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Patrimoine : Béjaïa accueille un débat sur la numérisation des villages traditionnels

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L’exposé du Dr Zeghlache (à droite) sur la numérisation architecturale des villages traditionnels. Photo DR

À Béjaïa, une conférence-débat met en lumière les enjeux de la numérisation des villages traditionnels, en prenant pour cas d’étude le site exceptionnel de Djebla. Entre patrimoine architectural, mémoire collective et innovations technologiques, chercheurs, associations et acteurs locaux explorent les nouvelles voies de sauvegarde offertes par le numérique.

À la Maison de la culture Taos-Amrouche à Béjaïa, la conférence-débat consacrée à la numérisation pour la protection des villages traditionnels, organisée par l’association Groupe d’étude sur l’histoire des mathématiques à Bougie médiévale (Gehimab), le 1er mai dernier, a pris une dimension particulière en mettant en lumière un cas emblématique : le village de Djebla.

Bien plus qu’un simple exemple, ce site s’impose aujourd’hui comme un véritable terrain d’étude unique à l’échelle du sud de la Méditerranée.

Djebla, une archive vivante du XVIe siècle

Accroché à son relief et façonné par des siècles d’ingéniosité humaine, Djebla remonte au XVIe siècle. Sa particularité réside dans son mode de construction en pierre sèche, une technique ancestrale typiquement méditerranéenne que l’on retrouve également sur la rive nord de la Méditerranée, notamment à Majorque, Malte ou Chypre.

Le village de Djebla ne se limite pas à son héritage architectural. Il a également constitué, dès la fin des années 1980, un terrain d’investigation scientifique sous l’impulsion du Dr Hamza Zeghlache.

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Architecte et anthropologue, ce dernier y a conduit, avec des étudiants de l’Université de Sétif, des travaux pionniers mêlant analyse anthropologique et relevés architecturaux, dans le cadre d’ateliers de terrain. Une démarche précoce qui s’inscrivait déjà dans une logique de documentation et de préservation du bâti traditionnel.

Ces recherches, prometteuses, ont été brutalement interrompues au début de la décennie noire, mettant un terme à un chantier scientifique qui aurait pu, à l’époque, positionner Djebla comme référence académique régionale.

Le numérique pour prolonger la mémoire

C’est précisément ce travail interrompu que les intervenants ont cherché à réactiver à travers les outils numériques. La numérisation apparaît aujourd’hui comme une continuité méthodologique : scanner, modéliser, archiver ce qui avait été observé, étudié, parfois partiellement consigné.

Pour le professeur Djamil Aissani, président de Gehimab, Djebla représente un cas exceptionnel : « Le seul village ayant fait l’objet d’une documentation aussi approfondie sur la pierre sèche dans le sud de la Méditerranée. »

Un statut qui confère à ce site une valeur scientifique, mais aussi symbolique, dans la réflexion sur la sauvegarde du patrimoine.

La conférence a également rappelé l’importance de la structuration internationale autour de ces savoir-faire, notamment à travers la Société internationale de la pierre sèche (SIPS), basée dans le département du Var, en France, qui œuvre à la valorisation et à la transmission de cette technique.

Ce savoir-faire, reconnu à l’échelle internationale, a été inscrit en 2018 au patrimoine culturel immatériel de l’humanité par UNESCO, consacrant ainsi une pratique millénaire fondée sur l’équilibre, la transmission et l’intelligence du geste.

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Le rôle pionnier du tissu associatif et la convergence des expertises

La rencontre a été marquée par la présence de spécialistes du patrimoine, de l’architecture et de la numérisation. Parmi eux, le Pr Zeghlache, l’archéologue Houcine Djermoun ainsi que le Pr Djamil Aissani — pour ne citer que les principaux intervenants — ont enrichi les échanges par leurs analyses et retours d’expérience.

Cette pluralité d’expertises a permis de croiser les regards et de structurer une réflexion à la fois scientifique et opérationnelle autour des outils numériques appliqués à la conservation du patrimoine.

Parmi les acteurs de terrain, Farid Ahmed, président de l’association Tajmaat n Djebla, figure parmi les premiers à avoir pris conscience de l’importance de la préservation du patrimoine architectural du village.

À l’origine du projet de restauration de Djebla, il incarne, aux côtés du Dr Djamal Eddine Boumezrane, ce noyau pionnier qui a impulsé une véritable dynamique locale de sauvegarde. Présent lors de cette conférence, il a salué l’apport des nouvelles technologies, soulignant que la numérisation du patrimoine constitue désormais un levier déterminant pour assurer sa transmission à la postérité.

La participation des autorités locales, à l’invitation des organisateurs, mérite également d’être soulignée. Étaient notamment présents Omar Raghal, directeur de la culture de Béjaïa, ainsi que Mahmoud Slimani, président de l’APC de Toudja, une commune qui abrite d’importants vestiges romains.

De son côté, Hanoun Ferhat, président de l’APC de Béni Ksila, s’est réjoui de l’existence d’un tel trésor au sein de sa commune, évoquant une véritable aubaine territoriale.

Il a tenu à rendre un hommage appuyé aux habitants de Djebla pour les efforts consentis dans la préservation du village, tout en affichant sa volonté de mobiliser les moyens nécessaires et d’accompagner l’association dans cette mission de sauvegarde patrimoniale.

Mémoire patrimoniale entre transmission et appropriation

Dans cette dynamique, l’exposition présentée à Béjaïa ne constitue qu’une première étape. Elle sera prolongée à Béni Ksila, offrant une opportunité concrète de reconnecter le public au terrain, notamment à travers la visite du village de Djebla dans le cadre de travaux mémoriels et patrimoniaux, prolongés par la découverte de la maison natale de Akli Banoune, l’un des membres fondateurs de l’Étoile Nord-Africaine, actuellement en cours de restauration par les habitants du village.

Au-delà du patrimoine architectural, cette initiative s’inscrit dans une temporalité plus large, à la croisée de la mémoire bâtie et de l’histoire politique. Une articulation qui confère à la démarche une profondeur particulière, en liant la préservation des lieux à la transmission des trajectoires humaines qui les ont façonnés.

En filigrane, la conférence a posé une question essentielle : comment transformer ces données, ces archives et ces modèles numériques en véritables leviers de réappropriation locale ?

Car Djebla n’est pas seulement un objet d’étude. Il est aussi un espace de vie, un marqueur identitaire et, potentiellement, un modèle de valorisation patrimoniale maîtrisée.

Dans ce sens, la numérisation ne se limite pas à conserver. Elle ouvre la voie à une nouvelle manière d’habiter la mémoire : plus accessible, plus documentée, mais toujours ancrée dans le réel.

Hamid Banoune

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