Denis Chetti était l’invité de Youcef Zirem au Café littéraire de l’Impondérable, dans le 20ᵉ arrondissement de Paris, pour une rencontre passionnante consacrée à Massinissa et à l’histoire antique des Berbères. Un moment d’échange intense et chaleureux, marqué par la rigueur des analyses, la générosité du partage et la fidélité d’un rendez-vous culturel devenu incontournable.
Dimanche 22 février à 18h, au 320 rue des Pyrénées, le Café littéraire de l’Impondérable a une nouvelle fois tenu sa promesse : offrir au public un moment d’intelligence, de culture et de partage. Habitués du lieu, passionnés d’histoire et curieux de passage se sont retrouvés pour écouter, questionner et débattre. Dès les premiers échanges, le ton était donné : exigence, clarté et profondeur allaient guider la soirée.
Ce rendez-vous hebdomadaire, unique en son genre par sa régularité et sa longévité, rythme la vie culturelle du quartier depuis neuf ans. Chaque dimanche, à la même heure, Youcef Zirem ouvre cet espace de réflexion et de dialogue, fidèle à une ligne éditoriale exigeante qui met à l’honneur les écrivains, les penseurs et les voix singulières. Porté par une passion inlassable pour les livres et les cultures, il anime les débats avec précision et bienveillance, créant les conditions d’un véritable échange entre l’invité et le public.
Face à un public attentif et chaleureux, Denis Chetti, qui signait également Mourad, a présenté ses ouvrages avec clarté et conviction, expliquant la genèse de ses recherches, les sources et les enjeux. Loin d’un simple exposé académique, son intervention s’est transformée en récit vivant, où l’érudition s’alliait à une volonté sincère de transmission. Sous le regard éclairé et bienveillant de Youcef Zirem, il a su transmettre, avec passion, rigueur et générosité, un pan essentiel de notre mémoire collective. Chaque référence historique était replacée dans son contexte, chaque analyse invitait à réfléchir sur la manière dont l’histoire est écrite, interprétée et parfois oubliée. L’échange, rythmé par des questions précises et pertinentes, a permis d’approfondir les thèmes abordés et d’éclairer les zones d’ombre d’une période encore trop peu explorée dans les récits dominants.
À travers la figure de Massinissa, roi numide et stratège visionnaire, et l’évocation des racines antiques des Berbères, c’est toute une profondeur historique qui s’est déployée. Denis Chetti a rappelé le rôle politique et diplomatique majeur joué par Massinissa dans le bassin méditerranéen, mais aussi la solidité des structures sociales et culturelles des royaumes numides. Ce faisant, il a redonné chair et dignité à une histoire parfois reléguée aux marges, soulignant la richesse et la grandeur d’un héritage souvent méconnu, et invitant chacun à se réapproprier cette mémoire avec fierté et lucidité.
Le débat, mené d’une main de maître par Youcef Zirem, a permis d’aller bien au-delà de la simple présentation d’ouvrages. Par ses questions précises, ses relances pertinentes et sa parfaite connaissance des thématiques abordées, il a su installer un véritable espace de réflexion. Loin d’un échange convenu, la discussion a gagné en profondeur, ouvrant des pistes d’analyse et invitant à interroger notre rapport à l’histoire.
Aux côtés de Denis Chetti, les échanges ont exploré les enjeux de la transmission historique, la manière dont certaines figures ou périodes peuvent être marginalisées, et la nécessité de revisiter les sources avec exigence et esprit critique. Il a été question du regard porté par les historiographies dominantes, de l’importance de croiser les archives antiques avec des lectures contemporaines, mais aussi du rôle des chercheurs et des écrivains dans la réhabilitation d’une mémoire longtemps fragmentée.
L’évocation de Massinissa et de l’histoire antique des Berbères a ainsi pris une dimension résolument actuelle : comment transmettre cet héritage aux nouvelles générations ? Comment redonner toute sa place à cette période fondatrice dans les consciences contemporaines sans tomber dans l’idéalisation ou l’oubli des nuances historiques ? Autant de questions qui ont nourri une discussion vivante, riche et argumentée.
La qualité des analyses partagées a suscité de nombreuses interventions du public, curieuses et souvent passionnées. Très vite, les mains se sont levées dans la salle, signe d’un intérêt réel et d’un désir d’approfondir les thèmes abordés. Certaines questions portaient sur les sources antiques et leur fiabilité, d’autres sur la place de l’histoire berbère dans les programmes scolaires ou dans l’imaginaire collectif contemporain. Chaque intervention prolongeait la réflexion, apportant un éclairage personnel, une lecture complémentaire ou une interrogation critique.
