La présidente de l’association Kabylie Equitable, Kahina Maghlaoui, revient dans cet entretien sur la célébration de Yennayer, qu’elle qualifie d’« événement fédérateur ». Elle présente aussi son association, son histoire et les engagements qui la guident.
Au‑delà de la dimension festive, Kahina Maghlaoui insiste sur la portée culturelle et identitaire de Yennayer, devenu au fil des années un moment privilégié pour rassembler la diaspora berbère autour de ses racines. Pour elle, cette célébration est aussi l’occasion de mettre en lumière le travail associatif mené en France pour préserver, transmettre et valoriser le patrimoine amazigh auprès des nouvelles générations.
Propos recueillis par A. M. Syphax
Diasporadz : Vous organisez un défilé‑carnaval pour célébrer Yennayer dans les rues de Paris ce samedi 10 janvier, pour la troisième fois. Quel est le sens de cet événement ?
Kahina Maghlaoui : Après le succès des deux premières éditions, il nous a semblé important de renouveler cette célébration pour plusieurs raisons. D’abord, rappeler nos racines et notre culture d’origine, à l’instar d’autres communautés — chinoise, arménienne, kurde, etc. Ensuite, souligner le caractère multigénérationnel et éclectique de Yennayer, un événement ô combien fédérateur. Enfin, l’inscrire dans un cadre institutionnel afin de démystifier les préjugés.
Yennayer, qui s’inscrit dans une profonde sécularité, accompagne et adoucit notre présent, tout en nous incitant à bâtir un futur fondé sur la fraternité, le partage et la paix.
Parlez‑nous de Kabylie Équitable.
Kahina Maghlaoui : Fondée il y a une dizaine d’années, en présence et sous le parrainage de notre regretté Idir, Kabylie Équitable est une association régie par la loi de 1901 et est à but non lucratif. Elle est animée par le souci de protéger la planète, de promouvoir la diversité et de valoriser l’artisanat, en particulier féminin.
À cet effet, Kabylie Équitable plaide pour le respect des équilibres écologiques, condition sine qua non de la sauvegarde de l’environnement. Naturellement, le rendez‑vous de Yennayer avec Kabylie Équitable porte en lui tous les ingrédients de la défense et de la protection de la nature.
Association citoyenne, Kabylie Équitable se retrouve de facto dans tous les combats contre les discriminations, pour l’égalité femmes‑hommes, pour la démocratie locale et pour la cohésion sociale.
Yennayer est de plus en plus présent et célébré en France. Comment expliquez‑vous cet engouement?
Kahina Maghlaoui : Oui, Yennayer est un événement attachant, festif, convivial et rassembleur. Loin de tout dogmatisme ou embrigadement, Yennayer se déploie dans la rue et parle à tout le monde, quelles que soient les origines, la culture, l’âge, le sexe, la religion ou l’absence de religion.
Yennayer n’a aucune difficulté à s’inscrire dans le creuset républicain. Repère et rituel multimillénaire, il porte en lui une profonde modernité. Héritage des chasseurs‑cueilleurs et des premières nations, il s’inscrit dans le rythme des saisons, la magie de la nature et la permanence des valeurs solidaires.
Ainsi, Kabylie Équitable est en parfaite harmonie avec tout ce qui touche aux équilibres naturels, aux conduites citoyennes et aux aspirations légitimes des acteurs de la biodiversité. L’humanisme comme credo, l’amour du vivant comme flambeau.


