Musicien aux multiples facettes, pianiste, compositeur et pédagogue, Yves Lancien, dont l’œuvre est guidée par la quête d’unité et la transmission, participera au week-end du Grégorien organisé à la Basilique-Cathédrale Saint-Denis les 22 et 23 novembre 2025.
Profondément enraciné dans le patrimoine musical et à la direction de la Maîtrise de Saint-Denis, le musicien Yves Lancien porte un projet artistique singulier, visant à réhabiliter le lien fondamental entre le corps, le rythme et le langage sonore universel. Il réinvente l’héritage musical en le partageant comme une voie de paix.
Yves Lancien, qui se consacre pleinement à la Maîtrise de la Basilique Saint-Denis depuis 2018, participe à un événement patrimonial et spirituel, le week-end du Grégorien organisé durant les Journées diocésaines de la jeunesse (JDJ), les 22 et 23 novembre 2025 à la Basilique Cathédrale Saint-Denis.
Ce week-end du Grégorien est un événement majeur qui propose, une immersion complète dans la spiritualité monastique et la tradition du chant sacré. Le programme prévoit des Offices monastiques, des temps de Chant grégorien, une Eucharistie, des Veillées de louange et Nuits de prière, ainsi que des Conférences et tables-rondes.
L’événement se déroule en clôture de l’Année Jubilaire Dom Guéranger, marquant le 150e anniversaire du décès de cette figure clé de la renaissance du chant grégorien en France. La présence d’Yves Lancien, dont la démarche artistique est déjà axée sur l’héritage celtique et indo-européen pour retrouver une « vérité originelle » du son, s’inscrit donc naturellement dans cette démarche patrimoniale et spirituelle forte au sein de la nécropole royale. À la direction de la Maîtrise de la Basilique Saint-Denis, il incarne l’un des piliers musicaux de ce haut lieu d’histoire et de foi.
Pianiste, compositeur et pédagogue, le musicien Yves Lancien se distingue par un parcours profondément enraciné dans l’exigence musicale, mais aussi dans une quête constante de sens, d’unité et de transmission.
Son destin est scellé très tôt : issu d’une fratrie de cinq musiciens professionnels classiques, son enfance n’est pas seulement un apprentissage, mais une véritable immersion totale dans les règles, les subtilités et les nuances de la composition. C’est au contact de cet environnement rigoureux qu’il forge une compréhension fondamentale : la musique n’est pas un simple assemblage de matières sonores, mais un langage structuré où l’on doit donner du corps au son. Pour Lancien, la ligne mélodique et le « château sonore » de l’harmonie s’épaulent et se magnifient mutuellement.
Cette vision architecturale et sensible est très vite enrichie par une approche plus corporelle et rythmique. Son initiation précoce aux danses traditionnelles et l’obtention de son prix de hautbois au municipal du 18e arrondissement de Paris témoignent déjà de son avenir hybride : un artiste situé au carrefour du mouvement, du souffle et de l’architecture musicale.
Ses premiers pas dans la vie professionnelle le positionnent immédiatement comme un musicien de l’instant et du mouvement. Ils s’effectuent au clavier, en accompagnant des cours de danse classique. Cette fonction est particulièrement exigeante, car elle ne tolère aucune rigidité : elle demande une capacité constante d’adaptation et d’improvisation pour suivre le corps des danseurs, assurant ainsi la fluidité, les transitions et la cohérence musicale de chaque exercice. C’est là qu’il perfectionne son sens aigu de la réaction et de la musicalité appliquée.
Parallèlement à cette discipline du clavier, il développe une solide expérience dans la direction chorale, menant pas moins de quatre ensembles en parallèle. De cette période intensive, Yves Lancien tire la conviction profonde que le geste musical est avant tout un geste collectif, un véritable acte de respiration commune où l’individu se fond dans l’harmonie du groupe.
En composition, il exprime cette dualité entre tradition et mouvement par des œuvres marquantes. L’une d’elles, créée pour le festival de Royan en 2007, restera notamment célèbre pour son audace stylistique, car elle réussit le pari de mêler un bagad (ensemble musical traditionnel breton) et un grand orchestre symphonique, prouvant son goût pour le décloisonnement des genres et l’exploration sonore.
