Samir Belaïd : « La banalisation du racisme n’a pas sa place dans l’espace politique »

Samir Belaïd, candidat à la mairie du 18ᵉ arrondissement et enfant de la Porte de Montmartre, revient sur les attaques racistes dont il a été la cible après l’annonce de sa candidature. Engagé de longue date dans la vie associative et sportive, il défend une vision exigeante de l’exemplarité politique et place l’égalité des chances, la dignité et la justice sociale au cœur de son engagement.

Entretien réalisé par Saïd Aklid

Diasporadz : Vous avez déposé plainte pour injures publiques après des messages racistes reçus sur X. Pouvez‑vous revenir sur ce qui s’est passé et sur la nature des propos visés par votre plainte ?

    Samir Belaïd : Bonjour, je souhaite tout d’abord remercier l’équipe de Diasporadz pour son intérêt à la situation que j’ai vécue lors de l’annonce de ma candidature à la Mairie du 18e.

    J’ai été très fier d’annoncer ma candidature pour devenir maire du 18e. Je l’ai fait en tant que citoyen français, enfant de la porte de Montmartre, engagé depuis de longues années dans le milieu associatif et sportif dans notre arrondissement.

    J’ai reçu sur le réseau social X des messages de haine qui frôlaient les limites de l’acceptable, puis des messages clairement racistes. Ils provenaient aussi bien de comptes anonymes que de comptes identifiés, parfois avec le nom et le prénom de leurs auteurs. Sur le moment, cela ne m’a pas surpris. Mais ma compagne m’a alerté sur le fait que ce type de propos ne devait pas être banalisé et qu’il était important de les signaler. J’ai donc décidé de porter plainte, d’abord pour me protéger, mais aussi pour adresser un message clair : la banalisation du racisme et des discours de haine n’a pas sa place dans l’espace politique, ni ailleurs dans notre société.

    Diasporadz : Votre famille a été témoin des insultes. Comment gérez‑vous cet aspect intime de la situation ?

    Samir Belaïd : Les propos inadmissibles que j’ai reçus sur les réseaux sociaux m’ont réellement heurté, mais surtout après le dépôt de plainte. Car, en réalité, notre société finit par s’habituer à ce type de discours : dans les médias, sur les réseaux sociaux, et parfois même dans la rue. Heureusement, l’immense majorité du peuple français reste ouverte, accueillante, et ces comportements ne peuvent ni ne doivent être généralisés.

    C’est précisément après avoir porté plainte que j’ai pris pleinement conscience de la situation et que je me suis dit que, si l’on en arrive là, c’est qu’il y a encore un travail de sensibilisation à mener. L’objectif est clair : faire en sorte que la minorité qui profère des insultes et des propos racistes ne soit ni banalisée ni légitimée, mais au contraire isolée, car elle ne représente en rien la France que j’ai connue, ni le 18ᵉ arrondissement auquel je suis attaché.

    Diasporadz : Certains messages proviennent de personnes engagées politiquement. Cela change‑t‑il, selon vous, la gravité des faits ?

    Samir Belaïd : Je suis convaincu que l’engagement politique, qu’il soit militant ou électif, implique un devoir d’exemplarité. Que l’on aspire à exercer des responsabilités, à être élu, ou simplement à siéger dans un conseil municipal , comme cela a été le cas pour la personne qui a tenu à mon encontre des propos racistes, on ne peut s’en exonérer.

    Les citoyens s’interrogent légitimement sur la manière dont certains partis, qui se revendiquent pourtant républicains, conçoivent et pratiquent la politique. Face à ces interrogations, la responsabilité des élus et des candidats est immense.

    C’est donc avec gravité que je le dis et que je le répète : vouloir représenter les habitants impose d’être exemplaire. C’est à cette condition seulement que l’on peut espérer susciter la confiance, donner envie de s’engager, et être à la hauteur des valeurs que l’on prétend défendre.

    Diasporadz : Pensez‑vous que les candidats issus de milieux populaires ou de l’immigration sont davantage exposés à ce type d’attaques ?

