Figure majeure de la chanson kabyle, Medjahed Hamid At l’Hocine incarne une élégance rare, celle d’un artiste qui a bâti une œuvre exigeante, fidèle aux maîtres, tout en restant d’une humilité absolue. Compositeur prolifique, chanteur à la diction limpide, homme de radio et passeur de mémoire, il a marqué plus d’un demi-siècle de création amazighe par une présence discrète mais décisive.
Né en 1949 à la Casbah d’Alger, originaire du village Alma (Ichelladhen), Medjahed Hamid grandit dans un environnement où le chaâbi règne en souverain. Pourtant, c’est la découverte de Chérif Kheddam qui bouleverse son horizon artistique.
Fasciné par la rigueur poétique et la finesse mélodique du maître, il décide de s’inscrire dans cette lignée, au point d’apprendre le kabyle à l’âge de vingt ans pour pouvoir chanter dans la langue de ses ancêtres.
Cette démarche, rare et profondément symbolique, révèle déjà l’exigence d’un artiste qui ne transige ni avec la langue ni avec la tradition.
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Les débuts : la radio comme tremplin
En 1969, il fait ses premiers pas à la Chaîne II amazighe, dans une émission animée par Mhenni et Acherouf Idir. La même année, il enregistre « Ayghar Lakhdaa » avec l’orchestre de Maâti Bachir.
Ce premier enregistrement ouvre une carrière qui s’étendra sur plusieurs décennies, nourrie par une collaboration constante avec les grands chefs d’orchestre de la radio : Maâti Bachir, Teyssir Aklah, Ammari Maamar, Mohamed Mokhtari, Chérif Kortebi, Mahmoud Aziz.
La radio devient pour lui un espace de création, de diffusion et de transmission. Il y produira plus tard des émissions marquantes, dont « Ighneyen Uzeka », qui a révélé et accompagné de nombreux artistes.
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Medjahed Hamid est l’un des compositeurs les plus respectés de la chanson kabyle moderne. Son catalogue compte une quarantaine de chansons enregistrées à la radio, toutes travaillées avec une précision remarquable.
Il compose également pour des artistes majeurs : Nouara, Djida, Mouloud Habib, Aït Meslayen, Abdelkader Meksa, Méziane Rachid, et bien d’autres. Sa modestie est telle que certaines de ses compositions ont été attribuées par erreur à Chérif Kheddam. Loin de s’en offusquer, il y voyait un hommage à celui qu’il considérait comme son maître spirituel.
Un épisode marquant : la demande de Matoub Lounès
Peu avant son assassinat, Matoub Lounès lui demande de composer deux chansons pour son prochain album. C’est un fait exceptionnel : Matoub n’avait jamais sollicité un compositeur extérieur. Le projet n’a pas pu aboutir, mais Medjahed Hamid finira par interpréter lui-même ces deux chansons dans un album ultérieur, comme un geste de fidélité et de mémoire.
Pendant près de quarante ans, Medjahed Hamid refuse d’éditer ses chansons. Pour lui, l’artiste compose et chante ; l’édition relève d’un autre métier. Ce n’est qu’à la fin des années 2000 qu’il accepte de publier trois volumes regroupant une vingtaine de ses œuvres, puis un quatrième en préparation, contenant des inédits. Cette discrétion éditoriale explique en partie pourquoi son nom reste moins médiatisé que celui de ses contemporains, alors que son influence est immense.
Un héritier de Kheddam, un maître pour les générations
Son style se caractérise par une poésie limpide, une musicalité précise, un attachement profond à la tradition kabyle, une sobriété expressive, une grande générosité artistique. En 2024, il est honoré au Festival de la poésie amazighe Akal Amelal, où chercheurs et artistes saluent son rôle de « digne héritier de Chérif Kheddam ».
Medjahed Hamid appartient à cette catégorie rare d’artistes dont l’importance dépasse la visibilité médiatique. Il est un pilier de la chanson kabyle, un compositeur majeur, un passeur de mémoire, un homme de radio, un créateur d’une grande intégrité artistique. Son œuvre, patiemment construite, continue d’inspirer les nouvelles générations, qui voient en lui un modèle de rigueur, de fidélité et de beauté musicale.
Brahim Saci

