Les sanctions contre CNews relancent le débat sur le rôle de l’Arcom, accusée de manquer de fermeté face aux dérives de la chaîne.
L’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom) est au centre d’une nouvelle controverse après des révélations de Mediapart. Selon le média d’investigation publiées le 16 janvier 2026, la direction de l’Arcom aurait, à plusieurs reprises, choisi de ne pas suivre les recommandations de ses propres services et prendre des sanctions contre la chaine d’extrême droite CNews, pourtant régulièrement épinglée pour des manquements à ses obligations légales.
Un ralentissement notable des sanctions
Alors que la chaîne du groupe Canal+, propriété du milliardaire d’extrême droite Vincent Bolloré, a accumulé vingt-quatre décisions défavorables en six ans, l’année 2025 marque un net coup de frein. L’Arcom n’a prononcé qu’un rappel à l’ordre et deux sanctions, toutes rendues publiques tardivement, en plein creux médiatique.
Aucune amende n’a été infligée, contrairement à des décisions antérieures plus sévères, comme celle de 2024 où CNews avait écopé de 60 000 euros pour des propos assimilant immigration et violence.
Nouvelles dérives de CNews
Cette évolution intervient dans un contexte de fortes tensions autour du rôle de l’Arcom, régulièrement accusée de mansuétude face aux dérives éditoriales de CNews. La polémique a été ravivée à la suite de propos tenus à l’antenne par Pascal Praud, le 13 janvier, lors d’une émission consacrée aux affrontements entre forces de l’ordre et agriculteurs. Commentant les images, l’animateur avait notamment déclaré : « Les gens en face sont blancs », avant d’ajouter que les policiers devaient s’interposer « avec des gens qui partagent parfois les mêmes convictions, ou […] les origines ».
Ces déclarations ont suscité de nombreuses réactions. La France insoumise (LFI) a saisi la justice ainsi que l’Arcom, tout comme de nombreux téléspectateurs. La chaîne est, à ce jour, celle qui a fait l’objet du plus grand nombre de rappels à l’ordre et de sanctions ces dernières années, avec vingt-quatre décisions défavorables en six ans, selon les données publiques du régulateur.
Des dossiers bloqués en interne ?
Mais comment expliquer cette passivité de l’Autorité de régulation de l’audiovisuel face aux dérives répétées de la chaine d’extrême droite ? D’après Mediapart, les équipes chargées d’instruire les signalements avaient recommandé la transmission de plusieurs dossiers au rapporteur indépendant, étape préalable à des sanctions plus lourdes.
Ces dossiers seraient restés bloqués plusieurs mois au niveau de la direction générale avant d’être finalement abandonnés. L’Arcom dément toute volonté d’indulgence et affirme que la gradation des sanctions n’est pas automatique, même en cas de récidive.
Des critiques croissantes sur le pluralisme
Reporters sans frontières (RSF), qui a saisi à plusieurs reprises l’Arcom ces dernières années, dénonce un régulateur « défaillant ». « L’Arcom est en train de complètement faillir et a quasiment abandonné sa mission de régulation », estime Arnaud Froger, journaliste au sein de l’ONG, cité par Mediapart.
RSF rappelle que le Conseil d’État avait déjà, en 2021, enjoint le régulateur à revoir ses critères de contrôle du pluralisme, au-delà du simple décompte des temps de parole. Si l’Arcom avait, dans la foulée, mis en garde CNews, les évolutions éditoriales de la chaîne sont restées limitées.
L’ONG a annoncé le dépôt d’une nouvelle saisine le 15 janvier, visant les contournements présumés des règles de pluralisme, également documentés par les journaux Mediapart et Libération. Une enquête vidéo avait notamment mis en lumière une programmation reléguant certaines sensibilités politiques à des plages horaires à faible audience.
Une autorité sous pression
Du côté de CNews, la direction renvoie la responsabilité au régulateur, estimant que c’est à l’Arcom de juger du respect des règles. « Ce n’est ni à moi ni aux médias de dire si nous respectons les règles, c’est à l’Arcom de le faire », a déclaré Gérald-Brice Viret, directeur général de Canal+, devant l’Association des journalistes médias, le 15 janvier.
À l’Assemblée nationale, Aurélien Saintoul, député LFI et rapporteur de la commission d’enquête sur l’attribution des fréquences TNT, regrette la prudence excessive de l’autorité, alors que l’influence de la chaîne continue de croître.
L’Arcom invoque pour sa part la complexité juridique des dossiers et des délais de traitement allongés. Pour ses détracteurs, ce ralentissement nourrit l’idée d’un affaiblissement du contrôle exercé sur l’un des acteurs les plus engagés à l’extrême droite du paysage audiovisuel français.
Saïd A./Agence AA


