 90 ans.

Ce titre, devenu un véritable repère générationnel, est ici élevé au rang de symbole. Il en fait un point d’orgue, un passage de témoin entre les générations.

Dans cette dynamique de transmission, le jeune chanteur prometteur Bilal Mohri, qui a interprété « Ul Yedduqusen » en duo avec lui, incarne cette relève en devenir.

La chorale de jeunes voix, sélectionnée à l’issue d’un concours lancé sur TikTok, incarne cette transmission vivante. Une jeunesse qui s’approprie l’héritage, sans le trahir.

À ses côtés, la présence de Rabah Ticilia, compagnon des premières heures, rappelle la profondeur d’un parcours forgé dans les épreuves. Une amitié née dans les années sombres de l’Algérie, mais jamais altérée, portée par la force d’un rêve : celui d’un printemps toujours possible.

La soirée s’achève dans une atmosphère familiale, avec un gâteau d’anniversaire célébrant les 60 printemps de l’artiste, porté par un chœur de “Joyeux anniversaire” entonnés par les nombreux présents.

Mais au-delà de la célébration, c’est une véritable traversée émotionnelle qui s’est jouée ce soir-là. Un voyage entre mémoire et présent, entre héritage et continuité .

Brahim Tayeb n’a pas seulement chanté, en cette nuit de printemps au cœur de la Ville Lumière. Il a partagé. Et dans cette salle, au pied de la Tour Eiffel, il a rappelé que certaines voix ne quittent jamais vraiment ceux qui les écoutent.

Hamid Banoune