Les Berbères de l’Egypte antique à l’origine du système métrique

Khelifa Mahieddine (*) propose dans cette contribution une relecture audacieuse de l’Egypte antique, en reliant métrologie, astronomie et toponymie amazighe pour défendre la thèse selon laquelle les Berbères ont joué un rôle essentiel dans la civilisation pharaonique.

Il a été démontré dans l’ouvrage intitulé «L’épopée berbère, des hommes préhistoriques aux bâtisseurs des pyramides» de l’auteur de ces lignes, que la vallée du Nil a été peuplée vers la fin du paléolithique par des tribus Amazigh venues de l’Ouest de l’Afrique du Nord, principalement d’Algérie, suite aux graves crises climatiques survenues durant cette période.

Ce qui explique le fait que la quasi totalité des noms de lieux et de personnages de l’Égypte antique soient des noms à consonance et signification berbère à l’instar de Misra (fils de la divinité Ra, diminutif d’Awragh), Assouan(e) (ils ont bu), Mazghouna, (dérivé d’Amazigh), N’il (ceux de la rivière), Mènes (Amenès propriétaire des eaux), Memphis (Amen- Effer à l’abri des eaux), Djer, (grand, géant), Iterou (surnom donné au fleuve : il pleure), Amen (les eaux) Djanet (abandonnée) Akhénaton (Anekhi-Adon je suis Adon)… ce qui explique, en partie, le titre de cet article.

L’apport scientifique de l’Égypte à la Grèce et la Rome antiques

L’enseignement occidental présente généralement la Grèce antique comme le berceau de la civilisation intellectuelle et scientifique. Que ce soit pour les mathématiques avec Thalès et Pythagore, la médecine avec Hippocrate, la physique avec Archimède ou encore l’histoire avec Hérodote et Thucydide, les Grecs sont considérés par l’occident comme les fondateurs des méthodes rationnelles et scientifiques qui ont façonné la pensée humaine.

Selon cette vision orientée, Pythagore et plus tard Aristote auraient été les premiers à démontrer que la Terre est une sphère. Or rien n’est plus faux ! Il est en effet remarquable de relever que dans son ouvrage sur «Le système métrique des anciens égyptiens», l’ingénieur E. Jomard, relevait que les égyptiens connaissaient la cause des éclipses puisqu’ils avaient fait 373 observations d’éclipses solaires et 832 lunaires. Il note que le rapport qui existe entre ces deux chiffres est conforme à la proportion qui règne entre ces deux espèces d’éclipses.

Les observations rapportées par Jomard témoignent d’une connaissance astronomique exceptionnellement avancée chez les anciens Égyptiens. La précision de leurs relevés d’éclipses montre qu’ils maîtrisaient les cycles célestes et notamment les mécanismes régissant les mouvements du Soleil et de la Lune. Ces données montrent qu’ils détenaient une connaissance approfondie d’une partie importante des phénomènes astronomiques observables.

Les Grecs ont largement hérité des savoirs accumulés pendant des siècles par les Égyptiens, notamment dans les domaines des mathématiques, de l’astronomie, la géométrie et de la mesure. L’étude attentive de la Grande Pyramide de Khéops suggère même que les Égyptiens avaient atteint un niveau de compréhension géométrique et cosmologique exceptionnel, qui les a conduits à concevoir une Terre sphérique et en mouvement bien avant l’époque grecque et Copernic.

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Les constantes mathématiques universelles occultées par l’Occident

Cette hypothèse trouve un écho particulier dans les travaux d’Edme-François Jomard (1777-1862), ingénieur géographe ayant participé à la Campagne d’Égypte menée par Bonaparte entre 1798 et 1801. Membre éminent de la Commission des sciences et des arts, Jomard fut chargé de l’étude de Memphis et de ses monuments.

Après avoir effectué les relevés les plus précis de son époque sur la Grande Pyramide, Jomard soutint que celle-ci ne devait pas être considérée uniquement comme un monument funéraire, mais également comme un véritable monument métrologique, c’est-à-dire un étalon de mesure conçu pour traverser les siècles.

L’analyse minutieuse des dimensions de l’édifice et de la Chambre du Roi lui permit de reconstituer avec une grande précision la valeur de la coudée royale égyptienne qui est de 0,5236 mètre. Cette mensuration sera appelée coudée d’exactitude par l’astronome Antoniadi car elle est à la base du chiffre 3,1416 (0,5236 X 6) et du rapport 1,618 appelé nombre d’or (3,1416 – 0,5236 = 2,618 qui est le carré du nombre d’Or. Ce qui est également remarquable c’est qu’en soustrayant 3,1416 de la somme du nombre d’or plus celui de la coudée d’exactitude (1,618 + 0,5236 = 2,1416) on trouve 1 mètre : (3,1416 – 2,1416 = 1 mètre). 

Jomard a bien compris que les égyptiens étaient à l’origine de la métrologie puisqu’il avait intitulé son livre «Le système métrique des anciens égyptiens». D’ailleurs, tout leur système de mesure mène au mètre. La coudée d’exactitude mesure 0,5236. Elle est divisée en 28 doigts de 1,87 cm. Or lorsque l’on multiplie la coudée nilotique qui servait à mesurer le niveau du Nil, par la valeur du doigt, soit 0,5393 m X 1,87 on obtient 1,0085 m soit une concordance remarquable de l’ordre de 99,15% ou un écart absolu : 1,0085−1,0000 = 0,0085 ! Ce sont donc les deux méthodes de calcul qui montrent que les berbères d’Égypte connaissaient le système métrique il y a plus de 5000 ans !

