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La stabilité stratégique, nouvelle grammaire de la relation sino-américaine ?

Xi Jinping en visite d'Etat aux Etats-Unis

Arrivée du président chinois Xi Jinping aux Etats-Unis pour une visite d'Etat du du 23 au 25 septembre 2026. Photo Xinhua/Li Xiang

Alors que Xi Jinping effectue sa deuxième visite d’Etat aux Etats-Unis, onze ans après la première, la relation entre Pékin et Washington demeure marquée par une profonde compétition. Mais une nouvelle expression apparaît dans le vocabulaire diplomatique : la « stabilité stratégique ». Peut-elle constituer une nouvelle manière de gérer la rivalité entre les deux principales puissances mondiales ?

La visite d’Etat de Xi Jinping aux Etats-Unis, du 23 au 25 septembre 2026, intervient à un moment particulier de la relation entre Washington et Pékin. Invité par le président Donald Trump, le président chinois effectue sa deuxième visite d’Etat aux Etats-Unis, onze ans après celle de septembre 2015, sous la présidence de Barack Obama. Entre-temps, Xi Jinping s’est rendu à San Francisco en novembre 2023 pour le sommet de l’APEC. Mais la rencontre actuelle revêt une portée différente. Elle intervient alors que les deux puissances cherchent à donner un nouveau cadre à une relation faite à la fois d’interdépendance, de coopération et de concurrence.

Commerce, technologies, intelligence artificielle, chaînes d’approvisionnement, minerais stratégiques, sécurité et Taïwan : les sujets de désaccord restent nombreux. Pourtant, les contacts au plus haut niveau se poursuivent. C’est précisément ce paradoxe qui mérite attention. Depuis leur rencontre de mai 2026 en Chine, une expression s’est installée dans le vocabulaire diplomatique chinois : « une relation sino-américaine constructive de stabilité stratégique ». Selon Pékin, cette formule doit fournir une orientation aux relations entre les deux pays pour les trois prochaines années et au-delà. Au-delà du langage diplomatique, cette notion mérite d’être examinée comme une possible nouvelle manière de penser les relations entre grandes puissances.

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La stabilité ne signifie pas la fin de la compétition

La première caractéristique de cette approche est qu’elle ne prétend pas faire disparaître la concurrence. La Chine et les Etats-Unis défendent des intérêts différents et cherchent chacun à préserver leur influence dans les domaines économique, technologique, stratégique et géopolitique. L’enjeu consiste donc moins à supprimer la compétition qu’à l’empêcher de devenir incontrôlable.

Dans la définition avancée par Xi Jinping en mai dernier, la « stabilité stratégique constructive » repose sur quatre dimensions : une stabilité positive, avec la coopération comme pilier ; une stabilité saine, avec une concurrence maintenue dans des limites appropriées ; une stabilité constante, permettant de gérer les divergences ; et une stabilité durable, offrant des perspectives de paix prévisibles. On pourrait résumer cette approche ainsi : coopérer lorsque cela est possible, rivaliser lorsque cela est nécessaire, dialoguer lorsque les intérêts divergent et éviter que les tensions ne débouchent sur la confrontation. Cette distinction est essentielle.

Gérer les divergences plutôt que les nier

La relation sino-américaine illustre une réalité des relations internationales contemporaines : certaines divergences entre grandes puissances ne peuvent être réglées rapidement.Il faut donc pouvoir les gérer. Cela suppose de conserver des canaux de communication, y compris dans les périodes de tension, et de distinguer les domaines où un compromis est envisageable de ceux où les positions restent éloignées.

Le commerce, les technologies, l’intelligence artificielle et les chaînes d’approvisionnement occupent une place centrale dans les discussions actuelles. Les questions de sécurité et de Taïwan demeurent, quant à elles, particulièrement sensibles. Dans ce contexte, le dialogue n’est pas nécessairement le signe d’une convergence des positions. Il constitue d’abord un instrument de prévention et de maîtrise des crises. C’est toute la différence entre chercher à résoudre immédiatement chaque désaccord et créer les conditions permettant de vivre avec certaines divergences.

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Une autre conception de la puissance

Cette évolution conduit à une réflexion plus large sur la notion même de puissance. Les relations internationales ont longtemps été principalement envisagées sous l’angle du rapport de force : défendre ses intérêts, renforcer son influence, contenir celle de l’autre.

