Le recueil « Souffle d’étincelles » de Karima Kerboua, paru en 2025 aux Éditions du Net avec une préface de Keltoum Deffous, s’impose comme un puissant manifeste qui fait de la parole l’ultime rempart contre le silence, qu’elle dénonce avec force comme une trahison et un terreau fertile pour la haine et l’injustice.
À travers un alliage de vers libres et rythmés, la poétesse algérienne Karima Kerboua dépeint dans ce recueil les « maux de notre temps » : guerre, exil, et maladie, offrant une voix aux opprimés. L’ouvrage est un cri de ralliement qui traverse tout le recueil : la conviction absolue que « l’espoir ne doit pas mourir », transformant chaque mot en une étincelle de résilience pour l’humanité.
Kerboua, reconnue comme une voix puissante au sein des « plumes féminines » algériennes, utilise un langage poétique qui alterne entre la fluidité du vers libre et la force des strophes rythmées. Cette construction formelle soutient la dualité thématique du recueil : d’un côté, une peinture sans concession des « maux de notre temps », et de l’autre, la quête incessante du beau et de l’espérance.
L’auteure engage sa plume dans un combat contre l’adversité, n’hésitant pas à aborder des sujets sociaux et universels poignants. La guerre et l’injustice sont évoquées avec une acuité particulière, notamment à travers le texte émouvant intitulé « Conte moi gaza » ou les poèmes dédiés aux réfugiés, offrant une voix aux « sans voix » et aux « sans noms ». Ce bilan du monde s’étend aux souffrances plus intimes et universelles, comme la misère, l’exil, ou encore la maladie d’Alzheimer, prouvant que la poésie se doit d’être au chevet de l’humanité blessée.
L’apport essentiel de cet ouvrage réside dans sa dimension d’ode à la résilience. Kerboua rend un hommage vibrant au « chant des femmes » qui brisent le silence et transmettent les « valeurs de l’humanité » et le courage à travers les générations. L’acte de « dire » est un acte de foi : transformer les « plaies profondes » en énergie motrice. Le message est clair, martelé jusqu’à la conclusion du recueil : « l’espoir ne doit pas mourir ».
En définitive, « Souffle d’étincelles » transcende le simple témoignage de la douleur pour s’affirmer comme un chemin vers l’autre, encourageant le lecteur à se relever et à faire des « Promesses » pour des lendemains meilleurs. Chaque mot est une « étincelle cueillie dans le noir » dont la vocation est d’allumer une lumière collective, assurant au lecteur qu’« aucune émotion n’est jamais solitaire » et qu’au « cœur des ruines », l’humanité est toujours capable de se souvenir, de s’élever, et d’avancer.
Le parcours littéraire de Karima Kerboua est marqué par une constance thématique et un engagement profond, dont témoignent ses œuvres précédentes, notamment « Un fleuve arc-en-ciel » (Publibook, 2022), « Entre sourires et soupirs » (Éditions du Net, 2022) et « Au fil du regard » (Éditions du Net, 2025). Ces publications successives prouvent la maturité progressive d’une poétesse qui fait de sa plume l’écho des préoccupations humaines et sociales.
Dans « Souffle d’étincelles », cette démarche se cristallise dans une architecture poétique maîtrisée. Le recueil est construit à travers un mélange dynamique et efficace de vers libres et de strophes rimées et rythmées. Cette alternance formelle permet de moduler l’intensité du propos, passant de la confession murmurée à l’exclamation combative.
L’ouvrage se présente ainsi comme un puissant appel à la rupture du silence. L’analyse de l’impact de « Souffle d’étincelles » révèle que sa portée dépasse largement le cadre esthétique pour s’ancrer dans une dimension éminemment morale et sociale. Cet impact réside avant tout dans l’exhortation vitale à « dire », à ne « jamais se taire ».
Pour Karima Kerboua, le silence n’est pas une simple absence de bruit ou une neutralité, mais une force délétère. Il est perçu comme une trahison envers soi-même et les autres, et, de façon plus dangereuse encore, comme un aliment de la haine et de l’injustice. Rompre ce silence devient donc un acte de salubrité publique et personnelle, une nécessité éthique pour ne pas se rendre complice des « maux de notre temps ».
