- Entre Sansal, Nora et Bolloré, la maison d’édition Grasset devient le théâtre d’un affrontement où l’indépendance éditoriale vacille.
- 170 auteurs dénoncent « une atteinte inacceptable à l’indépendance éditoriale », « une prise de contrôle idéologique » et « une offensive réactionnaire » menée par Bolloré.
De l’arrivée de Sansal au départ forcé de Nora, la crise révèle l’emprise contestée du milliardaire d’extrême droite Vincent Bolloré sur Grasset.
Le monde feutré de l’édition française traverse une crise sans précédent. L’arrivée de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal chez Grasset aurait été, selon plusieurs sources concordantes, le déclencheur direct du départ forcé d’Olivier Nora, patron emblématique de la maison depuis vingt-six ans, viré par Vincent Bolloré.
La décision de Vincent Bolloré, dont l’influence croissante sur le groupe Hachette suscite une fronde inédite, n’est pas sans conséquence : 170 écrivains annoncent désormais qu’ils ne publieront plus chez Grasset.
Selon Sud Ouest, le recrutement de Boualem Sansal, débauché de Gallimard pour un montant estimé à un million d’euros, a été décidé au sommet du groupe Vivendi, sans consultation préalable d’Olivier Nora. Pour ce dernier, c’est une remise en cause directe de son autorité éditoriale.
Mais le conflit va plus loin. En effet, le milliardaire d’extrême droite, Vincent Bolloré, et ses médias controversés voyaient en Sansal un symbole politique, un auteur susceptible d’incarner une ligne idéologique plus dure. Selon Sud Ouest, Olivier Nora s’y oppose, refusant toute instrumentalisation.
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Un limogeage express orchestré par le clan Bolloré
Le désaccord explose alors autour de la date de sortie du prochain livre de Sansal, Légende. Alors que Nora veut une publication en octobre 2026, jugeant le manuscrit encore fragile, Bolloré exige une sortie dès juin, pour des raisons médiatiques.
Ce bras de fer devient le prétexte final. Selon Sud Ouest, Bolloré aurait donné l’ordre : « Virez-le moi ».
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Flotille pour Gaza : la France interdit son territoire au ministre israélien Ben Gvir« Maroc : Fin de règne » d’Omar Brouksy ou la guerre des clans au MakhzenLe Medef à Alger pour détendre les relations entre la France et l’AlgérieLa décision tombe alors et c’est Arnaud Lagardaire qui se charge de la « sale besogne » : Olivier Nora est écarté, remplacé par Jean-Christophe Thiery, fidèle de Bolloré et sans expérience dans l’édition.
Pour les équipes de Grasset, c’est un choc. Une employée parle d’une « déflagration ». Le départ de Nora est perçu comme un signal clair : la maison d’édition doit désormais s’aligner sur la ligne idéologique d’extrême droite du groupe.
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170 écrivains montent au front : un boycott historique
Dans la nuit, 170 auteurs — parmi lesquels Virginie Despentes, Sorj Chalandon, Bernard-Henri Lévy, Anne Berest ou encore Frédéric Beigbeder — publient une lettre ouverte dénonçant « une atteinte inacceptable à l’indépendance éditoriale », « une prise de contrôle idéologique » et « une offensive réactionnaire » menée par Bolloré.
Ils annoncent qu’ils ne publieront plus chez Grasset, certains envisageant même de récupérer leurs droits pour quitter la maison.
Cette mobilisation, rarissime dans le milieu littéraire, révèle l’ampleur du choc. Le romancier Gaspard Koenig parle d’un « mépris d’actionnaire » et d’une volonté de remplacer un éditeur respecté par un gestionnaire politiquement aligné.
Le timing est explosif : le Festival du Livre de Paris ouvre ses portes alors que l’édition française est en pleine tourmente.
Avec 450 exposants et 1 800 auteurs attendus, l’événement devait célébrer la création littéraire. Il devient le théâtre d’un débat brûlant sur l’indépendance des maisons d’édition, la concentration des médias et l’influence politique de Vincent Bolloré.
Plusieurs responsables politiques dénoncent déjà des « purges » et une « offensive idéologique ».
L’affaire Sansal–Nora n’est pas un simple conflit interne. Elle révèle un affrontement entre une vision traditionnelle de l’édition, fondée sur l’indépendance des éditeurs, et une stratégie de reprise en main idéologique, portée par le milliardaire d’extrême droite Bolloré à travers ses médias et désormais ses maisons d’édition. Sansal, malgré lui, devient le point de rupture entre ces deux mondes.
Saïd A./Agences

