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« Si vite que courent les crocodiles » de Béatrice Riand : une écriture de la faille, du silence et de la résistance intérieure

Si vite que courent les crocodiles de Béatrice Riand

Première de couverture de "Si vite que courent les crocodiles" de Béatrice Riand. Photo Montage

Dans Si vite que courent les crocodiles de Béatrice Riand, une voix se lève depuis les marges : celle d’une enfant qui avance dans le monde comme on traverse un champ de ruines, un pas après l’autre, sous le regard des “crocodiles”. Le récit, d’une intensité rare, explore la solitude, la peur et les stratégies minuscules de survie qui permettent de tenir debout. À travers une écriture à la fois poétique et d’une précision implacable, l’œuvre dévoile les zones d’ombre de l’adolescence et interroge la violence ordinaire qui se loge dans les institutions, les familles, les groupes. Ce texte n’est pas seulement une histoire : c’est une plongée dans l’invisible, un appel à regarder autrement ceux qui se taisent.

Si vite que courent les crocodiles de Béatrice Riand est un récit qui ne cherche jamais à expliquer l’adolescence : il la fait ressentir. Il place le lecteur au plus près d’une conscience en état d’alerte, où chaque bruit devient menace, chaque regard un verdict, chaque absence de réponse une zone de danger. Le texte s’inscrit dans cette lignée tout en affirmant une voix singulière, plus nerveuse, plus heurtée, plus proche du souffle adolescent. Cette immersion sensorielle donne au texte une force d’expérience plus qu’une force de démonstration.

Béatrice Riand : entre racines alpines et portée universelle

Pour comprendre la précision quasi chirurgicale de ce récit, il faut se pencher sur la figure de son autrice. Béatrice Riand est une figure singulière du paysage littéraire romand. Son parcours n’est pas celui d’une théoricienne déconnectée du réel, mais celui d’une femme dont le regard s’est forgé au contact des humanités et de la transmission. Originaire du Valais, elle porte en elle cette culture de la montagne, de la pierre et du silence. Cet héritage alpin infuse sa langue d’une certaine verticalité et d’une exigence de vérité qui ne s’encombre pas de fioritures.

Son expérience dans l’enseignement et le milieu socio-culturel explique sans doute cette empathie profonde pour les adolescents « invisibles ». Elle sait de quoi elle parle lorsqu’elle décrit les rapports de force scolaires ou le poids des institutions. Ce n’est pas une observation de loin, c’est une connaissance de terrain qui nourrit sa fiction. En écrivant depuis son territoire, elle ne fait pas de la littérature régionale ; elle utilise le Valais comme un laboratoire de l’âme humaine, rejoignant la lignée d’écrivains comme Maurice Chappaz ou Corinna Bille.

A la croisée du poétique, du social et du psychologique

Le texte Si vite que courent les crocodiles révèle une autrice dont la plume conjugue une intensité poétique rare, une lucidité sociale sans concession et une exploration minutieuse des zones d’ombre de l’adolescence. La langue elle-même témoigne d’une riche culture littéraire et artistique. Les références à Corinna Bille, à Soulages et à son « outrenoir », à Martin Luther King, ou encore aux slogans publicitaires détournés, montrent une autrice qui lit, observe, écoute et laisse ces voix traverser son écriture.

Rien n’est plaqué : ces influences se fondent dans le texte comme des strates souterraines, donnant à la prose une profondeur où dialoguent poésie, peinture, philosophie et culture contemporaine. Cette capacité à faire coexister des univers hétérogènes révèle une sensibilité ouverte, vibrante, attentive aux signes du monde. Cette combinaison crée une voix littéraire immédiatement reconnaissable : une voix qui sait dire la violence sans la caricaturer, et l’enfance blessée sans jamais la réduire à un simple motif narratif.

