Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a exprimé son opposition à la proposition de loi déposée par Laurent Wauquiez, président du groupe Les Républicains à l’Assemblée nationale, visant à interdire le port du voile aux mineures dans l’espace public.
Interrogé sur BFMTV le 30 novembre, Nuñez a déclaré ne pas être favorable à cette proposition de loi visant l’interdiction du port du voile par les mineures, qu’il juge « très stigmatisante » pour les citoyens musulmans.
Cette initiative s’inscrit dans une série de propositions portées par la droite parlementaire, dont un rapport sénatorial évoquant également l’interdiction du jeûne du ramadan pour les moins de 16 ans, dans le cadre d’un travail sur « l’entrisme islamique ».
Nuñez met en garde contre un « délit d’opinion »
Le ministre a souligné le risque de glissement vers un délit d’opinion, appelant à « une grande prudence » face à des mesures qu’il considère comme potentiellement discriminantes. Il précise que l’action du gouvernement cible « des structures et des individus » qui cherchent à substituer la loi religieuse aux lois de la République, et non les pratiques individuelles des mineures.
Nuñez insiste sur la nécessité de s’attaquer aux acteurs qui incitent les jeunes filles à contester les règles scolaires, plutôt que de légiférer sur des comportements religieux personnels.
Une ligne plus dure défendue par Aurore Bergé
À l’inverse, Aurore Bergé, ministre chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, a réaffirmé son soutien à une loi portant interdiction du voile pour les mineures. Sur CNews–Europe 1, elle a déclaré défendre cette mesure « depuis des années », estimant qu’une majorité parlementaire existe désormais pour l’adopter.
Cette proposition relance le débat sur la laïcité, les libertés individuelles, et la protection des mineures, dans un contexte où les tensions autour des signes religieux musulmans restent vives. Plusieurs juristes ont déjà soulevé des doutes sur la constitutionnalité d’une telle interdiction, notamment au regard de la liberté de conscience et du principe de non-discrimination inscrit dans la Constitution et les conventions internationales.
L’islam, une obsession française ?
Cette controverse fait écho aux propos de Nicolas Cadène, ancien rapporteur général de l’Observatoire de la laïcité, qui dénonçait récemment sur Blast une « obsession française » autour de l’islam et du voile. Selon lui, « la multiplication de mesures politiques visant spécifiquement les musulmans et l’islam » traduit une dérive inquiétante : la laïcité, censée garantir la liberté de conscience, est instrumentalisée pour cibler une seule religion.
Nicolas Cadène rappelait que cette focalisation sur les femmes musulmanes s’explique par un faisceau de facteurs : héritage colonial, polarisation sociale, attentats islamistes des années 2010, mais aussi fantasmes politiques. Dans ce contexte, les propositions comme celles de Wauquiez et Bergé renforcent une parole publique de plus en plus virulente, où les amalgames se banalisent.
Enjeux juridiques et politiques
Au-delà du débat parlementaire, la question soulève des doutes constitutionnels : liberté de conscience, égalité devant la loi, non-discrimination. Pour Cadène, « la laïcité, c’est d’abord une liberté », et toute mesure qui cible une religion particulière risque de fragiliser la cohésion nationale.
Synthèse Samira B. B./agences

