Le vers à l’épreuve du concept : une journée d’étude à l’ENS

L’École normale supérieure (ENS) accueillera, le 23 avril 2026, une journée d’étude intitulée « Le vers à l’épreuve du concept ». Chercheurs, théoriciens et spécialistes de littérature s’y réuniront pour interroger les lieux où le poème rencontre, déplace ou défie l’activité du concept. L’événement propose d’explorer un territoire où la création poétique devient un espace de réflexion à part entière, capable de mettre à l’épreuve les catégories critiques et philosophiques qui prétendent la saisir.

Dans un contexte où les recherches littéraires et philosophiques s’attachent de plus en plus à penser les formes du langage comme des lieux de production du savoir, la journée d’étude « Le vers à l’épreuve du concept » qui se tiendra à l’ENS entend réaffirmer la pertinence d’un dialogue étroit entre création poétique et réflexion conceptuelle.

Elle s’inscrit dans un mouvement de recherche qui interroge la capacité du vers à accueillir des opérations intellectuelles complexes, à déplacer les catégories critiques établies et à ouvrir des voies nouvelles pour comprendre la pensée en acte dans les œuvres.

En ce sens, l’événement se veut un espace d’expérimentation théorique, où la poésie n’est plus seulement l’objet d’un discours, mais l’un des lieux où ce discours se transforme.

Programme de la journée d’étude « Le vers à l’épreuve du concept »

programme de la journée "le vers à l'épreuve du concept"
Programme de la journée « Le vers à l’épreuve du concept »

La journée d’étude est organisée en partenariat avec l’Institut des textes et manuscrits modernes (CNRS ENS) et l’UCLouvain Saint Louis Bruxelles.

Placée sous la direction d’Andrea Schellino et de Giorgia Testa, cette rencontre propose d’explorer les multiples façons dont la poésie engage la pensée et dont la pensée, en retour, infléchit les formes du vers.

La matinée s’ouvrira avec Henri Scepi (Sorbonne Nouvelle) qui analysera Du vers au phrasé : la pensée du poème chez Jules Laforgue, avant que Guilhem Farrugia (Université de Poitiers) n’examine L’art essentiellement démoniaque et l’esprit philosophique du dernier Baudelaire. Jean‑François Louette (Sorbonne Université) proposera ensuite Sartre et le surréalisme. Relève, critique, exercices. Un premier débat viendra prolonger ces échanges.

L’après‑midi poursuivra l’exploration des tensions entre concept et poème. Antonio Rodriguez (Université de Lausanne) s’intéressera à Du faire‑sens rationnel au faire‑signe poétique. Isabelle Ost (UCLouvain Saint‑Louis Bruxelles) présentera Rancière lecteur de Mallarmé et de Beck : sillage de sirène, sillon du poème, suivie de Anton Hureaux (Aix‑Marseille Université) avec Jacques Rancière ou le malentendu lyrique.

Après une pause café, Christian Doumet (Sorbonne Université) interviendra sur le thème « Yves Bonnefoy et le concept : à partir d’Anti‑Platon », avant que Giulia Abbadessa (Université de NaplesFederico II) n’explore La poésie de l’errance dans la philosophie de Glissant. Gabriel Meshkinfam (Université Paris Cité‑ENS) clôturera les interventions en analysant Ménager ou soumettre, l’entretien du poème chez Maurice Blanchot et Alain Badiou.

La journée se terminera par un échange collectif et la clôture des travaux. Les organisateurs remercient chaleureusement Ethel Alzial pour son aide précieuse.

Apport scientifique

Cette journée d’étude offre une traversée rare et ambitieuse des zones où poésie et concept se rencontrent, se heurtent ou s’éclairent mutuellement. En réunissant des spécialistes de Laforgue, Baudelaire, Sartre, Rancière, Bonnefoy, Glissant, Blanchot ou Badiou, elle permet de confronter des corpus, des époques et des méthodes qui dialoguent rarement dans un même espace critique.

L’objectif n’est pas seulement de juxtaposer des lectures, mais de comprendre comment, dans chaque œuvre, le poème devient un opérateur de pensée : un lieu où s’élaborent des formes de rationalité singulières, irréductibles aux cadres conceptuels traditionnels.

L’apport majeur de cette rencontre réside dans la mise en tension de traditions critiques souvent séparées, poétique, esthétique, philosophie du langage, théorie politique, herméneutique, afin de dégager des lignes de force transversales.

Il s’agit de montrer comment le vers peut devenir un espace de réflexion, capable de produire ses propres catégories, et comment le concept, mis à l’épreuve du poétique, se trouve déplacé, infléchi ou réinventé.

En ce sens, la journée contribue à renouveler la compréhension du poème non comme simple objet d’analyse, mais comme lieu d’élaboration d’un savoir propre, où se déploient des formes de pensée qui excèdent les frontières disciplinaires.

Rayonnement et perspectives

L’événement contribue à renouveler les approches contemporaines de la poésie en la considérant non comme un simple objet esthétique, mais comme un lieu où se fabrique une pensée singulière, capable de rivaliser avec les formes traditionnelles du discours conceptuel.

En mettant en dialogue des chercheurs issus de champs théoriques variés, la journée favorise l’émergence d’une vision plus transversale de la création poétique, où le vers devient un espace d’expérimentation intellectuelle autant qu’un geste sensible.

Elle encourage également la circulation des idées entre institutions françaises et internationales, renforçant les collaborations existantes et en suscitant de nouvelles. Ce croisement des perspectives ouvre la voie à des projets communs, séminaires, publications, programmes de recherche qui prolongeront les questionnements soulevés au cours de la journée.

L’impact se mesure enfin dans la manière dont cette rencontre contribue à reconfigurer le paysage critique : en réaffirmant la capacité du poème à produire du savoir, elle invite à repenser les frontières disciplinaires et à envisager la poésie comme un acteur à part entière du débat philosophique contemporain.

L’horizon de la pensée poétique

Le vers à l’épreuve du concept s’annonce comme un moment fort de réflexion collective, où la poésie apparaît dans toute sa puissance critique et imaginative. Elle invite à repenser les frontières entre littérature et philosophie, non comme des lignes de partage, mais comme des zones de passage où s’inventent de nouvelles formes de pensée.

En mettant en lumière la capacité du poème à accueillir, déplacer ou contester les catégories conceptuelles, l’événement rappelle que la poésie n’est pas seulement un art du sensible, mais un lieu d’élaboration intellectuelle à part entière.

Redécouvrir la fécondité conceptuelle du poème, c’est reconnaître que le vers peut produire du savoir, ouvrir des perspectives inédites et contribuer, de manière décisive, aux débats théoriques contemporains. Cette journée d’étude entend ainsi affirmer la vitalité d’un dialogue renouvelé entre création poétique et pensée critique.

Informations pratiques

La journée d’étude Le vers à l’épreuve du concept se tiendra le 23 avril 2026, à l’École normale supérieure (ENS), 45 rue d’Ulm, Paris, en Salle Celan. L’entrée est libre dans la limite des places disponibles. L’événement s’adresse aux chercheurs, doctorants, étudiants et à toute personne intéressée par les enjeux contemporains de la poésie et de la pensée conceptuelle.

Brahim Saci