L’œuvre, telle qu’elle apparaît, laisse entrevoir une écrivaine profondément attentive aux existences silencieuses, aux êtres qui se tiennent en marge, aux enfants qui avancent dans le monde comme on avance dans une forêt de prédateurs. Cette attention n’est pas seulement thématique : elle structure la langue elle‑même, son souffle, ses ruptures, ses images, ses obsessions. Elle témoigne d’une sensibilité façonnée par l’observation du réel, mais aussi par une culture littéraire et artistique qui affleure sans ostentation.

À partir de ces fragments, il devient possible de dégager une biographie littéraire implicite, celle d’une autrice qui écrit depuis les interstices, depuis les failles, depuis les lieux où la parole se brise. On peut également en extraire une analyse stylistique et thématique : la polyphonie des registres, la métaphore animale des “crocodiles”, le refuge des chiffres, la tension entre mutisme et vacarme, la critique sociale qui se glisse dans chaque scène. Enfin, l’œuvre permet de mesurer l’apport et l’impact de cette écriture singulière : une contribution précieuse à la littérature de la vulnérabilité, une plongée rare dans la psyché adolescente, une manière de rendre visible ce qui, d’ordinaire, demeure enfoui.

Cette écriture fragmentée, faite de ruptures et de surgissements, épouse la logique même de la mémoire traumatique : elle avance par éclats, par retours, par fulgurances. La forme devient alors le miroir de l’état intérieur, et c’est dans cette adéquation entre structure et émotion que réside une part essentielle de la puissance du texte.

Une culture littéraire attentive aux marges et aux invisibles

La biographie littéraire que laisse deviner Si vite que courent les crocodiles ne se présente jamais comme un récit de vie explicite. Elle se tisse en filigrane, à travers des détails, des paysages, des références et des sensibilités qui affleurent dans chaque page. Ces indices, mis en regard les uns des autres, dessinent le portrait d’une autrice profondément ancrée dans un territoire francophone et alpin, familière des villes suisses et de leur mémoire. Les mentions de « la ville aux deux châteaux » ou du « Valais du XVIIIᵉ siècle » ne sont pas de simples indications géographiques : elles révèlent une écrivaine pour qui les lieux sont des forces, des pressions, des héritages. Le paysage n’est pas un décor, il est une présence, une verticalité, une austérité qui irriguent la langue et rappellent la tradition romande où la montagne, la ville ancienne, la pierre et la lumière façonnent la manière de percevoir le monde.

Cette écriture se tourne résolument vers les marges. Elle s’attache aux enfants silencieux, aux adolescents fragiles, aux êtres effacés qui avancent dans la vie comme on avance dans un couloir trop étroit. Ce choix n’est pas seulement thématique : il relève d’une éthique du regard. Béatrice Riand écrit depuis les zones où la parole se brise, où la vulnérabilité devient un territoire à explorer. Elle prête attention à celles et ceux que la société ne voit pas, ou plus, et dont elle révèle la densité intérieure, la dignité secrète, la lutte invisible.

La précision avec laquelle sont décrits les rapports de force entre élèves, les humiliations ordinaires, les injonctions familiales, les codes implicites des groupes, laisse penser que l’autrice connaît intimement ces dynamiques. Cette justesse évoque un parcours proche de l’enseignement, de la psychologie, du travail social, ou simplement une longue fréquentation des adolescents et de leurs mondes. Rien n’est caricatural : tout semble observé, vécu, éprouvé. Les scènes scolaires, familiales ou urbaines sonnent juste parce qu’elles sont écrites depuis l’intérieur, avec une attention aiguë aux gestes, aux non-dits, aux micro-violences qui façonnent une existence. De cet ensemble d’indices émerge le portrait d’une écrivaine qui travaille les failles humaines avec une précision presque clinique et une tendresse farouche. Elle explore les blessures sans voyeurisme, les zones tues sans les combler, la douleur sans la réduire.

