À la suite des déclarations du président Abdelmadjid Tebboune à Berlin affirmant que les opposants établis à l’étranger sont « les bienvenus » en Algérie, des membres de la diaspora ont décidé de prendre la parole publiquement.
Dans cette lettre ouverte, les signataires prennent acte de l’engagement affiché par le président Tebboune mais demandent qu’il se traduise par des garanties concrètes : fin des ISTN arbitraires, respect de la liberté de circulation, abandon des pratiques de « repentance », protection de la liberté d’expression et amnistie pour les détenus politiques et d’opinion. Une interpellation directe qui appelle le pouvoir à joindre les actes à la parole.
Monsieur le Président,
Lors de votre rencontre du 16 juillet 2026, à Berlin, avec des membres de la communauté nationale établie en Allemagne, vous avez déclaré que les opposants algériens établis à l’étranger étaient les bienvenus dans leur pays.
Nous, signataires de diverses sensibilités résidant à l’étranger, avons pris acte de votre déclaration qui affirme qu’il est légitime de s’opposer aux politiques publiques et de proposer des alternatives pour l’avenir du pays.
Sachant qu’un retour en Algérie qui est de principe un droit inaliénable pourrait se traduire, pour nous, par une arrestation, des poursuites judiciaires ou d’autres mesures restrictives en raison de nos opinions, de nos prises de position publiques et de notre engagement politique, nous attendons que cette parole présidentielle se traduise en actes concrets, notamment par :
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– la garantie, claire et sans ambiguïté, du respect du droit à la liberté de circulation pour tout·e·s les Algérien·ne·s de la diaspora, en mettant fin aux entraves administratives liées à la délivrance des documents de voyage, ainsi qu’aux interdictions illégales d’entrée sur le territoire national et aux nombreuses interdictions de sortie du territoire national (ISTN) prononcées sans décision de justice et pour des durées arbitraires ;
– l’abandon des pratiques consistant à contraindre certain·e·s militant·e·s à signer un document de « repentance » et de renoncement à leurs convictions comme condition, implicite ou explicite, de leur retour au pays. Les opinions politiques ne constituent pas un délit pour lequel il faudrait demander pardon ;
– le respect de notre droit à exprimer librement nos opinions, nos analyses, nos critiques et nos propositions, sans être diffamés, qualifiés d’ennemis de la nation et menacés de déchéance de la nationalité. Cet appel adressé aux opposants ne pourra se concrétiser sans l’abrogation des dispositions de loi liberticides, telles que l’article 87 bis du Code pénal, qui criminalise précisément cette expression politique que vous affirmez aujourd’hui reconnaître comme légitime.
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Si les traditions et valeurs algériennes auxquelles vous vous référez sont bien celles du respect, cette déclaration qui vous engage pourrait ouvrir la voie à un climat de confiance entre l’État et la diaspora, si elle venait à être suivie d’effets concrets.
Cette adresse faite aux opposants établis à l’étranger ne peut être dissociée de mesures similaires en faveur des opposants vivant en Algérie. Une première mesure de cohérence à vos propos serait l’adoption d’une amnistie générale en faveur des détenu·e·s politiques et d’opinion, ainsi que de toutes les personnes poursuivies ou condamnées pour l’exercice pacifique de leurs droits et libertés.
En tant que premier responsable de l’État, il vous appartient désormais de joindre les actes à la parole en apportant les garanties concrètes qui permettront à tous les Algérien·ne·s, quelles que soient leurs convictions, de retrouver leur pays ou d’y vivre sans crainte d’exercer leurs libertés fondamentales.
Veuillez agréer, monsieur le Président, l’expression de notre considération distinguée.
La liste des premiers signataires :
- Bachir Aboudi — Canada
- Hakim Addad — France
- Mouloud Ait Ouferroukh — Canada
- Mouloud Ait Termoul — France
- Sanhadja Akrouf — France
- Tewfik Allal — France
- Youcef Amar Khodja — France
- Faiza Ameur — Canada
- Djaffar Amokrane — France
- Salah Amrane — Canada
- Djamel Baghdad — Canada
- Malika Baraka — France
- Ahmed Bedouhene — France
- Hadjira Belkacem — Canada
- Ouerdia Ben Mamar — France
- Fatima Benagadi — Canada
- Amara Benamra — France
- Rachid Benhaddadi — Canada
- Radia Nezha Bennani — Canada
- Aziz Bensadek — France
- Athmane Bessalem — France
- Adel Boucherguine — France
- Ramdane Boukerb — France
- Mouloud Boumghar — France
- Omar Bouraba — France
- Kamel Lakhdar Chaouche — France
- Youcef Chetouane — France
- Lyes Djebaili — France
- Mahmoud Djermane — Canada
- Amine Esseghir — Canada
- Rania Hadjer — France
- Jihed Halimi — Canada
- Mourad Hamami — France
- Rabah Hammachin — Canada
- Hacene Hireche — France
- Arezki Ighemat — USA
- Ali Kaidi — Canada
- Ilyas Lahouazi — France
- Mahfoudh Messaoudene — Canada
- Mahmoud Mezhoud — Canada
- Rabah Moulla — Canada
- Abdelkader Ouchiha — Canada
- Saïd Ourabah — France
- Aïssa Rahmoune — France
- Kahina Redjala — France
- Djaballah Saighi — Canada
- Saïd Salhi — Belgique
- Hakim Sidhoum — Canada
- Hocine Slifi — France
- Hocine Timeridjine — France
- Hanafi Yenad — Canada
- Brahim Younessi — France
- Lazhar Zouaimia — Canada