Les échanges, toujours respectueux et stimulants, ont témoigné d’un véritable appétit de connaissance. Il ne s’agissait pas simplement d’écouter, mais de comprendre, de confronter les points de vue, d’explorer les nuances. Denis Chetti a répondu avec précision et générosité, prenant le temps de développer ses arguments, tandis que Youcef Zirem veillait à équilibrer les prises de parole et à maintenir la fluidité du débat.
Cette interaction constante entre l’invité, l’animateur et l’assistance a donné à la soirée une intensité particulière. Loin d’un exposé magistral où seul le conférencier parle, la rencontre s’est muée en un véritable dialogue collectif, où chacun avait sa place. Les regards attentifs, les silences concentrés, puis les échanges animés ont créé une dynamique rare, transformant le débat en un moment partagé de réflexion et de transmission. Dans cette circulation vivante de la parole, l’histoire cessait d’être un récit figé pour devenir une mémoire en mouvement, nourrie par l’intelligence collective.
La soirée s’est ainsi transformée en un véritable moment d’échange enrichissant, où le savoir s’est conjugué à la convivialité. À mesure que les interventions se succédaient, une atmosphère particulière s’est installée, faite d’écoute attentive, de respect mutuel et d’un plaisir manifeste à penser ensemble. Les idées circulaient librement, portées par la rigueur des analyses et par la simplicité des rapports humains. On sentait que chacun, au-delà des divergences possibles, partageait le même désir de comprendre et de transmettre.
Entre exigence intellectuelle et chaleur humaine, cette rencontre a illustré ce que la culture peut offrir de plus précieux. Loin d’être un simple exercice académique, elle est apparue comme une expérience vivante, incarnée, où la parole relie les générations et les sensibilités. Les échanges autour des travaux de Denis Chetti, guidés avec finesse par Youcef Zirem, ont montré combien un livre peut devenir un point de départ vers une réflexion collective plus large.
Ce moment a rappelé que la culture n’est pas un luxe, mais une nécessité : un espace où se tissent les liens entre passé et présent, où la mémoire se partage et se questionne, où l’histoire reprend souffle à travers la parole. Dans ce café du 20ᵉ arrondissement de Paris, le temps d’une soirée, la transmission du savoir a pris le visage d’une communauté réunie autour d’une mémoire vivante, consciente de son héritage et résolue à le faire dialoguer avec le monde d’aujourd’hui.
Cette rencontre aura confirmé la force et la nécessité de tels rendez-vous culturels. Dans un monde où le temps de la réflexion se raréfie, voir un public se rassembler pour écouter, questionner et débattre autour de l’histoire et des livres est en soi un signe encourageant. Grâce à l’engagement constant de Youcef Zirem et à la profondeur du travail de Denis Chetti, la mémoire de Massinissa et de l’Antiquité berbère a trouvé, le temps d’une soirée, un espace d’expression vibrant et accessible.
Au-delà des savoirs partagés, c’est une conscience historique qui s’est affirmée, une invitation à continuer à lire, à chercher, à transmettre. Car la culture ne vit pleinement que lorsqu’elle circule, se discute et se partage. Et c’est précisément ce que cette soirée a su incarner : un moment de pensée vivante, tourné vers l’avenir autant que fidèle à ses racines.
Comme presque après chaque rencontre littéraire, la musique chaâbi a pris place, prolongeant la soirée dans une atmosphère où la connaissance et l’émotion se mêlaient. Entre savoir historique et savoir musical, les notes ont offert une continuité à la transmission, rappelant que la culture ne se limite pas aux mots, mais se vit et se partage dans toutes ses formes. Ce moment a permis aux participants de ressentir, en musique, la même passion et la même mémoire qui avaient animé le débat.
Brahim Saci
Publications :
Berbères, le pays des Massylès (2017),
Berbères : l’invasion des Massaesyles (2019),
Berbères : le codex d’Aylimas (2021),
Berbères : le songe d’Aylimas (2021),
Berbères : la revanche de Massinissa (2022),
Berbères : la cité des marchands (2023),
Berbères : les tavernes de Gadès (2024),
Youva : Le Berbère qui défia César (2025),
Algérie–France : Sortir de la Guerre des Mémoires (2025)

