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Suppression de 50 000 emplois : les salariés comme variable d’ajustement chez Volkswagen

Volkswagen suppression emplois

Des travailleurs manifestent lors de l'AG du groupe Volkswagen le 4 septembre 2024 après l'annonce de la suppression de 30 000 emplois. Photo DR

Volkswagen vient d’annoncer la suppression de 50 000 emplois en Allemagne d’ici 2030. Officiellement, il s’agit de renforcer la rentabilité et de préparer l’avenir. Mais derrière ce discours très technique, une réalité s’impose : ce sont les salariés qui absorbent les conséquences d’une stratégie industrielle qui s’est essoufflée.

Le groupe Volkswagen a indiqué ce mardi 10 mars qu’en complément de la suppression de 35 000 emplois déjà annoncées fin 2024, des réductions toucheront également les marques de luxe Audi et Porsche, en grande difficulté, ainsi que la filiale logicielle Cariad.

L’année 2025 a été catastrophique pour le groupe. Le bénéfice opérationnel s’est effondré de plus de la moitié et la marge est tombée à un niveau qui inquiète les dirigeants. Pourtant, Volkswagen reste loin de la faillite : le bénéfice net atteint encore 6,9 milliards d’euros. Le problème n’est donc pas l’absence de profits, mais le fait qu’ils ne sont plus à la hauteur des attentes du groupe et de ses actionnaires.

Cette chute de performance s’explique en grande partie par des choix stratégiques coûteux. Le virage électrique de Porsche, mal anticipé, a englouti 5 milliards. Les taxes douanières des Etats-Unis ont coûté 3 milliards d’euros au groupe et la restructuration en cours 1 milliard. Autant de décisions prises au sommet, mais dont les conséquences retombent aujourd’hui sur les employés.

Dans la communication officielle, tout est présenté comme une équation rationnelle : pour investir dans l’avenir, il faut réduire les coûts ; pour réduire les coûts, il faut simplifier les processus ; et pour simplifier les processus, il faut supprimer des postes. Le vocabulaire est froid, presque clinique. On parle d’efficacité, de marges, de compétitivité. Jamais de vies bouleversées, de territoires fragilisés, de familles qui devront se réinventer.

Le PDG, Oliver Blume, va désormais superviser directement plusieurs secteurs clés pour accélérer les décisions et harmoniser les méthodes. Là encore, la logique est organisationnelle, presque mécanique. On centralise, on rationalise, on optimise. Et au bout de cette chaîne, ce sont des milliers de travailleurs qui disparaissent des organigrammes.

L’industrie automobile traverse une mutation profonde, et Volkswagen n’est pas le seul constructeur à serrer les boulons. Mais la manière dont le groupe présente sa restructuration dit quelque chose de la place accordée aux salariés dans cette transformation. Ils ne sont pas considérés comme une richesse à préserver, mais comme un poste de dépense à ajuster lorsque les chiffres ne suivent plus.

En réalité, Volkswagen ne licencie pas parce qu’il ne gagne plus d’argent. Il licencie parce qu’il n’en gagne plus assez pour satisfaire les actionnaires. Et dans cette logique, les salariés deviennent la variable la plus simple à corriger. Une variable humaine, mais traitée comme un simple chiffre dans un tableau de coûts.

Face à cette offensive patronale, une chose devient claire : seule la mobilisation des travailleurs pourra mettre un coup d’arrêt au diktat des employeurs. Tant que les suppressions d’emplois seront décidées depuis les conseils d’administration sans résistance collective, la logique financière continuera d’écraser les vies. C’est par l’organisation, la solidarité et la lutte que les salariés pourront reprendre la main sur leur avenir — et rappeler que l’industrie ne peut fonctionner sans celles et ceux qui la font vivre.

Saïd Aklid/AFP

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