Dans Indignation chronique(s) Tome 2, Kacem Madani rassemble des chroniques publiées entre 2018 et 2023 dans Le Matin d’Algérie. Écrits au rythme de l’actualité, ces textes proposent une réflexion critique sur la religion, la politique et les mécanismes sociaux qui traversent l’Algérie contemporaine.
Apostat assumé, Kacem Madani s’exprime depuis une expérience intime de l’islam institutionnel. Cette position lui permet d’aborder les questions religieuses non comme un observateur extérieur, mais comme quelqu’un qui connaît les références, les discours et les pratiques qu’il critique. Son objectif est moins de provoquer que d’interroger les évidences et les certitudes installées.
Les chroniques de Madani se distinguent par un ton direct et assumé. L’auteur de Harraga 2033 examine les contradictions du discours religieux, les ambiguïtés du pouvoir politique et certaines formes de conformisme qui limitent, selon lui, l’exercice de l’esprit critique.
Une écriture de combat
Dans plusieurs textes, il s’intéresse à la place du religieux dans l’espace public. Dans la chronique consacrée à Mohamed Aïssa, l’auteur salue la tentative d’un « Islam cartésien », une volonté rare de rationaliser le religieux. Mais il en montre immédiatement les limites : un système saturé de dogmes, de décibels, d’injonctions moralisatrices, incapable de tolérer la moindre respiration. Madani pointe du doigt les intrusions sonores des mosquées, ces appels à la prière qui s’imposent à tous, croyants ou non, jusque dans le sommeil des enfants : « imposer ces intenses décibels nocturnes qui gênent le repos de l’ensemble des citoyens… »
Cette critique ne s’arrête pas au bruit : elle s’étend aux imams incultes, aux fatwas intempestives, aux dérives sectaires, à l’instrumentalisation du religieux par les institutions. Madani montre comment le sacré, lorsqu’il devient omniprésent, cesse d’être une croyance pour devenir une arme sociale.
La chronique sur Cheikh Chamseddine est un autre exemple de cette écriture de combat. Madani y dévoile l’absurdité d’une polémique autour d’un simple verre de whisky dans un film. Il démonte la posture moralisatrice du prédicateur en rappelant, avec une ironie chirurgicale, que les bars de France furent des lieux de collecte de fonds pour la Révolution algérienne : « les bars […] avaient joué un rôle capital dans la collecte des fonds qui avaient servi à armer nos moudjahidine… »
En retournant ainsi les symboles religieux contre ceux qui les brandissent, Madani expose la fragilité des discours dogmatiques. Il montre que la morale brandie par les clercs n’est souvent qu’une façade, un décor, un outil de contrôle. Sa force réside dans cette capacité à dévoiler, à désosser, à retourner les récits officiels pour en révéler les contradictions internes.
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L’un des thèmes centraux du livre est la place de la raison dans la société. Madani plaide pour une éducation fondée sur le questionnement, la pensée scientifique et l’autonomie intellectuelle. Il s’interroge sur la manière de transmettre l’esprit critique dans des environnements fortement marqués par les croyances et les traditions.
Il écrit dès le prologue que les religions constituent des : « arnaques mystiques ». Une formule volontairement provocatrice qui résume la radicalité de sa position et annonce la tonalité générale de l’ouvrage.
Pour l’auteur, le progrès des sociétés passe par une distinction claire entre la foi personnelle, qui relève de la liberté individuelle, et les interventions du religieux dans les domaines politique, éducatif ou institutionnel. Cette conviction traverse l’ensemble du recueil et lui donne sa cohérence.
C’est autant une critique des dogmes qu’une réflexion sur les conditions de la liberté intellectuelle.
Qu’on partage ou non ses positions, Indignation chronique(s) Tome 2 de Kacem Madani rappelle l’importance du doute, de l’examen critique et de la liberté de penser dans une société confrontée à de profondes tensions culturelles, politiques et religieuses.
Brahim Saci
Kacem Madani, Indignation chronique(s) Tome 2, Les Éditions du Net, 2026.

