L’ancien « diplomate » français Xavier Driencourt s’attaque à la jeunesse algérienne qu’il qualifie de « turbulente » et qu’il accuse de venir en France « pour semer le désordre ».
Dans son entretien accordé ce dimanche 25 janvier à Atlantico, Xavier Driencourt, ancien ambassadeur de France en Algérie et conseiller attitré de l’extrême droite revancharde, ne se contente pas d’analyser les relations bilatérales : il désigne une cible. Une fois encore. Car ce n’est pas la première fois que l’ancien « diplomate » transforme un débat diplomatique en procès à charge contre l’Algérie et sa population.
Sa dernière déclaration en date — selon laquelle Alger serait « trop content de se débarrasser d’une jeunesse turbulente et de l’envoyer en France pour semer le désordre » — marque un nouveau palier. Non seulement elle essentialise une population entière, mais elle lui attribue une intention hostile. Ce n’est plus de la géopolitique : c’est une stigmatisation.
Une rhétorique répétée, pas un dérapage isolé
Depuis plusieurs années, Xavier Driencourt multiplie les sorties médiatiques où l’Algérie apparaît systématiquement comme un problème, un danger ou un adversaire. Cette constance interroge. Elle dépasse le cadre d’une analyse diplomatique pour devenir une posture idéologique.
En qualifiant la jeunesse algérienne de « turbulente » et en insinuant qu’elle viendrait « semer le désordre », il franchit une ligne claire : celle qui sépare la critique d’un État de la mise en cause d’un peuple. Une confusion lourde de conséquences, surtout lorsqu’elle émane d’un ancien représentant officiel de la France.
Une jeunesse réduite à un stéréotype
Réduire l’émigration algérienne à une stratégie délibérée d’exportation de « fauteurs de troubles » relève d’un imaginaire politique, pas d’une réalité documentée. Cela nourrit les peurs, renforce les amalgames et légitime les discours les plus radicaux.
En effet, en attribuant à « la jeunesse algérienne » un comportement déviant et une intention hostile, l’ancien ambassadeur essentialise un groupe entier. Une population diverse, aux trajectoires multiples, se retrouve décrite comme un bloc homogène, problématique par nature. Ce type de raccourci nourrit des représentations anciennes et dangereuses, où l’immigration algérienne est perçue comme une menace plutôt que comme une réalité humaine complexe.
Dans un contexte où les tensions identitaires sont déjà exacerbées, notamment par le groupe médiatique du milliardaire d’extrême droit Vincent Bolloré, ce type de propos ne contribue ni à la lucidité ni à la sérénité. Il attise. Il polarise. Il désigne des boucs émissaires.
Un discours qui interroge aussi le cadre légal
A l’heure où les questions migratoires sont déjà inflammables, ces propos contribuent à renforcer les amalgames « zemmouriens » entre immigration et désordre. Ils offrent aussi un terreau fertile aux discours les plus radicaux, qui s’appuient sur ce type de déclarations pour légitimer des positions extrêmes. La diplomatie exige de la précision ; la stigmatisation, elle, brouille tout.
Il faut rappeler que la loi française protège les groupes définis par leur origine ou leur nationalité contre l’injure publique et la provocation à la discrimination. Les articles 24 et 33 de la loi du 29 juillet 1881 sont sans équivoque. Associer une jeunesse entière à la turbulence ou au désordre pourrait, selon l’interprétation, relever de cette catégorie.
Sans préjuger d’une qualification pénale, la question mérite d’être posée : peut‑on parler ainsi d’une population entière sans franchir une limite ? La question mérite d’être posée, d’autant plus lorsqu’il s’agit de propos publics tenus par une figure d’autorité.
La diplomatie exige de la hauteur, pas des caricatures
Le débat sur les visas, les expulsions ou la coopération consulaire est légitime. Mais il doit rester ancré dans les faits, pas dans les caricatures. Lorsque l’analyse diplomatique glisse vers la généralisation d’un peuple, ce n’est plus un diagnostic : c’est un stigmate. Et dans les relations franco‑algériennes, déjà fragiles, chaque mot compte.
Les relations franco‑algériennes sont complexes, parfois tendues, et nécessitent une analyse rigoureuse. Mais la rigueur n’a rien à voir avec la généralisation. Elle n’a rien à voir non plus avec la répétition obsessionnelle d’un même récit accusatoire.
En multipliant les attaques globalisantes, essentialisantes, Xavier Driencourt ne contribue pas à éclairer le débat : il l’assombrit. Il ne propose pas des solutions : il fabrique des antagonismes. Et il ne renforce pas la position de la France : il fragilise la qualité du dialogue.
La critique est légitime. La stigmatisation, elle, ne l’est jamais.
Saïd Aklid

