À l’occasion du centenaire de la création de l’Etoile nord-africaine et du 81e anniversaire des Massacres du 8 mai 1945, l’Université Abderrahmane-Mira de Béjaïa a organisé, ce dimanche 3 mai 2026, un congrès international réunissant chercheurs et universitaires autour d’une question centrale : quel bilan, un siècle après, pour ce mouvement fondateur du nationalisme algérien ?
Porté par la Faculté des Sciences humaines et sociales de Béjaïa, le département d’histoire et d’archéologie, en collaboration avec le Laboratoire Patrimoine, Communication et Mutations sociales, ce congrès sur l’Etoile nord-africaine s’inscrit dans une double temporalité mémorielle. Il ambitionne à la fois de revisiter la genèse du mouvement national et d’interroger ses prolongements dans l’Algérie contemporaine.
Fondée dans les années 1920 par un noyau de travailleurs immigrés algériens, l’Etoile nord-africaine constitue l’un des premiers cadres structurés du militantisme anticolonial, préfigurant les dynamiques politiques qui mèneront à l’indépendance.
Un siècle plus tard, son héritage demeure un objet de réflexion académique majeur, à la croisée de l’histoire, de la sociologie et de la mémoire collective.
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Une première session au cœur des fondements du mouvement
La première partie de ce congrès a été marquée par une série d’interventions revenant sur les racines politiques et idéologiques de l’Etoile nord-africaine. Kamel Beniaiche, journaliste, écrivain et chercheur en histoire nationale, a ouvert les travaux avec une communication intitulée « L’ENA et la renaissance du courant indépendantiste », mettant en évidence le rôle structurant de ce mouvement dans l’émergence d’une conscience politique moderne.
La présence de Aït Ahmed Ouali, ancien secrétaire du PC de la wilaya III, a constitué un moment particulièrement fort. En sa qualité d’acteur direct et témoin vivant de la Guerre de Libération nationale, son intervention, axée sur «l’ENA, matrice du recouvrement de la souveraineté nationale et de la personnalité algérienne», a apporté un éclairage à la fois historique et politique.
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Après une introduction assurée par le président de cette rencontre et modérateur, Ouatmani Settar, consacrée au programme et aux activités de l’ENA à travers le journal El-Ouma, la parole a été donnée à l’historien Benjamin Stora.
Une genèse revisitée au prisme du mouvement national
Parmi les moments marquants de la journée, l’intervention de Benjamin Stora a particulièrement retenu l’attention. L’historien français a proposé une synthèse du parcours du mouvement national algérien, en mettant en lumière la genèse de l’Etoile nord-africaine.
Revenant sur sa création en 1926 à Paris, il a rappelé que l’ENA s’inscrit dans le sillage des réseaux anticoloniaux liés au mouvement communiste international, notamment à travers l’Union intercoloniale. Portée à ses débuts par des figures comme Abdelkader Hadj Ali, l’organisation s’appuie sur l’immigration ouvrière algérienne et articule revendications sociales et émancipation politique.
L’intervention a également mis en évidence un tournant majeur avec l’émergence de Messali Hadj. Son discours au congrès anticolonial de Bruxelles en 1927 marque une rupture décisive, en posant les bases d’une revendication centrale : l’indépendance totale de l’Algérie, rompant progressivement avec les orientations initiales liées au Parti communiste français (PCF).
Cette évolution s’accompagne de tensions internes et d’une recomposition du mouvement, jusqu’à la rupture avec le PCF en 1928, puis les dissolutions successives de l’ENA par les autorités coloniales.
Malgré ces entraves, la dynamique se prolonge à travers la création du Parti du peuple algérien (PPA) en 1937, inscrivant durablement cette trajectoire dans le processus qui mènera à l’Indépendance.
De l’histoire politique à la symbolique identitaire
La seconde partie de cette rencontre, modérée par le Pr Mahmoud Aït Meddour, a élargi la réflexion aux dimensions culturelles et symboliques du mouvement national.
Aux côtés de l’historien Todd Shepard, professeur à la Johns Hopkins University et spécialiste de la France contemporaine et des études coloniales, et du professeur Hassan Remaoun, les échanges ont porté sur la construction des marqueurs identitaires dans le contexte colonial.
L’intervention de Todd Shepard s’est notamment intéressée à la portée symbolique de l’habit, à travers le port du tarbouche de Messali Hadj, analysé comme « un signe d’affirmation identitaire et de résistance culturelle ». Une approche qui, selon lui, « met en lumière la manière dont certains codes vestimentaires ont pu incarner, au-delà du politique, une forme de revendication culturelle et civilisationnelle ».
Entre exigence scientifique et enjeux mémoriels
Les échanges avec l’assistance — chercheurs, étudiants et participants — ont prolongé la réflexion autour des enjeux mémoriels, des lectures historiographiques et des tensions contemporaines liées à l’écriture de l’histoire.
Au-delà de sa dimension scientifique, ce colloque met en évidence une réalité plus profonde : la mémoire du mouvement national demeure un espace traversé par des enjeux politiques et des lectures concurrentes. Entre récit institutionnel, recherche académique et transmission générationnelle, l’histoire de l’ENA continue de faire débat.
À Béjaïa, ce congrès n’a pas seulement célébré un centenaire. Il a rappelé que l’histoire du mouvement national algérien reste un champ vivant, traversé par les interrogations du présent. Un siècle après la naissance de l’Etoile nord-africaine, la question de son héritage demeure ouverte et plus que jamais nécessaire.
Hamid Banoune