La poétesse érige ainsi ses vers comme un combat contre l’adversité sous toutes ses formes, qu’elle se manifeste par la guerre, la maladie, l’iniquité ou la misère. Cette lutte verbale est portée par une conviction inébranlable, un cri de ralliement qui traverse tout le recueil, de la première à la dernière page : la certitude absolue que « l’espoir ne doit pas mourir ». C’est cette foi dans la puissance rédemptrice de la parole – le fait de nommer pour résister – qui fait de ce recueil un véritable manifeste de résilience.
L’apport essentiel de « Souffle d’étincelles » réside dans sa fonction de porte-voix pour les « sans voix » et les « sans noms ». En s’y engageant, Karima Kerboua dresse un bilan percutant des « maux de notre temps », transformant le recueil en un miroir critique des dérives et des souffrances contemporaines.
Ce faisant, la poétesse aborde des thèmes sociaux et universels d’une poignante actualité, tels que la guerre sanglante, l’injustice criante, la misère, l’exil forcé des populations, et même la maladie qui érode l’être. La présence de poèmes dédiés aux « réfugiés » et, de manière particulièrement poignante, le texte « Conte moi gaza », ancrent l’œuvre dans la réalité géopolitique et humanitaire la plus douloureuse. Elle touche également à des douleurs plus personnelles et intimes avec, par exemple, le texte poignant sur la maladie d’Alzheimer.
Parallèlement à cette dénonciation, Kerboua rend un hommage vibrant au « chant des femmes » qui ont le courage de briser le silence. Elle honore l’héritage de ses aïeules, figures de transmission qui ont su préserver et léguer les « valeurs de l’humanité » et le « courage » face à l’adversité.
En substance, la force du recueil réside dans son mouvement perpétuel d’oscillation : il alterne entre la peinture lucide de la douleur, qu’elle se manifeste par les « plaies profondes que le temps ne ferme pas », la tristesse ou les non-dits, et une quête constante du beau. C’est dans cet équilibre fragile que Karima Kerboua tisse des « Promesses » pour des lendemains meilleurs, affirmant que même face à l’horreur, l’espérance demeure l’ultime acte de résistance.
En conclusion, le recueil « Souffle d’étincelles » dépasse la simple compilation lyrique pour s’ériger en véritable manifeste de résilience et d’humanité. L’image de l’étincelle cueillie dans le noir est centrale, symbolisant l’effort conscient de l’auteure, Karima Kerboua, pour extraire la lumière de l’obscurité, avec la vocation d’allumer une lumière collective.
L’aboutissement de cet ouvrage se trouve dans l’interaction profonde qu’il cherche à créer avec le lecteur. L’auteure formule elle-même ce souhait : faire sentir au lecteur qu' »aucune émotion n’est jamais solitaire ». Cette affirmation est le fondement de son engagement, transformant chaque mot en un pas vers l’autre, un pont jeté par-dessus l’isolement. L’expérience de lecture devient ainsi un partage des peines et des espoirs.
Le message qui se dégage des pages de « Souffle d’étincelles » est éminemment encourageant et universel. Par-delà le constat des souffrances, le recueil se veut une force motrice, invitant le lecteur à l’action et à l’endurance. L’auteure, Karima Kerboua, exhorte sans détour à se relever après chaque chute et à avancer malgré tout face aux tempêtes de l’existence. Cette persistance est la marque profonde de la résilience poétique de Kerboua.
L’univers qu’elle dépeint n’est jamais naïf ; il est au contraire d’une lucidité amère sur le désordre et la souffrance du monde, témoignant des guerres et des injustices. Cependant, cette lucidité n’est jamais synonyme de fatalisme. Au contraire, l’œuvre est constamment traversée par une conviction inébranlable, celle que la vie et l’espoir peuvent surgir même des situations les plus désespérées. Cette idée est magnifiquement résumée par la préface, qui affirme que même « au cœur des ruines », l’espoir persiste. Le recueil se clôt sur cette note tonique, faisant de « Souffle d’étincelles » un acte de foi puissant dans la capacité intrinsèque de l’être humain à résister, à se reconstruire, et à rayonner.
Brahim SACI
Karima Kerboua, Souffle d’étincelles, Recueil, Éditions du Net


