Poète, écrivain, journaliste, Mohand Cherif Zirem poursuit aujourd’hui une aventure inattendue et pourtant profondément cohérente : l’apiculture. Dans la forêt de l’Akfadou, il transforme son lien ancien avec la nature en un art patient, sacré, où le miel devient prolongement de la poésie.
Dans l’Akfadou, la lumière semble avoir une manière particulière de tomber : elle glisse entre les branches, se pose sur les pierres, s’attarde sur les ruches comme si elle reconnaissait en elles un lieu de vérité. Mohand Cherif Zirem, qui a longtemps cherché cette lumière dans les livres, la retrouve aujourd’hui dans le vol d’une abeille, dans la vibration d’une ruche, dans la douceur d’un miel qui prolonge ses poèmes. Ce passage du livre au rucher n’est pas une bifurcation : c’est une ascension.
Une manière d’écrire autrement, avec le vivant, avec le sacré, avec la patience du monde. Dans chaque abeille, il voit une lettre ; dans chaque ruche, une page ; dans chaque récolte, un chapitre de cette œuvre silencieuse qu’il poursuit désormais au cœur de la forêt.
Ainsi, la lumière des abeilles devient la lumière de son œuvre : une lumière humble, pure, offerte — comme un poème qui ne demande rien, sinon d’être reçu.
Mohand Cherif Zirem, l’homme qui marche entre les livres et les abeilles
Mohand Cherif Zirem appartient à cette famille d’intellectuels pour qui le livre n’est pas seulement un objet, mais un territoire vital, une respiration, une manière d’habiter le monde. Auteur prolifique, il a longtemps semé des vers comme on sème des graines : à pied, à cheval, sur les chemins de Kabylie, dans les villes où il a vécu, dans les nuits où l’écriture devient une lampe. Ses poèmes portent la terre et le ciel comme deux ailes. Ils avancent avec une dimension spirituelle qui traverse son œuvre, une quête de sens, une volonté de relier l’humain à ce qui le dépasse, à ce qui l’apaise, à ce qui l’élève.
La forêt de l’Akfadou, immense, profonde, bruissante, est devenue pour lui bien plus qu’un décor. Elle est une matrice. Une présence. Un lieu de communion où chaque arbre semble répondre à une question ancienne, où chaque sentier ouvre une porte intérieure. Pendant des années, Mohand Cherif Zirem a marché dans cette forêt comme on marche dans un sanctuaire. Il y a trouvé une paix rare, une fusion avec la nature qui a façonné son regard, son souffle, sa manière d’être au monde.
De cette relation intime, patiente, presque sacrée avec l’Akfadou est née une passion nouvelle : les abeilles. Elles ne sont pas un détour, ni un hasard. Elles sont la continuité. Le prolongement naturel de son cheminement. Les abeilles relient la terre au ciel, exactement comme ses vers. Elles portent une sagesse ancienne, une organisation mystérieuse, une lumière intérieure qui correspond à sa manière de percevoir le vivant.
Ainsi, en passant du livre au rucher, Mohand Cherif Zirem n’a pas changé de voie : il l’a élargie. Il a simplement déplacé la poésie vers un autre espace, un autre souffle, un autre miracle du monde.
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Ce passage du livre au rucher n’a rien d’un hasard. Il s’inscrit dans une continuité profonde, comme si l’écriture avait simplement changé de support. Mohand Cherif Zirem prolonge la même intuition, la même sagesse, la même écoute du monde. Les abeilles, maillon indispensable de la vie, incarnent ce lien subtil entre la terre et le ciel qu’il n’a cessé de célébrer dans ses poèmes. Elles sont, en quelque sorte, les gardiennes silencieuses de cette harmonie qu’il cherche depuis toujours : une vibration entre le visible et l’invisible, entre le souffle humain et le rythme cosmique.
Aux côtés de son frère Zakaria — technicien en apiculture, sage, homme de patience et de gestes précis — il explore ce vaste domaine d’étude, d’observation et de soin. L’apiculture n’est pas une activité mécanique : c’est une école d’humilité. Elle exige de comprendre le rythme du vivant, de respecter ses lois, de protéger ce qui nous protège. Chaque ruche est un monde, chaque abeille une énigme, chaque goutte de miel un miracle né d’une collaboration millénaire entre la nature et l’attention humaine.
Dans ce travail, Zirem retrouve ce qu’il a toujours cherché dans l’écriture : une discipline intérieure, une écoute, une manière de se tenir au plus près du réel sans jamais le brusquer. Le rucher devient un prolongement de son bureau, un espace où la poésie se dépose autrement, où le vers se transforme en nectar, où la méditation se fait geste.
Ainsi, le passage du livre au rucher n’est pas une rupture : c’est une fidélité. Une fidélité à la terre, au ciel, à la lumière, à la lenteur, à la sagesse des êtres minuscules qui maintiennent l’équilibre du monde.
