Site icon Diaspora Algėrienne

Le doctorant Samir Larabi exclu de l’université de Béjaïa : « illégale et arbitraire »

doctorant Samir Larabi exclu université de Béjaïa

Le doctorant Samir Larabi a été exclu de l’université de Béjaïa, une décision que d’aucuns qualifient d’« illégale et arbitraire ». Photo montage

Le doctorant Samir Larabi, exclu de l’université de Béjaïa, dénonce une décision qu’il qualifie d’« illégale et arbitraire », alors que le CSU a acté son éviction sans fournir de justification académique.

L’arbitraire et la bêtise triomphent là où la raison devrait gouverner. Le doctorant en sociologie Samir Larabi a annoncé qu’il a été officiellement exclu de la formation doctorale par le Conseil scientifique de l’université Abderrahmane Mira de Béjaïa (CSU). Cette décision figure dans les résolutions adoptées lors de la réunion du 7 janvier 2025, dont une copie circule désormais publiquement.

Selon le document, le CSU a examiné le recours introduit par le doctorant avant de confirmer les fondements d’une décision antérieure, prise le 29 mai 2025, selon laquelle sa thèse « ne saurait faire l’objet d’une soutenance ». À l’issue des débats, le Conseil scientifique a prononcé l’exclusion définitive de Samir Larabi, une mesure adoptée à la majorité de ses membres.

Une atteinte aux libertés académiques

La résolution du CSU ne fournit aucune justification académique ou scientifique quant au rejet de la thèse. Aucun élément méthodologique, théorique ou disciplinaire n’est mentionné pour expliquer pourquoi le travail de recherche ne pourrait pas être soutenu.

Cette absence totale de motivation interroge, d’autant que, selon plusieurs sources universitaires, il serait reproché à la thèse de Samir Larabi d’aborder « un sujet sensible » dans le contexte algérien. Une critique officieuse, relayée dans les milieux académiques, mais jamais assumée publiquement par le CSU ou par le recteur.

Le caractère non motivé de la décision, combiné à l’exclusion définitive du doctorant, soulève de sérieuses inquiétudes quant au respect des libertés académiques au sein de l’université de Béjaïa. Dans les standards internationaux, toute sanction touchant à la recherche doit être justifiée, documentée et strictement encadrée afin de protéger l’indépendance des chercheurs et la liberté d’investigation scientifique.

En l’absence d’explications, la décision du CSU apparaît comme une mesure disciplinaire opaque, difficilement conciliable avec les principes fondamentaux de l’enseignement supérieur.

Une décision qualifiée d’« illégale » par le doctorant

Dans sa réaction, Samir Larabi affirme avoir découvert cette résolution « avec stupéfaction ». Il dénonce une décision « abominable » et « sans précédent dans l’histoire de l’université algérienne ». Selon lui, ni le recteur ni le CSU ne disposent de la prérogative d’exclure un doctorant, une compétence qui relève d’autres instances réglementaires.

Il estime que cette exclusion constitue un acte « illégal et arbitraire » qui transforme l’université en « zone de non-droit » et en « mini-république détachée du reste du pays ». Il accuse certains responsables de « traîner l’institution dans la boue » et appelle à ne pas « accepter le diktat » de ceux qu’il décrit comme des « seigneurs » au sein de l’établissement.

Un conflit qui s’inscrit dans la durée

Le cas de Samir Larabi n’est pas nouveau : DiasporaDZ avait déjà documenté le blocage de sa soutenance de doctorat, un dossier qui avait suscité de nombreuses réactions dans le milieu universitaire. Le sociologue Nacer Djabi a dénoncé publiquement une atteinte grave aux libertés académiques, estimant que le blocage de la thèse de Samir Larabi révélait un climat de pression et d’ingérence incompatible avec les principes fondamentaux de la recherche scientifique. Pour lui, cette affaire illustre un recul inquiétant de l’autonomie universitaire et un usage abusif du pouvoir institutionnel.

Cette affaire a d’ailleurs dépassé le strict cadre académique. Des responsables institutionnels ont été interpellés, notamment le président du Sénat et le ministre de l’Enseignement supérieur, après l’initiative du sénateur FFS Haddadou, qui a officiellement saisi les autorités sur les dérives signalées dans ce dossier. Cette démarche témoigne de l’inquiétude croissante autour de la gestion de cette affaire et de ses implications pour les libertés académiques.

Le dossier a également suscité une mobilisation citoyenne. Une pétition a été lancée pour demander la levée du blocage arbitraire et absurde de la soutenance, rassemblant des soutiens issus du monde universitaire, associatif et de la diaspora. Cette initiative traduit l’écho que l’affaire a trouvé au‑delà des cercles académiques et la préoccupation grandissante face à ce qui est perçu comme une atteinte aux droits fondamentaux des doctorants.

Un dossier qui interroge la gouvernance universitaire

L’exclusion désormais actée par le CSU marque une nouvelle escalade dans ce conflit qui oppose le doctorant à la direction de l’université de Béjaïa. La résolution du Conseil scientifique confirme que l’institution considère le dossier clos, tant sur le plan académique que disciplinaire. De son côté, Samir Larabi affirme qu’il poursuivra ses démarches pour contester cette décision et faire valoir ses droits.

Au-delà du cas individuel, cette affaire soulève des questions plus larges sur la gouvernance des universités, la transparence des procédures et la protection des doctorants face aux décisions administratives. L’absence de justification académique, les accusations officieuses et la sanction extrême prononcée par le CSU alimentent un débat plus large sur la place de la liberté de recherche dans les institutions universitaires et académiques algériennes.

À titre de comparaison, dans des systèmes universitaires comme celui de la France, toute décision défavorable — qu’il s’agisse d’un refus de soutenance ou d’une exclusion — doit être motivée par des éléments académiques précis. Le Code des relations entre le public et l’administration impose une motivation écrite et explicite, et la jurisprudence annule régulièrement les décisions universitaires dépourvues de justification. L’absence totale de motivation dans le cas de Samir Larabi s’écarte donc des standards internationaux en matière de transparence et de respect des libertés académiques.

Saïd Aklid

Quitter la version mobile