Dans cet entretien, Idir Tas raconte comment son livre « Bachir, le brave tirailleur » s’est imposé comme un véritable devoir de mémoire, rendant hommage à tous les tirailleurs algériens de la Grande Guerre.
À partir du seul livret militaire de son grand‑oncle Bachir, originaire d’Akfadou et engagé parmi les tirailleurs algériens, Idir Tas a patiemment reconstitué le destin d’un Poilu longtemps effacé de l’histoire.
Entretien réalisé par Tahar Khalfoune
Diasporadz : Comment t’est venue l’idée d’écrire sur un Poilu d’Akfadou ?
Idir Tas : Lorsque j’étais enfant, ma grand-mère paternelle me parlait souvent du grand frère de son mari qui avait fait la Première Guerre mondiale. Je n’ai jamais connu Bachir, mais j’ai toujours été touché par son sort. Il a appartenu au neuvième régiment de tirailleurs algériens et il a participé notamment à la bataille de Matz du 11 au 13 juin 1918 et à la deuxième bataille de La Marne du 18 au 21 juillet 1918, ce qui a valu à son régiment deux citations à l’Ordre de l’Armée.
A ne pas rater
Martine Chifflot : "Nous ne sommes pas qui nous croyons être"Hommage à Mohammed Harbi à l’Institut du monde arabe : entre histoire, mémoire et engagementBrahim Saci : « L’encre des regrets s’inscrit dans une pensée du temps irréversible »Enfant déjà, Bachir était un héros à mes yeux, d’abord parce qu’il était revenu vivant, mais aussi parce qu’en dépit de sa blessure de guerre en août 1918, il continuait à travailler durement ses terres.
Ce n’est que dernièrement que j’ai découvert le livret militaire du soldat Bachir avec cette citation : « Brave tirailleur ayant fait preuve de courage en ligne ». Mon imagination n’était donc pas loin de la vérité, puisque j’en avais déjà fait mon héros.
Diasporadz : Sur quoi t‘es-tu basé pour écrire ce livre ?
Idir Tas : A dire vrai, je n’avais pas grand-chose à part son livret militaire. Bachir n’a jamais envoyé de lettres à sa famille. D’ailleurs il ne savait pas écrire. Il n’est jamais allé à l’école. Il n’y en avait pas à l’époque à Akfadou, dans sa région natale.
Étant donné que je n’avais pas de documents sur quoi m’appuyer, j’ai essayé d’imaginer ce qu’il avait dû vivre et endurer. Je me suis aidé de mes lectures sur la Grande Guerre.
Tout récemment, grâce à l’aide précieuse du site sur la Guerre de 14-18, j’ai pu apprendre que le 9e RTA (régiment de tirailleurs algériens) avait participé à plusieurs batailles et était notamment présent à Verdun d’août à décembre 1917.
Diasporadz : Faut-il considérer ton livre comme un récit historique ou plutôt comme une œuvre de fiction inspirée de la vie de ton grand-oncle paternel ?
Idir Tas : C’est d’abord une œuvre de mémoire, inspirée de la vie de mon aïeul Bachir, pour rendre hommage au courage de tous les Poilus, y compris aux tirailleurs algériens qui ont payé eux aussi un lourd tribut en 14-18. C’est pour qu’on se souvienne encore de tous ces « invisibles », qu’ils soient de France ou d’ailleurs.
A l’heure où toutes sortes de conflits s’allument aux quatre coins du monde, on ne doit jamais oublier toute la barbarie absurde des hommes qui se font la guerre. Si les Poilus pouvaient nous parler aujourd’hui, sans doute nous diraient-ils de ne pas reproduire les mêmes erreurs, car la vie est précieuse et on ne vient pas sur terre pour la mutiler.
Entretien réalisé par Tahar Khalfoune
Idir Tas, Bachir, le brave tirailleur, Editions L’Harmattan, février 2026

