L’imam Otmane Aïssaoui, président de l’Union des musulmans des Alpes‑Maritimes et responsable de la mosquée Ar‑Rahma, a annoncé le 20 mars 2026 avoir déposé plainte contre l’ancien député Gilbert Collard, la chaîne CNews et le magazine Frontières.
L’imam de Nice leur reproche d’avoir relayé des accusations mensongères portant atteinte à son honneur et à celui de sa communauté. En effet, l’ancien député du Rassemblement national Gilbert Collard, la chaîne CNews et le magazine Frontières l’ont publiquement présenté comme un relais d’influence, proche des Frères musulmans et impliqué dans une forme de clientélisme électoral à Nice.
Au cœur de la polémique se trouve une vidéo diffusée par le magazine d’extrême droite Frontières puis reprise par CNews, dans laquelle l’imam est accusé d’entretenir une relation privilégiée avec le maire sortant Christian Estrosi et d’orienter le vote des musulmans de la ville.
L’imam Otmane Aïssaoui rejette catégoriquement ces allégations et souligne la diversité des opinions politiques au sein de la communauté musulmane.
« Je suis président d’une communauté musulmane assez grande. Ils sont très intelligents et ils voteront qui ils veulent », se défend Otmane Aïssaoui, avant d’ajouter : « Il y a des musulmans qui voteront Ciotti, des musulmans qui voteront Estrosi, des musulmans qui voteront la gauche. Il n’y a aucun problème. Comme dans toutes les communautés religieuses. Chacun est libre. »
Ils ont instrumentalisé la communauté musulmane
Il a également tenu à clarifier les conditions d’organisation de la prière de l’Aïd, qui s’est déroulée au Parc des expositions de Nice : la salle a été louée par l’association, facture à l’appui, et aucun candidat n’a été invité. Christian Estrosi, venu sur place, n’a d’ailleurs pas été autorisé à entrer, conformément aux règles fixées par les organisateurs.
« Manipuler pour dire qu’Estrosi est porté par telle communauté et donc qu’il faut le casser ? […] Ils ont instrumentalisé la communauté musulmane pour leur profit à eux, malheureusement », dénonce l’imam niçois. Il espère que « les gens retrouveront la sérénité ».
Cette affaire éclate dans un climat politique particulièrement tendu. Le premier tour des municipales, le 15 mars, a placé Christian Estrosi en deuxième position derrière Eric Ciotti, candidat UDR allié au Rassemblement national. La perspective de voir la cinquième ville de France basculer à l’extrême droite a contribué à durcir les discours et à multiplier les polémiques. L’imam lui‑même dénonce l’atmosphère pesante qui entoure le scrutin.
Dans ce contexte, les accusations visant l’imam s’inscrivent dans une séquence plus large où l’islam et les musulmans sont régulièrement instrumentalisés dans le débat public. Les insinuations de clientélisme, les soupçons de proximité idéologique ou les mises en cause de pratiques religieuses ordinaires participent d’un climat où les citoyens de confession musulmane — ou supposée comme telle — sont fréquemment présentés comme un groupe homogène, influençable ou suspect.
En saisissant la justice, Otmane Aïssaoui dit vouloir mettre un terme à ces amalgames et défendre la dignité de sa communauté face à ce qu’il considère comme une campagne de désinformation orchestrée à des fins électorales.
Saïd A.