Une architecture narrative au service d’une conscience blessée

L’analyse du texte révèle d’abord une voix narrative profondément incarnée, entièrement modelée par l’expérience intérieure d’une adolescente en détresse. Tout ce qu’elle perçoit passe par le filtre de la peur, de la solitude et d’une hyperlucidité presque douloureuse. La syntaxe épouse cette tension : phrases brèves, répétitions obsédantes, injonctions murmurées à soi-même. Le rythme devient haletant, comme si la langue elle-même respirait difficilement. Cette scansion n’est pas un effet de style : elle mime l’angoisse, la sidération, l’effort de tenir debout dans un monde trop bruyant, trop rapide, trop hostile.

Le corps occupe une place centrale dans cette écriture : un corps crispé, contracté, toujours en état d’alerte. Il devient le premier lieu de la peur, le premier baromètre de la violence. Chaque tension musculaire, chaque souffle retenu, chaque geste minuscule traduit ce que les mots ne peuvent pas encore dire. Le corps de l’adolescente n’est pas seulement un support narratif : il est un territoire assiégé, un espace où s’inscrit la mémoire des humiliations et des menaces. Cette hypervigilance corporelle donne au texte une densité sensorielle qui rend la détresse presque palpable.

C’est une écriture poétique et sensorielle, où la prose se mêle à des éclats de langue étrangère, à des fragments presque chantés, à des slogans publicitaires qui surgissent comme des parasites sonores. Le texte accueille tout : l’espagnol familier, les insultes adolescentes, les chiffres répétés comme des mantras, les images fulgurantes. Cette polyphonie traduit la fragmentation du monde intérieur de la jeune fille, son incapacité à habiter une seule langue, un seul registre, un seul rythme. Elle navigue entre plusieurs codes sans jamais s’y reconnaître, comme si chaque langue lui offrait un refuge provisoire ou un masque de survie.

Cette circulation entre plusieurs langues et registres n’est pas un simple effet de style : elle traduit l’impossibilité de se fixer, de s’ancrer, de se dire dans une seule voix. L’adolescente cherche un idiome qui pourrait la contenir, mais aucun ne suffit ; alors elle les juxtapose, les superpose, les détourne, comme pour recomposer un langage à sa mesure. Le récit oscille entre un présent de l’urgence, où chaque seconde semble décisive, et des retours fragmentaires qui surgissent comme des éclats de mémoire traumatique. Rien n’est linéaire, rien n’est stable. Le temps avance par secousses, par ruptures, par réminiscences involontaires. Cette structure temporelle reflète la manière dont la conscience blessée perçoit le monde : non pas comme une continuité, mais comme une succession de chocs, de flashs, de zones d’ombre. Le temps devient un matériau brisé, à l’image de l’expérience intérieure.

En donnant accès à une conscience adolescente sans filtre, sans surplomb et sans traduction adulte, le texte modifie profondément notre manière de lire l’adolescence. Il ne la présente plus comme une étape confuse ou un simple passage, mais comme un territoire d’intensité, de lucidité et de danger. L’adolescence n’y est pas un âge ingrat : elle devient un espace où se jouent des enjeux vitaux, où chaque émotion est une lutte, où chaque retrait devient une stratégie de survie. Cette perspective oblige le lecteur à abandonner les clichés habituels pour reconnaître la densité existentielle de cet âge souvent mal compris.

Au cœur de cette architecture narrative se déploie la métaphore des “crocodiles”, qui irrigue tout le texte. Les crocodiles sont partout : dans les adultes autoritaires, dans les pairs cruels, dans les institutions indifférentes, dans les normes sociales qui broient les fragiles. Ils incarnent un monde où la vulnérabilité est perçue comme une faute, où la moindre faiblesse attire les dents. Cette métaphore animale donne au récit une dimension presque mythologique : l’adolescence devient une jungle, un territoire où survivre exige de se faire minuscule, invisible, silencieuse.

