15.9 C
Alger
vendredi,30janvier,2026

Top 5 Semaine

LIRE AUSSI

Arno Klarsfeld rattrapé par ses propos sur les « rafles » sur CNews

Après avoir évoqué sur CNews l’idée d’organiser des « rafles » contre les personnes sous OQTF, Arno Klarsfeld fait face à une vive indignation politique et à plusieurs saisines judiciaires. Ses propos ont également conduit le Conseil d’État à engager une procédure disciplinaire, fait exceptionnel pour l’un de ses membres.

Invité sur CNews le 24 janvier, Arno Klarsfeld a tenu des propos qui ont immédiatement suscité un vif émoi. Interrogé sur un fait divers impliquant un homme sous OQTF, l’avocat a affirmé qu’il serait « compliqué de se débarrasser de tous les asociaux » visés par ces obligations, avant de citer en exemple la politique migratoire controversée de Donald Trump aux États-Unis.

Il a explicitement évoqué les opérations de l’ICE, la police fédérale anti-immigration, dont les méthodes musclées et les interventions létales ont souvent été dénoncées pour leur caractère quasi‑milicien sous l’administration Trump. Deux personnes — Renee Good et Alex Pretti — venaient d’ailleurs d’être tuées par des agents de l’ICE dans le Minnesota. Des études font même état de risques de guerre civile aux Etats-Unis.

C’est dans ce contexte qu’Arno Klarsfeld a estimé que, pour expulser les personnes en situation irrégulière en France, il faudrait organiser « des sortes de grandes rafles un peu partout », tout en reconnaissant que ces opérations entraîneraient « des injustices ».

Une vague d’indignation politique

L’usage du terme « rafle », lourdement chargé dans l’histoire française et européenne, a immédiatement choqué. Le mot renvoie aux pratiques policières de la Seconde Guerre mondiale, notamment aux rafles visant les Juifs, désignés comme boucs émissaires par l’idéologie nazie et l’extrême droite européenne au début du XXᵉ siècle. Employer ce terme dans un débat contemporain sur l’immigration a été perçu comme une transgression majeure.

Les réactions ont été particulièrement fortes à gauche. Mathilde Panot (LFI) a dénoncé des propos d’une « gravité exceptionnelle », rappelant la charge historique du mot « rafle » et l’histoire familiale de Klarsfeld : « Arno Klarsfeld, descendant de personnes raflées et déportées appelle en direct à la télévision à la rafle et à la capture d’étrangers présents sur le territoire français. Dans quel état de folie ce pays est-il en train de sombrer ? »

D’autres élus, comme Jérôme Legavre, Hadrien Clouet ou Olivier Faure, ont exprimé leur sidération, parlant de « dégoût » ou d’une dérive « trumpiste ».

« La loi du 24 juillet 1881 permettra de condamner sa provocation à la discrimination, la haine et la violence, mais aussi l’apologie du crime », avait indiqué le numéro un du PS dans un message annonçant saisir la procureure de la République.

Plusieurs responsables ont également pointé l’absence de réaction sur le plateau de CNews, où les propos ont été tenus sans contradiction notable. Pour eux, cette séquence illustre une nouvelle fois la dérive d’une chaîne qui laisse s’installer des discours extrêmes sur l’immigration.

Saisines judiciaires et plaintes

Face à la polémique, plusieurs élus ont même annoncé des démarches judiciaires. Olivier Faure a saisi la procureure de la République pour « provocation à la haine et à la violence » visant des personnes en raison de leur nationalité ou de leur situation administrative.

Thomas Portes a saisi l’Arcom et la procureure de Paris au titre de l’article 40 du Code de procédure pénale, dénonçant la diffusion de propos potentiellement illégaux sur une chaîne nationale.

Selon les informations disponibles, l’Arcom ne s’est pas encore autosaisie, mais la pression politique est forte.

Le Conseil d’État ouvre une procédure disciplinaire

Fait rare : le Conseil d’État, dont Arno Klarsfeld est membre, a ouvert une procédure disciplinaire pour manquement à la déontologie. La saisine a été effectuée par le vice‑président de l’institution, Didier‑Roland Tabuteau.

Les sanctions possibles, prévues par le Code de justice administrative, vont de l’abaissement d’échelon à l’exclusion temporaire, jusqu’à la révocation, prononcée par le président de la République. Une telle procédure est exceptionnelle : la dernière révocation connue remonte à 1960.

Dans une lettre datée du 27 janvier envoyée à la Procureure de la République et transmise à Libération, Klarsfeld affirme qu’il n’appelait pas à des mesures de coercition collective, mais qu’il évoquait un « dilemme de morale politique ». Il nie tout appel à la haine ou à la violence.

La responsabilité de CNews en question

Au‑delà du cas individuel d’Arno Klarsfeld, cette séquence relance le débat sur la responsabilité éditoriale de CNews du milliardaire d’extrême droite Vincent Bolloré. Plusieurs élus soulignent l’absence de contradiction sur le plateau, la banalisation de termes historiquement lourds comme « rafles », la récurrence de discours fascisants sur l’immigration et la place croissante accordée à des prises de position radicales dans un format présenté comme un « débat ».

Pour ses détracteurs, la chaîne contribue à déplacer les limites du discours public, en laissant s’exprimer des positions qui flirtent avec l’incitation à la discrimination ou à la violence.

Pour leurs détracteurs, ces dérapages ne sont pas isolés : CNews a déjà été sanctionnée par l’Arcom pour manquements à ses obligations, et la chaîne est régulièrement accusée de laisser prospérer des discours extrêmes sur l’immigration. La séquence Klarsfeld s’inscrit ainsi dans un climat où les limites du débat public semblent constamment repoussées.

Saïd A./Agences

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

DERNIERS Articles