Voici pourquoi, l’ingénieur Jomard a conclu que les bâtisseurs des pyramides utilisaient un système de mesures cohérent, harmonisé et parfaitement maîtrisé. Mais l’aspect le plus fascinant des travaux de Jomard concerne les liens qu’il établit entre les dimensions de la Grande Pyramide et celles de la Terre elle-même. Reprenant une hypothèse déjà évoquée par plusieurs savants de l’expédition d’Égypte, notamment le géographe Pascal-François-Joseph Gossellin, il estima que les anciens Égyptiens possédaient des connaissances géodésiques avancées leur permettant d’évaluer les dimensions du globe terrestre.

Les liens entre la Grande Pyramide et la planète Terre

Selon ses calculs, la longueur du côté de la base de la Grande Pyramide correspondrait à une fraction précise d’un degré du méridien terrestre. Dès lors, la pyramide apparaissait comme une représentation réduite de la Terre, intégrant dans sa conception même, des données géographiques et astronomiques d’une remarquable précision. Un mathématicien du nom de Quentin Leplat a fait lui aussi le lien entre La Grande Pyramide et la planète Terre.

Il a établi un rapport entre La vitesse de rotation de la terre sur elle-même à partir d’un point de l’équateur est d’environ 1 670 km/h, ce qui donne 463,8 m/seconde. Or 2 x le côté de la base de la Grande Pyramide = 2 x 230,383 m = 460,767 m (880 coudées royales), soit 0,65% d’erreur. Donc la planète Terre parcourt en 1 seconde, la même distance que le double de la longueur de la base de la Grande Pyramide.

Autrement dit, la grande pyramide indique non seulement les 4 points cardinaux mais aussi la vitesse de la Terre sur elle-même à partir d’un point de l’équateur. Le lien est également fait avec le périmètre de la Terre à l’équateur. En effet, en multipliant le périmètre de la base de la Grande Pyramide (230,383 m x 4 = 921,533 m) par le temps mis par le soleil de son lever à son coucher : 921,533 x 43 200 s = 39 810 262,11 mètres soit 39 810,262 km. Or le périmètre de la Terre à l’équateur fait 40 075, 035 km. La précision est de 0,66 %.

Si l’égyptologie moderne a souvent considéré ces rapprochements comme des coïncidences mathématiques ou comme les prémices de ce que l’on appellera plus tard la « pyramidologie », Jomard défendit ses conclusions à l’aide d’un grand nombre de mesures et de calculs rigoureux. Il souligna également l’extraordinaire précision de l’orientation de la pyramide par rapport aux quatre points cardinaux, y voyant la preuve du haut niveau atteint par l’astronomie égyptienne dès la plus haute Antiquité.

Le hold-up confirmé par des chercheurs honnêtes

C’est également au cours de cette campagne que les ingénieurs Jollois et Devilliers mirent au jour les socles d’angle de la pyramide, enfouis sous le sable depuis des siècles. Cette découverte permit pour la première fois de déterminer avec exactitude les dimensions originelles de la base du monument, renforçant considérablement la fiabilité des mesures effectuées.

La Grande Pyramide représentait le chef-d’œuvre d’une civilisation de savants, maîtrisant à la fois la géométrie, l’astronomie, la géodésie et les techniques de construction les plus avancées de son temps. En occultant ce riche passé scientifique mis au point et appliqué dans le domaine de la géométrie, des mathématiques et de l’architecture, pour le mettre sur le compte de la Grèce antique, l’occident n’a pas voulu admettre que la science leur avait été transmise par un peuple du Sud de la Méditerranée. « Les écrivains grecs des premiers temps et les latins qui les ont copiés, racontent l’histoire des sciences exactes, passent sous silence l’Égypte, qui en était la mère« , rappelait à juste titre Jomard.

Revoir l’égyptologie à la lumière de la langue amazigh

Il apparaît de plus en plus évident que la majorité des égyptologues institutionnels, titulaires de chaires universitaires et gardiens de l’orthodoxie académique, refusent d’envisager sérieusement l’hypothèse de la berbérité de l’Egypte antique. La quasi-totalité d’entre eux continuent de soutenir que la vallée du Nil aurait été principalement peuplée par des populations venues d’Orient. Pourtant, les recherches présentées dans l’ouvrage cité précédemment aboutissent à une conclusion radicalement différente. En effet, l’analyse linguistique révèle que de nombreux toponymes de l’Égypte antique possèdent une signification amazighe claire et cohérente.

Si cette démonstration venait à être pleinement reconnue, elle remettrait en cause une partie importante des interprétations traditionnelles de l’égyptologie, notamment les appellations parfois arbitraires attribuées à certaines cités, régions ou personnages historiques. Plus qu’un simple débat scientifique, c’est un véritable changement de paradigme qui se dessine. Or, nombreux sont ceux qui semblent préférer préserver un édifice théorique établi depuis des générations plutôt que de soumettre leurs certitudes à l’épreuve de nouvelles découvertes. En refusant d’intégrer des données susceptibles d’enrichir ou de corriger les connaissances acquises, ils transforment l’égyptologie en une discipline figée, davantage soucieuse de défendre ses dogmes que de poursuivre la quête de la vérité historique.

Khelifa Mahieddine (*)

(*) Khelifa Mahieddine est avocat. Il est l’auteur de L’Epopée berbère, paru aux éditions Arabesques. Tunis en 2023