La famille d’El Hacen Diarra, mort la semaine dernière dans un commissariat parisien, a réclamé mardi 20 janvier le placement en garde à vue des policiers impliqués, soulignant notamment que les résultats d’autopsie étaient « caractéristiques » d’un étranglement.
Le parquet de Paris a annoncé l’ouverture d’une information judiciaire pour « violences volontaires ayant entraîné la mort par personne dépositaire de l’autorité publique » lundi soir, cinq jours après les faits et deux jours après une demande de l’avocat de la famille, Me Yassine Bouzrou.
Bien trop tard pour les proches de ce Mauritanien de 35 ans, qui dénoncent des violences policières ayant conduit au décès. Sur des images captées par un voisin, on distingue deux policiers, dont l’un, à genoux, donne deux coups de poing à El Hacen Diarra, plaqué au sol. On l’entend crier : « Vous m’étranglez ! », selon l’analyse du son réalisée par la famille du défunt.
Interrogé lors des questions au gouvernement à l’Assemblée nationale, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a affirmé n’avoir « aucune raison de suspendre » les policiers, tout en reconnaissant que « deux coups » ont été portés à M. Diarra.
« Après cinq jours de dysfonctionnements graves et d’une communication qui a retardé l’accès à la vérité, la pratique judiciaire impose désormais des actes immédiats », l’interpellation des « policiers impliqués » et leur présentation « sans délai » au juge d’instruction, réclame Me Bouzrou dans un communiqué transmis à l’AFP.
L’avocat déplore un « délai (…) préjudiciable à la recherche de la vérité, tant en raison de l’absence de diligences immédiates que d’une communication institutionnelle exclusivement fondée sur les déclarations des policiers impliqués, sans aucun élément objectif de corroboration, présentant le décès comme un simple malaise ».
Plaie et fracture
L’avocat s’appuie sur les conclusions de l’autopsie : fracture de la corne du cartilage de la thyroïde et plaie profonde à la tempe. La première lésion, « grave et non-anodine (est) classiquement observée lors d’étranglements », et la seconde est « incompatible avec l’hypothèse d’un malaise spontané et (traduit) des violences d’une intensité particulière », dénonce Me Bouzrou.
Le parquet a fait état de ces résultats. Mais affirme de son côté qu’ils n’apportent « pas à ce stade de certitude sur la causalité du décès ». Il assure que la fracture peut être « antérieure au décès ou consécutive à l’autopsie » et que des examens complémentaires ont été ordonnés « dont les conclusions ne seront pas disponibles avant plusieurs semaines ».
Me Bouzrou dénonce également l’absence d’images par les caméras-piétons des policiers qui « n’étaient pas activées, en raison d’un prétendu défaut de batterie », une explication « peu crédible (qui) soulève désormais la question d’une éventuelle dissimulation » de preuves.
D’autant que les enquêteurs n’ont pas trouvé de caméra qui couvrirait les lieux d’interpellation, et qu’il n’y a à ce stade pas d’images de son transport au commissariat. Un appel à témoins a été lancé lundi soir par le parquet.
« Interpellation violente »
L’action et la communication du parquet, qui a confié le dossier cinq jours plus tard à un juge d’instruction, est dénoncée par la famille d’El Hacen Diarra.
« Les déclarations publiques de Madame la procureure de la République (de Paris) selon lesquelles la causalité entre l’interpellation violente et le décès ne serait pas établie ne peuvent que surprendre », déclare Me Bouzrou, qui souligne un « enchaînement factuel, médical et chronologique cohérent ».
Le parquet justifie avoir d’abord ouvert « une enquête en recherche des causes de la mort », arguant de « l’absence initiale de tout élément connu sur les causes du décès », et pour pouvoir selon lui « immédiatement » ordonner une autopsie.
Les agents qui ont interpellé El Hacen Diarra ont d’abord été entendus par des policiers d’un autre commissariat, « avant même que la saisine de l’IGPN puisse être effective », ajoute-t-il. Il assure saisir « systématiquement » un juge d’instruction en cas de décès « dans des conditions suspectes ou inexpliquées dans un lieu de privation de liberté ».
Quant au premier déroulé des faits communiqué la semaine dernière, le parquet explique qu’il a « été rapporté à la presse pour ce qu’il est : le récit des personnes entendues », soit la version de policiers. L’un avait évoqué l’usage d’un taser, et ils avaient affirmé que M. Diarra les avait entraînés dans sa chute « à deux reprises » lors de l’interpellation.
Une affaire qui relance le débat sur les violences policières
Entre les images de l’interpellation, les conclusions de l’autopsie et l’absence d’enregistrements vidéo, la mort d’El Hacen Diarra s’inscrit déjà parmi les dossiers sensibles qui interrogent les pratiques policières et la transparence des enquêtes en France.
Dimanche 18 janvier, plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées devant le foyer des Mûriers, où vivait El Hacen Diarra, pour lui rendre hommage et dénoncer les circonstances de sa mort en garde à vue. À quelques centaines de mètres du commissariat où il est décédé, habitants, proches, militants et travailleurs sans papiers ont exprimé leur colère et leur solidarité.
Sur les murs du quartier, des tags « justice et vérité » et des affiches d’appel à témoins rappelaient l’émotion suscitée par le drame. Les prises de parole ont souligné le lourd passif du 20ᵉ arrondissement en matière de violences policières, évoquant notamment la mort de Lamine Dieng en 2007 et celle de trois adolescents percutés par une voiture de police en 2023.
Un intervenant a résumé le sentiment général : tant que les policiers ne sont pas sanctionnés, “les morts continuent”. Les participants ont appelé à poursuivre la mobilisation et à manifester devant le commissariat.
La famille d’El Hacen Diarra mort en garde à vue, elle, réclame désormais des actes immédiats : l’interpellation des policiers impliqués et leur présentation sans délai au juge d’instruction.
Rédaction/AFP

