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Des bébés dans un sac de courses : une mère aux assises pour infanticide

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La jeune mère, poursuivie pour infanticide et tentative de meurtre, encourt la réclusion criminelle à perpétuité. Photo DR

Une jeune mère sous l’emprise d’un beau-père strict est jugée cette semaine à Dijon pour infanticide après avoir « fermement emmailloté » et dissimulé dans un sac de courses, juste après l’accouchement, ses bébés, des jumelles nées prématurées, avec l’aide de sa mère. Une seule survivra, par miracle. 

« En aucun cas, je n’ai voulu donner la mort à mes enfants » : visage fermé, recroquevillée sur elle-même, Sabrina Boulsas a du mal à retenir les pleurs à l’ouverture de son procès lundi devant la cour d’assises de Côte d’Or.

« J’ai accouché toute seule, dans la douleur », ajoute la jeune femme, 26 ans, avant de céder à la colère: « Ma propre mère ne m’a pas soutenue. Elle m’a tout mis sur le dos », affirme-t-elle, lançant le duel avec la coaccusée, qui va probablement durer toute cette semaine d’audience.

« Je n’ai pas voulu donner la mort à ces enfants », répond sèchement cette dernière, Zara Nacir, 44 ans, sans pouvoir poursuivre tant les larmes la submergent.

Les deux accusées, poursuivies pour meurtre et tentative de meurtre, encourent la réclusion criminelle à perpétuité.

Dans la nuit du 23 au 24 mai 2020, c’est la grand-mère qui a appelé les pompiers. « Ma fille perd beaucoup de sang », leur dit-elle sans jamais évoquer l’existence d’enfants. 

« Ne parlez pas trop fort », demande Mme Nacir à l’arrivée des ambulanciers. « Mon compagnon n’est pas au courant de la grossesse ».

 « Ça bougeait »

Quand les ambulanciers demandent à Sabrina Boulsas, 20 ans au moment des faits, « ce qui a été expulsé ». La jeune femme tend un sac de courses dissimulé derrière un meuble, restant muette sur son contenu.

Le personnel soignant y découvre le corps sans vie d’un nouveau-né et un autre qui vit toujours.

Les jumelles, nées à moins de sept mois de grossesse, pesaient moins de 800 grammes. Elles étaient cependant toutes les deux en vie lors de l’accouchement, selon l’autopsie. 

Lors des premières auditions, la jeune mère dément puis admet que « ça bougeait ». Malgré tout, précise l’accusation, elle avait « fermement empaqueté » les bébés dans des vêtements, à tel point que la sage femme de l’hôpital avait eu « des difficultés » à les libérer. 

« C’était juste un réflexe », affirme la jeune mère à la barre, sans plus d’explications.

Selon l’accusation, les bébés avaient été mis dans un sac en toile de type tote bag, puis la grand-mère, âgée de 38 ans à l’époque des faits, avait placé l’emballage dans un autre sac plastique d’une grande marque de discount. 

Une « certaine immaturité »

« Je voulais perdre l’enfant », dira Mme Boulsas lors de l’enquête, ne sachant même pas alors qu’elle portait des jumelles, faute de suivi gynécologique. Abandonné par le père, elle entretenait une nouvelle relation et ne voulait pas que « cet enfant » vienne menacer cette liaison.

Elle avait fait des recherches sur internet sur les moyens de mettre un terme à une grossesse, selon l’accusation.

Faisant preuve d’une « certaine immaturité », selon un expert psychiatre, la jeune mère aurait de plus été emprisonnée par des principes religieux musulmans rendant impossible d’évoquer des relations sexuelles avant le mariage, et la poussant à cacher sa grossesse à son père adoptif, le compagnon de sa mère, un croyant à la mentalité stricte.

« Il n’y a pas d’infraction pénale », estime son avocate Me Chloé Bonnat, qui compte plaider l’acquittement au motif que sa cliente était dans une « situation de détresse absolue » et « d’affolement ».

Cet empaquetage de nouveaux-nés « n’est pas le fruit du hasard », répond auprès de l’AFP Marie-Christine Klepping, avocate du département de Côte d’Or, qui s’est constituée partie civile en tant qu’administrateur de l’enfant survivant. « Il y avait une volonté de s’en débarrasser », ajoute-t-elle.

Le procès devrait s’achever vendredi.

Avec AFP

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