À cette violence symbolique répond un autre motif, plus intime : celui des chiffres. Les chiffres deviennent un refuge, un langage alternatif, une manière de structurer le chaos. Ils rassurent parce qu’ils obéissent à des règles, parce qu’ils ne trahissent pas, parce qu’ils ne blessent pas. Ils permettent de tenir à distance l’incompréhensible, de donner une forme à l’informe. « Les chiffres ne mentent pas. Ils ne savent pas. » Cette phrase résume la fonction vitale de ce motif : une tentative désespérée de maîtrise dans un monde où tout vacille. L’ensemble compose une critique sociale subtile mais implacable. Le texte ne dénonce jamais frontalement, mais tout y est : la violence scolaire, la pression normative, l’obsession de la performance, l’indifférence institutionnelle, la solitude des enfants hypersensibles. Rien n’est théorique, rien n’est démonstratif : la critique passe par l’incarnation, par la chair, par la voix. Elle se loge dans les détails, dans les gestes, dans les silences, dans les phrases qui s’interrompent. C’est une critique qui ne cherche pas à convaincre, mais à faire sentir, et c’est précisément ce qui la rend si puissante.

Une œuvre qui éclaire, révèle et transforme

L’impact du texte se déploie sur plusieurs plans, et chacun d’eux touche une zone différente du lecteur. Il agit d’abord comme un miroir tendu aux adolescents invisibles, ceux qui avancent dans le monde en se sentant « à côté de leur vie », trop silencieux, trop lucides, trop vulnérables pour entrer dans le vacarme collectif. Dans cette histoire, ils reconnaissent leurs peurs, leurs stratégies de survie, leurs obsessions, leurs refuges minuscules. Le texte leur offre une forme de légitimité : il dit que leur solitude n’est pas une anomalie, mais une expérience humaine à part entière, digne d’être racontée.

En lisant ces pages, beaucoup découvrent qu’ils ne sont pas seuls à avoir vécu dans la peur, dans l’effacement, dans la sensation d’être de trop. Le texte devient alors un espace de réparation symbolique, où l’on peut enfin se reconnaître sans honte. Il devient aussi un outil de compréhension pour les adultes. Parents, enseignants, éducateurs y trouvent une plongée rare dans les mécanismes de la honte, de la peur, du retrait, dans ces zones où les mots se dérobent et où les gestes deviennent des aveux involontaires. Le récit donne accès à ce que les adolescents ne disent pas, à ce qu’ils n’arrivent pas à formuler, à ce qu’ils taisent pour ne pas déranger. Il éclaire les angles morts du quotidien scolaire et familial, ces moments où un enfant s’efface sans que personne ne s’en aperçoive. En cela, il peut transformer le regard, affiner l’écoute, ouvrir des brèches de compréhension.

À travers cette plongée dans la psyché d’une enfant en retrait, le texte révèle aussi quelque chose de notre époque : une société saturée de normes, d’injonctions, de performances, où la vulnérabilité n’a plus de place. Il met en lumière un monde où l’on demande aux enfants d’être efficaces, adaptables, silencieux. Cette œuvre agit comme un révélateur : elle expose les angles morts d’une société qui valorise la force visible mais ignore les failles discrètes, celles qui pourtant disent le plus sur l’état du monde.

Enfin, l’œuvre s’inscrit dans une véritable littérature de la fragilité. Elle rejoint la lignée de celles et ceux qui ont fait de la vulnérabilité un lieu de vérité : Delphine de Vigan, Annie Ernaux, Corinna Bille, et d’autres encore qui ont su dire l’enfance blessée, la solitude, la honte, la peur, sans jamais les réduire à des clichés. Le texte explore ces zones avec une intensité qui n’est ni plaintive ni spectaculaire, mais profondément humaine. Il rappelle que la fragilité n’est pas un défaut, mais une manière d’être au monde, une manière de sentir, de percevoir, de survivre.