Un miel d’une pureté rare
À l’orée de la majestueuse forêt de l’Akfadou, là où les arbres semblent converser avec le vent et où la lumière filtre comme une bénédiction, Mohand Cherif Zirem réussit le pari de produire un miel d’une pureté exceptionnelle. Ce miel n’est pas seulement un produit : c’est l’aboutissement d’un travail méticuleux, d’une attention constante, d’un amour du geste juste. Chaque ruche porte la trace de sa patience, de son respect pour les abeilles, de son souci de toujours bien faire — pour elles d’abord, pour le consommateur ensuite.
Ceux qui viennent acheter son miel savent ce que représente ce labeur. Ils connaissent la valeur des heures passées à observer, à protéger, à accompagner le rythme fragile du vivant. L’accueil qu’ils reçoivent est chaleureux, fraternel, empreint de cette simplicité noble qui caractérise les gens de la terre. On repart le cœur léger, avec une bénédiction dans la tradition de nos ancêtres, à l’époque où la belle parole était une vertu quotidienne, un don offert sans calcul.
Dans cette contrée dominée par la forêt, où la nature impose sa majesté et sa loi, se trouve désormais l’un des miels les plus précieux. Un miel qui porte la signature d’un homme pour qui la nature n’est pas un décor, mais une source. Une source de paix, de poésie, de vérité. Le miel de Mohand Cherif Zirem est le reflet de cette alliance : une alchimie entre la forêt, les abeilles et la main humaine, une pureté rare née d’un engagement total envers le vivant.
Là où le miel devient prière
Dans le rucher de Mohand Cherif Zirem, il existe une présence qui dépasse le visible. Une respiration ancienne, presque sacrée, qui semble monter de la terre pour rejoindre le ciel. Lorsque le poète‑apiculteur s’arrête devant ses ruches, il ne contemple pas seulement des abeilles : il contemple un mystère. Un passage. Une porte ouverte vers ce qui ne s’explique pas mais se ressent.
Les abeilles, dans leur ballet circulaire, tracent des signes que seuls les cœurs attentifs peuvent lire. Elles dessinent des mandalas vivants, des géométries sacrées où chaque mouvement est une prière silencieuse. Leur danse n’est pas un simple instinct : c’est une écriture cosmique, une manière de dire que le monde est tenu par des forces minuscules, patientes, lumineuses. Elles portent dans leurs ailes un éclat d’étoile, un fragment de nuit, une poussière de cosmos.
Dans cette lumière vibrante, Mohand Cherif Zirem devient un veilleur. Un gardien du lien. Un témoin de l’invisible.
Le miel qu’il récolte n’est pas seulement une douceur : c’est une condensation de lumière, un fragment de soleil capturé par des ailes, un nectar où se mêlent la mémoire des fleurs et le souffle du sacré. Chaque goutte porte une bénédiction, une trace de la forêt, une part de l’âme du vivant. Le miel n’est pas qu’une douceur : c’est une offrande. Une manière pour la nature de dire que le sacré n’est jamais loin, qu’il suffit d’ouvrir les mains pour le recevoir.
La forêt de l’Akfadou, elle aussi, participe à cette liturgie. Elle enveloppe le rucher comme un sanctuaire. Elle protège, elle inspire, elle murmure. Ses arbres sont des colonnes, ses clairières des chapelles, son silence une psalmodie.
La nuit, lorsque la forêt retient son souffle, Mohand Cherif s’assoit près des ruches. Le silence devient une mer, et les abeilles, invisibles, continuent de chanter dans l’obscurité. Dans cette obscurité vibrante, il perçoit la présence des anciens, ceux qui savaient que la nature est un temple et que chaque abeille est une prière en mouvement. Leurs gestes, leurs savoirs, leurs bénédictions semblent flotter encore dans l’air, comme une mémoire qui refuse de s’éteindre.
Dans cet espace où tout respire ensemble, Mohand Cherif Zirem avance comme un pèlerin. Il sait que la poésie n’est pas seulement dans les mots : elle est dans la vibration du monde, dans la lenteur du geste, dans la gratitude envers ce qui nous dépasse. Il sait que l’apiculture est une forme de méditation, une manière de se tenir au seuil du mystère sans jamais prétendre le posséder.
Ainsi, le poète et l’apiculteur se rejoignent dans une même quête : honorer le vivant, écouter le sacré, accueillir la lumière.
Et lorsque l’aube se lève, une abeille s’envole. Dans son battement d’aile, il y a toute la poésie du monde. Peut‑être que demain, un enfant goûtera ce miel et comprendra que la terre parle encore, qu’elle n’a jamais cessé de murmurer à ceux qui savent écouter.
Dans cette terre bénie, Mohand Cherif Zirem continue d’offrir ce qu’il a toujours offert : une manière d’habiter le monde avec gratitude, avec profondeur, avec lumière — une manière de dire que le sacré est partout, qu’il suffit d’ouvrir les yeux, ou simplement le cœur, pour le reconnaître.
Brahim Saci
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