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Hommage à Harbi : Stora salue un “éveilleur irremplaçable” de l’histoire algérienne

Mohammed Harbi s’est éteint le 1er janvier 2026 à Paris. Avec lui disparaît l’un des plus grands historiens algériens contemporains, un homme qui aura consacré sa vie à comprendre, expliquer et transmettre les complexités du nationalisme algérien. Dans un hommage à Harbi publié dans L’Histoire, Benjamin Stora revient sur cette figure majeure, dont l’œuvre a profondément marqué plusieurs générations de chercheurs.

Stora raconte dans son hommage comment la lecture de Aux origines du FLN de Mohammed Harbi en 1975 a bouleversé sa formation de jeune historien. Il y découvre un penseur libre, affranchi des frontières idéologiques. Il écrit : « Mohammed Harbi m’est apparu comme un intellectuel maghrébin pour qui les mots n’ont pas de nationalité ni d’origine, et sont donc des êtres libres, rétifs à tout embrigadement ».

Cette liberté de pensée, rare dans le contexte politique de l’époque, deviendra la marque de fabrique de Harbi.

Un témoin de l’intérieur, lucide et intransigeant

Ancien cadre du FLN et membre du GPRA, Harbi connaît intimement les rouages du mouvement nationaliste. Cette position lui permet de déconstruire, dès les années 1970, les récits officiels de l’Algérie indépendante.

Stora rappelle que ses critiques du FLN ont été un véritable séisme : « Ses premiers livres […] ont été un véritable coup de tonnerre dans le ciel apparemment serein des discours officiels algériens ».

Harbi ose dire ce que beaucoup taisent : les luttes internes, les dérives bureaucratiques, les violences politiques, les « guerres dans la guerre ».

Une œuvre qui a ouvert des brèches

Avec Le FLN, mirage et réalité (1980) puis Les archives de la révolution algérienne (1981), Harbi met à nu les contradictions du mouvement nationaliste et éclaire les zones d’ombre de la guerre d’indépendance.

Stora souligne la rigueur de son approche : « Il répondait à ces questions dans un travail historique rigoureux, méthodique, appuyé sur des sources solides ».

Harbi rompt avec les récits simplificateurs, qu’ils soient nostalgiques de l’Algérie française ou porteurs d’un nationalisme officiel rigide.

Un passeur pour toute une génération

Stora insiste sur l’importance personnelle de Harbi dans sa propre trajectoire. Il raconte comment l’historien l’a aidé dans son Dictionnaire biographique des militants algériens (1985), et comment ses échanges ont façonné sa compréhension du nationalisme algérien.

Stora confie : « J’ai pu mesurer l’état des lieux de la “révolution algérienne” et de ses idéaux bafoués ».

Harbi a également contribué à ouvrir de nouveaux champs : histoire des femmes, déconstruction des mythes fondateurs, sécularisation du récit national.

Un intellectuel ouvert, antiraciste et profondément humaniste

Harbi n’a jamais cessé de défendre les droits, la démocratie et la liberté de pensée. Exilé après 1973, il soutient les mouvements de jeunes issus de l’immigration dans les années 1980 et dénonce les assassinats d’intellectuels durant la décennie noire.

Stora rappelle son refus des clivages artificiels : « Refusant la polarisation entre “francophones” et arabisants”, […] il pointe les failles de la mouvance démocratique ».

Un héritage durable

Pour Stora, Harbi restera un « éveilleur irremplaçable », un historien qui a permis à l’Algérie de regarder son passé avec lucidité. Il conclut : « Il a été un éveilleur irremplaçable dans la connaissance de l’histoire de l’Algérie contemporaine ».

Un hommage à la hauteur d’un homme qui aura consacré sa vie à éclairer les zones d’ombre de l’histoire algérienne, avec courage, rigueur et une liberté de pensée rare.

Synthèse S. B. B.

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