Toutefois, l’expression la plus complète et la plus reconnue de son écriture demeure l’opéra pour enfants Le Petit Prince, jouée sur la scène reconnue du Théâtre du Gymnase, cette œuvre se distingue par une écriture à la fois narrative et sensible, où chaque personnage se voit attribuer un thème musical personnalisé. Cette approche, proche du leitmotiv wagnérien, permet de traduire musicalement la psychologie et les émotions des protagonistes, offrant une profondeur inattendue à l’adaptation de l’œuvre d’Antoine de Saint-Exupéry.
Ce croisement constant entre l’art et la transmission conduit ensuite Yves Lancien à formaliser sa pensée pédagogique. Son engagement éducatif se concrétise lorsqu’il devient professeur de formation musicale pour le Diplôme d’État de danse dans une école privée conventionnée. Durant six années, il y élabore la MCSR (Méthode Corporelle de Solfège Rythmique). Fruit d’une intense période d’observations, d’expérimentations et de recherches, cette méthode novatrice articule le corps, le rythme, la perception et la compréhension profonde du langage musical, offrant une alternative concrète au solfège traditionnel.
L’année 2018 marque un tournant décisif dans le parcours du musicien Yves Lancien. En choisissant de se consacrer pleinement à la Maîtrise de la Basilique Saint-Denis, il quitte ses fonctions à la direction de la chorale du personnel du ministère de l’Éducation. Ce changement de cap n’est pas anodin : il confirme que sa démarche artistique et pédagogique s’inscrit désormais dans une dimension éminemment patrimoniale, spirituelle et communautaire, au cœur d’un haut lieu de l’histoire de France.
Cette nouvelle orientation nourrit une réflexion profonde sur l’universalité du son. Ses influences, déjà largement ancrées dans un héritage celte et indo-européen, l’amènent à chercher un langage qui transcende les cultures.
Dans cette optique, il s’intéresse aux sons fondamentaux et à leur pouvoir évocateur et structurant, comme l’exemple singulier du son du vent, qu’il utilise notamment en dictée musicale. Cette recherche d’un timbre originel et d’une vérité acoustique dépasse les frontières, les identités et les traditions. Elle rejoint la quête historique des grands organistes et de nombreux penseurs musicaux, pour qui la modalité et l’exploration sonore constituent des chemins privilégiés vers une vérité universelle.
L’apport fondamental du musicien Yves Lancien réside dans sa capacité exceptionnelle à fusionner l’excellence artistique, forgée par la nécessité de l’improvisation au clavier et l’audace de ses choix compositionnels, et une vision pédagogique novatrice et unifiée. Cette synthèse est le moteur de son œuvre.
Le cœur de sa contribution, qui est d’une clarté limpide, est l’élaboration de la MCSR (Méthode Corporelle de Solfège Rythmique). Cette méthode ne se contente pas de pallier les insuffisances du système ; elle réhabilite l’idée que l’apprentissage musical doit être un acte total, initié par la sensation physique et le mouvement avant toute intellectualisation. Elle remet ainsi en question les dogmes rigides du solfège traditionnel qui tendent à séparer la théorie de l’expérience vécue du son.
Par cette approche, qui trouve ses racines dans un héritage celte et indo-européen, il concrétise sa recherche d’un véritable « alphabet musical » universel. L’ambition est de reconnecter l’être humain à une vérité originelle du son, une harmonie fondamentale souvent oubliée ou délaissée par la seule technicité. Il rappelle avec force que les fondations de cet alphabet, qui intègre naturellement l’écoute, le corps et le rythme, figuraient autrefois dans les manuels scolaires des classes élémentaires, avant d’être éclipsées par les réformes de l’éducation des années 1970.
Loin d’être nostalgique, sa démarche est résolument prospective. Il cherche à restaurer pour le XXIe siècle ce lien fondamental et cohérent qui doit unir l’écoute intérieure, l’expression corporelle et la compréhension intellectuelle. Il souhaite ainsi redonner à la musique son rôle d’outil d’éveil global et de construction de l’individu.
En se consacrant à la Maîtrise de la Basilique Saint-Denis et en participant à des événements majeurs comme le Week-end du Grégorien, Yves Lancien donne une résonance patrimoniale et spirituelle à cet apport. Son œuvre entière est celle d’un passeur qui utilise l’exigence de la tradition pour retrouver le chemin d’une musicalité authentique et universelle, prouvant que cet héritage est un savoir précieux, essentiel pour l’avenir de la pédagogie et qu’il est avant tout une voie vers l’harmonie intérieure, une paix à partager.
