Publié en mai 2026 aux Éditions La Découverte, Un massacre en Kabylie de Safia Kessas et Fabrice Riceputi, préfacé par Edwy Plenel, revient sur l’exécution de soixante‑quinze civils et les violences sexuelles commises par l’armée française le 23 mai 1956 dans trois villages de la vallée de la Soummam. En croisant les archives militaires et les témoignages des survivants, les auteurs restituent un épisode longtemps occulté de la guerre d’Algérie et interrogent les mécanismes du silence et du déni qui ont entouré cette tragédie.
Le 23 mai 1956, Aït Soula, Tazrouts et Agouni, trois villages de la vallée de la Soummam, en Kabylie, sont encerclés à l’aube par des unités de l’armée coloniale française. « Les hommes sont séparés des femmes avant d’être exécutés. Environ soixante-quinze civils sont assassinés. Plus de deux cents femmes sont rassemblées de force à la mosquée, contraintes à se dénuder sous la menace des armes. Des viols collectifs sont commis », lit-on en quatrième de couverture. Longtemps présenté comme un simple « accrochage avec des rebelles », cet épisode constitue en réalité un massacre prémédité, effacé des récits officiels et enfoui dans les mémoires.
Dans Un massacre en Kabylie, Safia Kessas et l’historien Fabrice Riceputi reconstituent minutieusement cette journée de terreur. Leur travail croise archives militaires, témoignages des derniers survivants et récits familiaux. Ils exhument notamment le manuscrit inédit d’un instituteur témoin direct, décrivant « un assassinat collectif et prémédité », scène de fumée, de cris et de cadavres entassés.
L’enquête met également en lumière les mécanismes de déresponsabilisation employés par l’armée française, qui attribue les exactions à des « tirailleurs sénégalais » pour masquer la chaîne de commandement réelle. Les auteurs confrontent ces versions officielles aux récits des habitants, révélant l’ampleur des violences, notamment celles infligées aux femmes, longtemps tues ou minimisées.
Au‑delà de la reconstitution historique, le livre interroge la fracture mémorielle laissée par la violence coloniale. Les humiliations subies par les femmes, la disparition des hommes, le silence imposé aux familles ont durablement marqué la transmission entre générations.
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« L’implacable documentation de cet « Oradour-sur-Glane » parmi tant d’autres, sur la longue durée de la conquête puis de l’occupation françaises en Algérie, contredit, à elle seule, le négationnisme des crimes coloniaux dont le retour en force dans le débat public fait aujourd’hui le lit des idéologies racistes, suprémacistes et fascistes », écrit Edwy Plenel dans sa préface.
Dense, rigoureux et profondément humain, Un massacre en Kabylie redonne voix aux victimes et restitue à l’histoire un épisode longtemps occulté. C’est un ouvrage essentiel pour comprendre la guerre d’Algérie, ses zones d’ombre et les blessures encore ouvertes de la mémoire coloniale.
Saïd Aklid
Safia Kessas et Fabrice Riceputi, Un massacre en Kabylie – Algérie 1956, préface par Edwy Plenel, Éditions La Découverte, mai 2026

