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Hommage à Mohammed Harbi à l’Institut du monde arabe : entre histoire, mémoire et engagement

hommage mohammed Harbi

Soirée hommage à Mohammed Harbi à l'Institut du monde arabe à Paris. Photo Diasporadz

L’Institut du monde arabe a consacré, le 5 juin, à Paris, une soirée d’hommage à Mohammed Harbi, figure majeure de l’histoire contemporaine algérienne.

Historiens, chercheurs, militants et proches se sont réunis pour évoquer le parcours exceptionnel de cet acteur de la lutte de libération devenu l’un des principaux historiens du mouvement national algérien. À travers des projections d’archives, des témoignages et des échanges, la rencontre a permis de retracer les différentes étapes d’une vie marquée par l’engagement politique, l’exil et une exigence constante de réflexion critique.

La première séquence de la soirée s’est ouverte par la projection d’un entretien filmé de Mohammed Harbi réalisé par François Demerliac. Revenant sur les événements fondateurs de son engagement, l’historien évoque notamment les massacres du 8 mai 1945 et la prise de conscience politique qui conduira une génération entière vers le combat anticolonial.

Au cours de l’échange qui a suivi, Benjamin Stora est revenu sur ses premières rencontres avec Mohammed Harbi ainsi que sur les années de travail intellectuel menées en commun. Il a rappelé l’importance de leur dialogue dans la compréhension de l’histoire du nationalisme algérien et souligné la place singulière de Harbi parmi les anciens militants du FLN devenus historiens de leur propre engagement.

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Gilles Manceron a pour sa part évoqué les positions défendues par Mohammed Harbi au sein de la Fédération de France du FLN. Il a notamment rappelé son opposition à la stratégie du « second front » menée sur le territoire français durant la guerre d’indépendance, illustrant ainsi la capacité de Harbi à porter un regard critique sur les orientations politiques de son époque.

La deuxième partie de la soirée, introduite par un extrait du documentaire Algérie 62 – L’Indépendance aux deux visages de Jean-Michel Meurice et Benjamin Stora, a permis d’aborder les années de l’indépendance et les débats qui ont accompagné la construction du nouvel État algérien.

À cette occasion, Ali Guenoun a rappelé qu’il était difficile de dissocier chez Mohammed Harbi l’homme politique de l’historien. Son expérience militante a profondément nourri son travail de recherche, tandis que sa pratique de l’histoire a constamment éclairé sa réflexion politique. Ali Guenoun a également souligné la conception plurielle que Harbi se faisait de la nation algérienne, attentive à la diversité de ses composantes historiques, culturelles et linguistiques. Une vision qui traverse l’ensemble de son œuvre et demeure d’une grande actualité.

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Les échanges ont également mis en lumière les espoirs suscités par l’indépendance ainsi que les débats et les tensions qui ont marqué les premières années de l’Algérie souveraine, thèmes auxquels Mohammed Harbi a consacré une part importante de ses travaux.

La troisième séquence s’est appuyée sur la projection d’extraits des Mémoires filmés de Mohammed Harbi, réalisés en 2021 par Bernard Richard et Robi Morder.

Le témoignage d’Emir Harbi a offert un regard plus personnel sur l’homme derrière l’intellectuel. Il a décrit un père profondément curieux du monde, dont les centres d’intérêt dépassaient largement les seules questions algériennes. Attentif aux évolutions politiques internationales, Mohammed Harbi suivait notamment avec intérêt les combats menés par les mouvements de gauche en Amérique latine et les expériences d’émancipation qui s’y développaient.

Nedjib Sidi Moussa s’est attaché à retracer le cheminement qui a conduit Mohammed Harbi à devenir une référence intellectuelle reconnue. Il a montré comment l’expérience militante, l’épreuve de l’exil, le travail historique et l’indépendance d’esprit ont contribué à forger une œuvre originale qui continue d’influencer plusieurs générations de chercheurs.

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Parmi les aspects les plus stimulants de la soirée, les interventions de Robi Morder et François Demerliac ont permis de revenir sur une dimension parfois méconnue de la pensée de Mohammed Harbi : son intérêt pour les expériences d’autogestion mises en place au lendemain de l’indépendance. Ils ont rappelé l’attention qu’il portait à ces tentatives d’organisation économique et sociale fondées sur la participation directe des travailleurs, qu’il considérait comme l’une des expériences les plus novatrices de l’Algérie des premières années.

La soirée s’est conclue par la projection du film Algérie, année zéro de Marceline Loridan et Jean-Pierre Sergent, tourné en 1962. Ce document rare a prolongé les réflexions engagées tout au long de la rencontre en restituant l’atmosphère des premiers mois de l’indépendance.

Au fil des interventions, un même constat s’est imposé : Mohammed Harbi occupe une place singulière dans l’histoire contemporaine de l’Algérie. Acteur de la lutte de libération, observateur critique des premières années de l’indépendance et historien soucieux de confronter les mémoires aux faits, il a constamment cherché à articuler engagement politique et exigence intellectuelle. Les témoignages de Benjamin Stora, Gilles Manceron, Ali Guenoun, Emir Harbi, Nedjib Sidi Moussa, Robi Morder et François Demerliac ont permis d’éclairer les multiples facettes d’un homme dont les travaux continuent d’occuper une place centrale dans l’écriture de l’histoire contemporaine de l’Algérie.

En donnant à entendre sa voix à travers des archives filmées et en confrontant les regards de ceux qui l’ont connu ou étudié, l’Institut du monde arabe a proposé bien davantage qu’un hommage : une réflexion collective sur l’héritage intellectuel et politique d’une figure majeure dont l’œuvre demeure une référence incontournable pour comprendre l’Algérie contemporaine.

A. M. Syphax

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