    Samir Belaïd : Malheureusement, les personnes issues de l’immigration sont souvent ciblées à cause de leur origine, la plus petite attaque est une attaque de trop.

    Soyons exemplaires, s’il faut redoubler d’efforts, j’y suis prêt, l’objectif est de léguer un avenir meilleur à nos générations futures.

    Diasporadz : Vous insistez sur votre attachement au XVIIIᵉ arrondissement, où vous êtes né et avez grandi. En quoi ce parcours façonne‑t‑il votre engagement politique ?

    Samir Belaïd : Je suis né et j’ai grandi dans un quartier très populaire du 18ᵉ arrondissement à la fin des années 1980, au sein d’une famille modeste. Mon enfance a été marquée par les réalités que vivent encore beaucoup d’habitants : le logement insalubre, les difficultés du quotidien et les obstacles auxquels sont confrontées de nombreuses familles de nos quartiers.

    J’ai également grandi avec un handicap invisible, ce qui m’a très tôt sensibilisé aux enjeux d’inclusion, de solidarité et de dignité. Comme beaucoup de parents du 18ᵉ, les miens se sont battus pour nous offrir le meilleur cadre de vie possible malgré les difficultés. J’ai été scolarisé dans l’école publique, avec des enfants venus de tous les quartiers de l’arrondissement, dans une véritable mixité sociale qui m’a profondément marqué et construit.

    Ce parcours m’a forgé une conscience sociale forte et un attachement sincère à mon territoire. Il m’a donné l’envie d’agir concrètement pour améliorer la vie quotidienne de ses habitants. C’est dans cet esprit que j’ai cofondé l’association Fraternité18 en août 2019, afin de renforcer les liens de solidarité et d’entraide dans notre arrondissement.

    Les épreuves que j’ai traversées m’ont rendu plus déterminé et plus proche des réalités vécues par les habitants. J’ai eu la chance de grandir dans une famille unie et entouré de voisins avec lesquels je garde encore aujourd’hui des liens forts, malgré la vie chère qui pousse certains à quitter le quartier. Mon engagement politique est directement issu de cette histoire personnelle : il repose sur la proximité, l’écoute et la volonté de défendre concrètement celles et ceux qui font vivre le 18ᵉ au quotidien.

    Diasporadz : Vous évoquez votre enfance dans un milieu modeste. Comment cette expérience influence‑t‑elle votre vision de l’action publique ?

    Samir Belaïd : Grandir dans un milieu modeste m’a appris très tôt que les politiques publiques ne sont pas des concepts abstraits : elles ont des conséquences concrètes sur le logement, l’école, l’accès aux soins ou encore les transports. J’ai vu ce que signifient réellement les démarches administratives compliquées, les fins de mois difficiles et le sentiment parfois d’être éloigné des décisions publiques.

    Cette expérience m’a donné une conviction simple : l’action publique doit d’abord être accessible et juste. Elle doit partir des besoins réels des habitants, en particulier des classes populaires et des familles qui travaillent dur pour s’en sortir. Je crois à des services publics forts, à des politiques de proximité et à des décisions prises avec, et non à la place des habitants.

    Elle m’a aussi appris l’importance de la dignité et de l’égalité des chances : chacun doit pouvoir avancer, quel que soit son quartier ou son origine sociale. C’est cette exigence de justice concrète, de simplicité administrative et de solidarité réelle qui guide aujourd’hui ma vision de l’action publique. 

    Je lutterai contre les extrêmes et m’efforcerai de passer les messages pour éviter un taux fort d’abstention.

    Diasporadz : Vous êtes également arbitre de football et avez déjà été victime d’une agression en 2024. Ces expériences renforcent‑elles votre détermination à vous engager ?

    Samir Belaïd : Un arbitre de football exerce une mission de service public. Il doit recevoir respect et considération. Suite à ce grave incident, je voulais tout de suite reprendre les matchs mais mon entourage m’a sagement conseillé de prendre un peu de temps avec de remettre le pied à l’étrier.

