Nous publions ci‑dessous une contribution d’Adel Abderezak en hommage à Nabila Djahnine, militante féministe et figure de la gauche algérienne, assassinée le 15 février 1995 à Tizi Ouzou.
La nouvelle nous avait choqués. Une jeune femme de 30 ans, architecte, militante féministe et socialiste, engagée dans le militantisme politique aussi bien intellectuellement que par un engagement concret, quotidien et authentique, venait d’être ciblée par le GIA. Un acte abominable d’islamistes attardés décidés à nous enfermer dans une société carcérale et rétrograde qui ne pouvait s’accommoder de femmes libres, de modernité culturelle et politique, et encore moins d’une pensée de gauche révolutionnaire considérée comme athée et trop occidentale.
Nabila était une militante dévouée qui conjuguait sourire et rigueur militante, exigences d’égalité envers les femmes dans les rapports humains et militants, s’impliquant aussi bien dans l’activité organique que dans l’action syndicale et féministe. Nous avons partagé un parcours militant dans le GCR-PST qu’on venait de légaliser après l’avènement du pluralisme politique d’Octobre 88. Un itinéraire militant, digne, sincère et total. Les campings comme les réunions militantes nous ont permis de mesurer la force militante d’une femme qui était une fabrique de fraternité et d’humanisme. Son dernier acte militant était son engagement total dans l’association féministe « Thigri N’Tmettouth » – Cri de femmes.
La décennie noire ne l’a pas fait taire. C’est la lâcheté d’hommes obscurantistes qui a eu raison d’elle. La famille Djahnine de Bougie a payé un lourd tribut à la militance politique. Des parents tolérants envers une progéniture totalement engagée dans l’activisme militant de gauche, syndical et féministe. Habiba Djahnine, autre sœur courageuse, nous a permis de garder en mémoire le parcours militant de sa sœur Nabila dans un documentaire, « Lettre à ma sœur ».
Nabila n’était pas un robot militant mais un concentré d’humanisme et de tendresse. Une semaine avant sa mort, elle s’est confiée à sa maman sur mon isolement risqué à Constantine après les menaces reçues. Un destin tragique l’attendait. Injustice céleste ou terrestre ! Je ne peux pas oublier et je ne pardonnerai jamais à ceux qui ont assassiné Nabila Djahnine, Katia Bengana, Alloula, Benlazhar, Yefsah, écrivains, journalistes, enseignantes, écoliers et des dizaines ou des centaines de milliers de citoyens ordinaires.
Nabila Djahnine nous a quittés il y a 31 ans. Ses compagnons de lutte de la même trempe l’ont rejointe : Redouane Osmane, Achour Idir, Ghania et des dizaines de militants et militantes qui l’ont côtoyée. Malgré l’adversité du temps, ses idées sont toujours vivantes et portées par une nouvelle génération de militants socialistes et/ou féministes, à l’exemple de Lyes Touati, libéré il y a trois jours après un séjour arbitraire de 58 jours en prison.
Repose en paix, Nabila. Pensées à tes parents qui t’ont rejoint dans l’éternel. Profondes et sincères pensées à Habiba, Soraya, Rima, Badreddine et toute la famille, qui ont toujours été dans la fraternité avec nous. L’histoire politique de la ville de Bougie ne pourra contourner l’éclair émancipateur de cette famille engagée.