L’impact de la démarche d’Yves Lancien est immédiatement visible sur le plan pédagogique. La création et la diffusion de la MCSR (Méthode Corporelle de Solfège Rythmique) offrent une solution concrète pour débloquer l’apprentissage musical en remettant le corps et l’intuition au centre de l’acte d’écoute. Cette méthode permet aux élèves et aux choristes de dépasser la barrière technique du solfège pour accéder plus rapidement à une expression et une compréhension musicales profondes, un apport fondamental dans la formation des jeunes talents de la Maîtrise de la Basilique.
Ensuite, l’impact est intrinsèquement patrimonial et spirituel. En quittant un poste séculier pour se dédier à la Maîtrise de la Basilique Saint-Denis, Yves Lancien s’engage activement pour la préservation et la transmission du chant sacré au sein d’un lieu emblématique. Sa participation au Week-end du Grégorien en 2025 (clôture de l’Année Jubilaire Dom Guéranger) ne fait que renforcer cette résonance, plaçant ses travaux au service de la tradition liturgique.
Enfin, son approche a une portée philosophique et culturelle. En cherchant un « alphabet musical » universel inspiré des héritages anciens, Yves Lancien propose une voie pour lutter contre la fragmentation culturelle et la perte de sens. Son travail démontre que la musique, loin d’être un simple divertissement, peut être un puissant vecteur d’unité et un outil pour retrouver les fondamentaux de la perception humaine, offrant ainsi une « paix à partager » qui résonne bien au-delà des partitions.
Récemment, lors d’un entretien avec l’évêque, Yves Lancien a rappelé les moments clés du développement de la musique en l’Église, soulignant que sa démarche s’inscrit dans une longue histoire débutant avec l’alphabet musical de Pythagore.
Il a notamment évoqué la tradition du chant des Juifs orthodoxes d’aujourd’hui, qui, en gelant certaines notes, marque les prémices de la polyphonie, l’influence majeure de Boèce au IVe siècle et son fameux traité de musique, l’acte d’uniformisation de la liturgie par le Pape Grégoire Ier via le chant, l’installation par Charlemagne du trivium et du quadrivium (dont la musique est partie intégrante) dans ses écoles, la contribution essentielle de Guy d’Arezzo et son alphabet latin (Ut, Ré, Mi…) qui est aujourd’hui majoritaire sur la planète. Surtout, l’avènement des règles de la polyphonie (le contrepoint) avec l’illustre École Notre-Dame au XIIe siècle.
Il ajoute que cette filiation est particulièrement pertinente à Saint-Denis, car l’écriture grégorienne dite « en notes carrées », qui fait le pont entre l’Abbaye de Saint-Denis et l’École Notre-Dame, a été développée en ce lieu même, comme cela fut exposé lors d’une conférence l’an dernier au Festival de Saint-Denis. Ces rappels historiques démontrent que la recherche de l’alphabet musical par Yves Lancien est une tentative de renouer avec ces fondements structurants.
Le parcours d’Yves Lancien se dessine comme une trajectoire d’une grande cohérence, où chaque étape, de l’exigence d’improvisation au clavier pour les cours de danse à l’audace stylistique de ses compositions (comme la pièce mêlant bagad et grand orchestre pour le festival de Royan), enrichit et affine son rôle de pédagogue et de transmetteur.
Son engagement, formalisé par la création de la MCSR (Méthode Corporelle de Solfège Rythmique) et son dévouement total à la Maîtrise de la Basilique Saint-Denis, prouve sa volonté inébranlable de rétablir un lien fondamental et universel avec le son, basé sur le corps et l’intuition.
En se tenant résolument à la croisée des chemins entre la tradition (notamment par sa participation au Week-end du Grégorien à Saint-Denis, événement qui honore Dom Guéranger) et la modernité (par sa vision prospective d’un « alphabet musical »), Yves Lancien n’est pas seulement un musicien accompli. Il est un acteur clé de la transmission et de la revitalisation de la pédagogie musicale.
Il utilise l’héritage musical comme une voie privilégiée pour forger une nouvelle conscience du corps, du rythme et de l’harmonie, offrant ainsi aux jeunes générations un savoir précieux et un chemin vers une paix à partager au cœur même du patrimoine spirituel français.
Brahim Saci
Yves Lancien, Méthode corporelle de solfège rythmique pour danseurs & musiciens, éditions Chanteloup