Une interrogation finale qui ouvre sur la responsabilité du regard

Ce texte se distingue par une puissance émotionnelle rare, une intensité qui ne cherche jamais l’effet mais qui naît de la justesse, de la précision et de la compassion. L’écriture y embrasse la douleur sans la réduire à un motif littéraire : elle la regarde en face, la traverse, la nomme, tout en préservant ce qu’elle a d’indicible. Elle observe le monde avec une acuité presque chirurgicale, attentive aux détails qui trahissent les failles, les peurs, les gestes minuscules qui disent plus que les mots. Et pourtant, cette lucidité n’est jamais froide : elle est portée par une tendresse profonde, une attention farouche à ce qui souffre, à ce qui se tait, à ce qui vacille.

L’œuvre parle de l’enfance blessée, de ces territoires intérieurs où la solitude devient un paysage, où la peur se fait compagne, où la résistance se construit dans le silence. Elle montre comment un être minuscule peut continuer à avancer malgré tout, un pas après l’autre, même lorsque le monde se referme, même lorsque les crocodiles rôdent, même lorsque l’espoir semble s’être dissous. Cette obstination à survivre, à tenir, à marcher encore, devient une forme de courage, une manière de dire non à l’effacement. Dans cette perspective, la fragilité apparaît non comme une faiblesse, mais comme une forme de force paradoxale : la capacité de sentir plus, de percevoir ce que d’autres ne voient pas, de survivre dans des conditions intérieures extrêmes, ce n’est pas un défaut à corriger, mais une manière d’être au monde qui ouvre d’autres formes de compréhension, d’autres manières d’aimer, d’autres façons de résister. Elle devient un lieu de vérité, un espace où se révèle ce que la dureté sociale tente d’effacer.

Dans ce récit, le mutisme n’est pas seulement un symptôme individuel : il possède une dimension politique. Il révèle ce que la société refuse d’entendre, ce qu’elle préfère reléguer dans l’ombre pour préserver l’illusion d’un ordre sans faille. L’effacement des enfants fragiles devient ainsi le miroir de nos aveuglements collectifs. Il montre comment les institutions, les familles et les groupes sociaux fabriquent de l’invisible, comment ils étouffent les voix qui dérangent ou déstabilisent. En ce sens, prêter attention à cette absence de parole revient à contester un système qui valorise la force apparente et ignore les vulnérabilités profondes.

Ce qui demeure, au terme du récit, est une question poignante, presque insoutenable : comment sauver ceux qui ne savent pas demander de l’aide ? Comment entendre les appels muets, les regards fuyants, les gestes minuscules qui disent la détresse ? En cela, le texte dépasse largement le cadre littéraire : il interroge notre capacité collective à percevoir la détresse silencieuse, à accueillir ce qui ne se dit pas, à reconnaître les blessures qui ne se montrent pas. Comment reconnaître ceux qui se cachent derrière la discrétion, derrière la docilité, derrière l’effacement ? Le texte ne propose pas de réponse, et c’est précisément ce qui le rend si nécessaire : il ouvre un espace de réflexion, de vigilance, de responsabilité. Il rappelle que les plus fragiles ne sont pas toujours ceux qui crient, mais souvent ceux qui se taisent.

Cette sensibilité rejoint une tradition littéraire qui fait de l’invisible un territoire central : de Duras à Ernaux, de Marie NDiaye à Jon Fosse, nombreux sont les écrivains qui ont exploré ces zones où la parole se dérobe. Cette interrogation finale résonne comme un appel, non pas à résoudre, mais à regarder autrement. Elle invite à prêter attention, à ralentir, à percevoir ce qui se joue dans les interstices. Elle laisse le lecteur avec une conscience accrue de la fragilité humaine, et peut-être avec le désir, discret mais tenace, de devenir un peu plus attentif aux silhouettes qui passent inaperçues. Peut-être est‑ce là la véritable fonction de ce récit : nous apprendre à voir ce qui, d’ordinaire, reste hors champ.

Brahim Saci

Béatrice Riand, Si vite que courent les crocodiles, Éditions BSN Press

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