Le groupe Canal+ a confirmé qu’il maintiendrait Jean‑Marc Morandini à l’antenne de CNews, alors même que sa condamnation pour corruption de mineurs est désormais définitive.
Face au tollé suscité par le maintien de Morandini à l’antenne de CNews, malgré sa condamnation définitive, la direction du groupe Canal+ a choisi non pas de temporiser, mais d’assumer pleinement sa décision.
Gérald‑Brice Viret, directeur général de Canal+ France, a déclaré « assumer complètement » ce choix, malgré les critiques internes et externes.
Un choix qui fragilise la crédibilité éthique du groupe
Face aux journalistes médias, Gérald‑Brice Viret a assuré que Morandini « n’est en contact avec aucun mineur » au sein de CNews, une condition imposée depuis 2016. Mais pour le syndicat +Libres, cette justification ne suffit pas : la direction d’iTélé — avant sa transformation en CNews — s’était engagée à écarter l’animateur en cas de condamnation.
Dans un communiqué envoyé le 25 août 2016, il est écrit « En cas de condamnation, Jean-Marc Morandini et I-Télé (rebaptisée CNews) ont d’ores et déjà prévu qu’ils quitteraient le groupe sans indemnité. »
Le syndicat dénonce aujourd’hui une décision qui « remet en cause la crédibilité du groupe » et porte atteinte à l’image de Canal+ auprès de ses salariés. Il appelle même les personnalités invitées sur les chaînes du groupe à faire entendre leur désaccord.
Une stratégie éditoriale déjà critiquée : Zemmour comme précédent
Le maintien de Morandini n’est pas un cas isolé. Il s’inscrit dans une stratégie éditoriale déjà observée lorsque CNews a offert une exposition quotidienne à Éric Zemmour avant son entrée en politique.
Au‑delà de ses prises de position, c’est surtout son casier judiciaire qui interroge : Éric Zemmour a été condamné à plusieurs reprises pour provocation à la haine raciale, injure raciale, provocation à la discrimination et contestation de crime contre l’humanité. Ces condamnations, largement documentées, n’avaient pas empêché la chaîne de lui offrir une plateforme centrale, contribuant à sa notoriété politique.
Ce précédent éclaire la décision actuelle : CNews assume depuis longtemps de promouvoir ou d’inviter des personnalités condamnées par la justice.
CNews, une chaîne qui multiplie les invités condamnés
Le cas Morandini s’ajoute à une liste déjà fournie de personnalités condamnées et pourtant régulièrement invitées ou mises en avant par CNews : Jean Messiha (injure publique à caractère racial), Damien Rieu (injure raciale), Jean‑Paul Garraud (discrimination) et Philippe de Villiers (diffamation).
Ces présences répétées montrent que la chaîne ne considère pas les condamnations judiciaires comme un obstacle à l’exposition médiatique. Elles participent d’une ligne éditoriale où la polarisation, la provocation et la visibilité priment sur les considérations éthiques.
Dans la galaxie Bolloré, plusieurs figures condamnées continuent d’être promues ou mises en avant. Geoffroy Lejeune, aujourd’hui directeur du Journal du Dimanche, a lui‑même été condamné en 2015 pour discrimination à caractère politique. Là encore, cette condamnation n’a pas empêché sa nomination à la tête d’un grand média national, malgré l’opposition quasi unanime de la rédaction.
Une condamnation lourde, désormais irrévocable
Pour rappel, la Cour de cassation a confirmé, mercredi 14 janvier, la condamnation de Jean‑Marc Morandini pour corruption de mineurs, liée à des messages à caractère sexuel envoyés à trois adolescents entre 2009 et 2016.
La décision, devenue définitive, inclut deux ans de prison avec sursis et 20 000 euros d’amende. Peines auxquelles il faut rajouter l’interdiction à vie d’exercer une activité impliquant des mineurs et son inscription au fichier des auteurs d’infractions sexuelles.
Malgré cela, CNews a réaffirmé que l’animateur « reste à l’antenne », une décision validée par le PDG du groupe Canal+, Maxime Saada.
Les audiences avant l’éthique
Depuis septembre, Morandini réalise son émission dans les locaux de CNews et d’Europe 1, dans un espace séparé des équipes comprenant des stagiaires, afin de respecter l’interdiction de contact avec des mineurs. Jusqu’à l’été dernier, l’émission était tournée dans un studio extérieur sur les Champs‑Élysées.
Ce dispositif illustre la volonté du groupe de maintenir coûte que coûte l’animateur à l’antenne.
Interrogé sur un éventuel impact publicitaire, Gérald‑Brice Viret a estimé que « c’est le public qui décidera » : si les audiences restent fortes, les annonceurs suivront. Il affirme même que CNews « n’a jamais eu autant d’annonceurs » et qu’elle atteint l’équilibre opérationnel pour la première fois en 2025.
Une manière de dire que, pour le groupe Canal+, la rentabilité prime sur les considérations éthiques — même lorsqu’il s’agit de personnalités condamnées par la justice.
Samira B. B./AFP

