Malgré un acte héroïque en 2019 après avoir sauvé une femme, un Algérien, père de quatre enfants, est aujourd’hui menacé d’expulsion après un nouveau refus de titre de séjour.
Yassine, Algérien installé à Saint‑Étienne depuis 2018, vit une situation incompréhensible. Cet Algérien que l’on présentait comme un héros en 2019 — après avoir sauvé une femme qui tentait de se suicider en se jetant du 7ᵉ étage — est aujourd’hui menacé d’expulsion. Son dernier recours administratif a été rejeté le 13 janvier, rapporte France Bleu.
« Qu’est‑ce que j’ai fait pour recevoir cette décision ? »
Depuis la réception du courrier lui annonçant le refus de sa demande de titre de séjour, Yassine ne dort plus. « On est sous le choc, mes amis, mon entourage. Ça tourne dans ma tête, qu’est‑ce que j’ai fait pour recevoir cette décision », confie‑t‑il à France Bleu.
Arrivé en France en 2018, il estime avoir « coché toutes les cases ». Une promesse d’embauche de la STAS avait été annulée faute de papiers, mais il avait tout de même réussi à décrocher un CDI. « J’ai reçu mon OQTF au bout de 9 mois en plein CDI », regrette‑t‑il.
La Croix‑Rouge, où il est bénévole, a écrit à Emmanuel Macron. La députée LFI Andrée Taurinya a également tenté d’intervenir. Rien n’y a fait.
Un acte héroïque qui n’a pas pesé dans son dossier
Le 23 mai 2019, dans le quartier Bellevue à Saint‑Étienne, Yassine avait retenu à bout de bras une femme qui se jetait du 7ᵉ étage. Il en garde encore des douleurs au bras gauche. Mais cet acte de bravoure n’a pas été pris en compte : il a reçu trois OQTF, en 2022, 2024 et février 2025.
Âgé de 43 ans, marié, père de quatre enfants — dont trois nés en France — Yassine est le seul membre de sa famille menacé d’expulsion.
« Je n’ai fait aucune chose mal ici en France, j’ai donné toute mon énergie depuis que je suis en France. Même ma grande fille m’a dit : mais tu as sauvé une vie, tu es bénévole à la Croix‑Rouge, pourquoi la France elle dit qu’il faut quitter la France ? », témoigne‑t‑il.
Sans droit au travail, la famille vit de ses économies et de l’aide d’amis. Ayoub, l’un d’eux, décrit « une personne gentille, toujours souriant. Il ne demande pas des aides, mais juste un document qui l’autorise à travailler ».
« Le sauvetage, c’est un geste humanitaire, pas pour les papiers »
Yassine assure ne rien regretter : « Je suis content d’avoir sauvé la dame, elle est vivante aujourd’hui avec ses enfants. Le sauvetage pour moi c’est un geste humanitaire, ce n’est pas pour les papiers. Mais normalement la France elle doit protéger les enfants et maintenant moi et mes enfants on est en risque. »
France Bleu rappelle plusieurs cas où des actes de bravoure ont conduit à une régularisation ou une naturalisation : Mamoudou Gassama, le « Spider‑Man » malien, naturalisé après avoir sauvé un enfant suspendu à un balcon en 2018 ; Nizar Hasnaoui, un Tunisien sans papiers, régularisé après avoir sauvé quatre personnes de la noyade à Nice en 2015 ; Lassana Bathily, le héros de l’Hyper Cacher, naturalisé après avoir protégé des otages en 2015 ; Mohsen Oukassi, qui avait sauvé des voisins d’un incendie en 2014, titulaire depuis de titres de séjour renouvelables.
Une famille suspendue à une décision administrative
Pour Yassine, l’incompréhension domine. Son avenir — et celui de ses quatre enfants — dépend désormais d’un éventuel recours ou d’un geste administratif. En attendant, il reste sous la menace d’une expulsion, malgré un parcours marqué par l’intégration, le bénévolat et un acte héroïque qui avait ému tout un quartier.
S. B. B.