La stabilité stratégique introduit une autre dimension : la capacité à maîtriser le rapport de force.La puissance ne consiste alors pas uniquement à disposer de moyens de pression. Elle réside aussi dans la capacité à éviter qu’une crise ne franchisse un seuil à partir duquel chacun perdrait la maîtrise de la situation.

Cette question est particulièrement importante entre Pékin et Washington. Leurs relations ont des répercussions bien au-delà de leurs frontières : commerce mondial, chaînes de production, technologies, marchés financiers, énergie et équilibres régionaux. Ce qui se joue entre les deux pays concerne donc une grande partie du système international.

Un équilibre encore fragile

Il serait cependant prématuré de parler d’une nouvelle entente sino-américaine. Les divergences restent profondes et les intérêts ne convergent pas sur plusieurs dossiers majeurs. La notion de « stabilité stratégique » doit donc être comprise comme un cadre de gestion des désaccords, et non comme le dépassement de la concurrence entre les deux puissances.

C’est ce qui donne toute son importance au dialogue au sommet. Le fait que Xi Jinping et Donald Trump se rencontrent ne signifie pas que leurs positions soient devenues proches. Cela signifie que le canal politique demeure suffisamment important pour permettre aux deux dirigeants de traiter directement les sujets les plus sensibles.

La véritable question est désormais celle de la durée : cette volonté de dialogue peut-elle produire des mécanismes suffisamment solides pour prévenir les crises lorsque de nouvelles tensions apparaîtront ?

De la formule diplomatique à la réalité

C’est sans doute là que se situe le véritable enjeu de la rencontre de Washington. Une expression diplomatique, aussi ambitieuse soit-elle, ne suffit pas à transformer une relation internationale. Elle doit être accompagnée de décisions, de mécanismes de consultation et de pratiques permettant d’éviter les malentendus et de contenir les crises.

La stabilité ne peut, par ailleurs, reposer sur les déclarations d’un seul acteur. Elle nécessite une forme de réciprocité : chacun doit pouvoir prendre en considération les intérêts et les préoccupations de l’autre. 

La rencontre entre Xi Jinping et Donald Trump permettra donc aussi d’observer dans quelle mesure cette notion peut trouver une traduction concrète.

Une question qui dépasse Washington et Pékin

L’évolution de la relation sino-américaine ne concerne pas seulement les deux protagonistes.Si Pékin et Washington parviennent à maintenir leur compétition tout en réduisant les risques d’escalade, les conséquences pourraient être importantes pour l’ensemble de l’économie et de la sécurité internationales.

L’Europe est directement concernée. Elle ne peut être seulement spectatrice d’une relation qui influence le commerce mondial, les technologies, les chaînes d’approvisionnement et les grands équilibres géopolitiques. La question européenne n’est pas nécessairement de choisir entre Washington et Pékin. Elle est aussi de savoir comment préserver sa capacité d’action, de dialogue et de coopération dans un monde où plusieurs centres de puissance affirment leurs intérêts.

Pour la France, cette réflexion possède une résonance particulière. Sa tradition diplomatique et ses relations avec les différentes puissances peuvent lui permettre de contribuer au dialogue, à la compréhension mutuelle et à la recherche d’équilibres.

Vers une nouvelle grammaire des relations internationales ?

La notion de stabilité stratégique pourrait finalement dépasser le seul cadre sino-américain. Dans un monde marqué par les crises, les tensions commerciales, la compétition technologique et la recomposition des équilibres de puissance, la stabilité ne peut plus être considérée comme un état définitivement acquis.

Elle devient un processus à construire et à entretenir. Cela suppose du dialogue, de la prévisibilité, des mécanismes de prévention des crises et la capacité à distinguer la compétition de la confrontation. C’est peut-être là le véritable intérêt de la rencontre entre Xi Jinping et Donald Trump.

Il ne s’agit pas de savoir si la Chine et les Etats-Unis vont devenir des partenaires sans divergences. Rien ne permet de l’affirmer. La question est plutôt de savoir s’ils peuvent construire une relation dans laquelle la concurrence demeure, sans devenir une confrontation. Car l’enjeu majeur des relations internationales contemporaines n’est peut-être plus de supprimer les rivalités entre grandes puissances, mais de trouver les moyens de les contenir.

La stabilité stratégique, dans cette perspective, ne serait pas l’absence de compétition. Elle serait la capacité à organiser la coexistence malgré la compétition. Une conception qui pourrait bien devenir l’une des questions diplomatiques majeures du XXIᵉ siècle.

Lyazid Benhami

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