    Je me suis dit que si j’abandonnais ma famille d’arbitres, je donnerais raison aux agresseurs, j’ai alors décidé de mettre en place des sessions de sensibilisation au respect sur et aux abords des terrains de football. Persévérance, action et initiative. 

    Diasporadz : Vous regrettez, dans les colonnes du Parisien, que peu d’élus du XVIIIᵉ vous aient apporté un soutien clair. Comment interprétez‑vous ce silence ?

    Samir Belaïd : Je regrette que certains de mes concurrents ne se soient pas exprimés face à ces attaques racistes. On a parfois le sentiment que l’indignation dépend de la personne visée ou de son appartenance politique, ce qui est incompréhensible et contraire à l’esprit républicain. Le racisme doit être combattu avec la même force, quelles que soient les victimes et quelles que soient les sensibilités politiques.

    Chacun pourra observer qui s’est exprimé, à quel moment et qui est resté silencieux. Pour ma part, je resterai toujours constant et ferme face à toute forme de racisme. Certains partis extrêmes, dont je suis un adversaire déterminé, ne se sont malheureusement pas toujours montrés à la hauteur de cet impératif républicain.

    Diasporadz : Vous dites vouloir mener une campagne « propre et digne ». Comment comptez‑vous maintenir ce cap dans un contexte parfois très tendu ?

    Samir Belaïd : La transparence, la sincérité, l’éthique sont des valeurs portées par Pierre-Yves Bournazel et moi-même dans cette campagne. A mon sens, l’écoute, le dialogue, sans tabou sur tous les sujets, permettent de mener une campagne sereine.

    Diasporadz : Quels sont, selon vous, les enjeux prioritaires pour le XVIIIᵉ arrondissement dans cette élection ?

    Samir Belaïd : Il faut embellir le 18e arrondissement qui est trop sale : défaut d’entretien des espaces verts et végétaliser davantage, dépôt d’encombrants réguliers dans les rues, nettoiement insuffisant des rues, en particulier dans les quartiers connaissant de nombreux marchés.

    Je souhaite également que cet arrondissement reste un arrondissement familial, où les familles peuvent se projeter avec plusieurs enfants, en ayant confiance dans une municipalité qui œuvrera pour la continuité des services publics, l’accès aux crèches, à une cantine de qualité et à une école publique pour tous. 

    Cela passe aussi par le logement : d’une part, il faut mieux entretenir et rénover les logements sociaux insalubres, indignes. D’autre part, il faut soutenir le parc privé en opposition à une « airbnbisation » de certains quartiers comme la Butte Montmartre.

    Enfin, j’assume vouloir plus d’agents de sécurité dans les rues du 18e arrondissement par l’augmentation de la police municipale, en particulier dans des quartiers critiques où les divers trafics mènent la vie dure aux riverains. Je pense à Max Dormoy, La Chapelle, Barbès, la Porte de Clignancourt.

    Le 18e est très riche de sa diversité car il a connu de multiples vagues d’immigration qui ont fait l’âme de certains quartiers, mais notre arrondissement connaît aussi de grandes inégalités que je n’ai pas vues diminuer depuis mon enfance dans l’arrondissement. L’Ouest et Là-haut Montmartre sont des quartiers recensant globalement des populations socialement et économiquement privilégiées par rapport à celles de l’Est de l’arrondissement. Il faut, à mon sens, plus de mixité sociale dans les quartiers où il y en a aujourd’hui que trop peu.

    Je souhaite également insister sur la question de l’égalité des chances de nos enfants, quelle que soit leur adresse, leur école. Cela passe encore par un accès pour tous aux activités culturelles, par exemple l’unique Conservatoire qui a un nombre de places insuffisant pour l’arrondissement. Enfin, je sais pouvoir compter sur les nombreuses associations qui quadrillent l’arrondissement. Je compte à cet égard rendre plus transparentes les procédures de subventions aux associations.

    Entretien réalisé par Saïd Aklid