En pleine reconstruction, l’équipe d’Algérie avance avec une dynamique prometteuse vers la CAN 2025 : les Verts n’ont peut‑être pas encore atteint leur objectif, mais leur progression constante rappelle que, dans le football, le chemin vers la gloire compte autant que l’arrivée.
Il y a des compétitions qui sanctionnent, d’autres qui révèlent. La CAN 2025, organisée sur les terres marocaines, appartient clairement à la seconde catégorie pour l’équipe nationale algérienne. Loin d’un simple tournoi, elle agit comme un révélateur de caractère, un test de maturité pour une sélection longtemps écartelée entre le poids d’un passé glorieux et l’urgence de se réinventer.
Après deux campagnes continentales douloureuses, soldées par des sorties précoces, une non-qualification traumatisante pour la Coupe du monde 2022 au Qatar, et une fracture symbolique avec son public, l’Algérie s’est présentée à cette Coupe d’Afrique des nations 2025 sans fanfaronnade, mais avec une idée claire : reconstruire par le jeu, exister par le collectif, avancer sans brûler les étapes.
Une phase de groupes fondatrice
Dès la phase de groupes, les Verts ont affiché un visage cohérent. Pas de football spectaculaire à outrance, mais une maîtrise progressive, une discipline tactique retrouvée et une gestion intelligente des temps faibles. Trois matchs, trois victoires, une première place nette : le message était clair. L’Algérie n’était pas là pour faire de la figuration, mais pour remettre de l’ordre dans son histoire récente.
Sous la houlette de Vladimir Petkovic, et malgré une double qualification pour le Mondial nord-américain et la CAN 2025, les inconditionnels d’El Khadra restaient sur leur réserve. Le scepticisme persistait, nourri par des cicatrices encore vives laissées par les échecs récents.
Mais au fil de la compétition, contre toute attente, la sélection a progressivement retrouvé une verticalité mesurée, une solidité défensive assumée et, surtout, une réelle capacité à faire bloc. Il ne s’agissait plus d’une addition d’individualités, mais d’un collectif équilibré, articulé autour de cadres expérimentés — à leur tête le capitaine Riyad Mahrez et Aïssa Mandi — et porté par une vague de jeunesse incarnée par Ibrahim Maza, Mohamed Amoura, Anis Hadj Moussa ou encore Adel Boulbina. Un ensemble compact et organisé, conscient de ses limites comme de ses forces.
Le match-charnière et une identité retrouvée
Le huitième de finale a marqué un tournant. Face à une République démocratique du Congo tactiquement disciplinée et athlétiquement redoutable, l’Algérie a été accrochée malgré sa maîtrise globale. Le match s’est installé dans un registre tendu, fermé, presque asphyxiant. Longtemps, la qualification a semblé suspendue à un détail, à une erreur, à un éclair.
C’est précisément dans cette zone d’incertitude que les Verts ont changé de statut. En allant chercher la victoire dans les ultimes instants des prolongations, ils ont démontré ce qui leur manquait cruellement lors des précédentes éditions : la capacité à tenir dans l’adversité, à surmonter les situations complexes. Ce succès n’a pas seulement ouvert les portes des quarts de finale ; il a surtout validé un état d’esprit.
À ce stade de la compétition, l’Algérie ne revendique rien. Elle avance. Elle accumule de la confiance sans prétention, de l’expérience sans précipitation. Chaque match est traité comme une étape, jamais comme un aboutissement.
Au-delà de l’enjeu sportif, l’affrontement à venir face à une grande nation du football africain, en l’occurrence le Nigeria, constituera un marqueur : celui de la dynamique enclenchée, de la crédibilité retrouvée auprès de ses supporters et de la capacité de cette sélection à inscrire son parcours dans la durée.
Plus qu’une trajectoire, un signal
Ce que raconte cette CAN 2025, au-delà des scores, c’est le retour d’une sélection dans le débat continental. Une équipe qui ne promet pas les sommets à voix haute, mais qui travaille à s’en rapprocher pas à pas. Une équipe qui a compris que le respect se reconquiert sur le terrain, dans l’effort, dans la continuité.
Les Verts ne sont peut-être pas encore arrivés. Mais une chose est certaine : ils sont en marche. Et parfois, dans l’histoire du football, la marche vers la gloire compte autant que l’arrivée elle-même.
Hamid Banoune

