À la veille du procès de Marine Le Pen en appel, la justice française est ébranlée par des soupçons d’ingérence américaine. Selon des révélations de la presse allemande, l’administration Trump aurait envisagé de sanctionner des magistrats français, une perspective qui a conduit le président du tribunal de Paris à dénoncer une atteinte directe à la souveraineté judiciaire.
Le climat autour du procès en appel du Rassemblement national (RN) s’est brusquement tendu après la publication d’une enquête du magazine Der Spiegel. L’hebdomadaire affirme que Washington aurait étudié la possibilité de mesures de rétorsion contre les juges ayant condamné Marine Le Pen en première instance, en mars 2025, dans l’affaire des assistants parlementaires européens. La dirigeante du RN avait alors été condamnée à quatre ans de prison, dont deux ferme, assortis d’une amende et d’une peine d’inéligibilité. Elle a fait appel, et c’est ce nouveau procès qui s’ouvre dans un contexte désormais chargé de tensions diplomatiques.
Face à ces révélations, le président du tribunal judiciaire de Paris, Peimane Ghaleh-Marzban, a pris la parole pour dénoncer une « ingérence inacceptable ». Il a rappelé que l’indépendance des magistrats constitue un pilier fondamental de l’État de droit, et qu’aucune puissance étrangère ne peut prétendre influencer une décision rendue au nom du peuple français. Il a également appelé les autorités nationales à exprimer une réaction ferme si ces informations venaient à être confirmées.
Cette mise en garde s’inscrit dans un contexte plus large de crispations entre Washington et plusieurs juridictions internationales. En août 2025, les États-Unis ont déjà sanctionné Nicolas Guillou, juge français à la Cour pénale internationale, en raison de son rôle dans le dossier du mandat d’arrêt visant Benjamin Netanyahu. Ce précédent nourrit aujourd’hui les inquiétudes de la magistrature française.
L’affaire soulève des enjeux sensibles : souveraineté judiciaire, pressions diplomatiques, instrumentalisation politique d’un procès déjà hautement médiatisé. Elle intervient alors que la justice française s’apprête à rejuger une figure politique majeure, dans un dossier mêlant finances européennes, enjeux électoraux et rivalités internationales.
Pour l’heure, aucune confirmation officielle n’est venue étayer les informations de Der Spiegel. Mais la réaction du président du tribunal de Paris montre que la justice française entend défendre son indépendance avec vigueur. À l’ouverture du procès de Marine Le Pen, cette alerte sur une possible ingérence américaine plane désormais comme un rappel : la justice ne saurait être un terrain d’influence pour des puissances étrangères.
Saïd Aklid/AFP


