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JS Kabylie : le déclin d’un mythe

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La JS Kabylie a été éliminée par Al Ahly d'Egypte (0-0). Photo APS

Symbole majeur du football algérien, la JS Kabylie voit aujourd’hui son mythe s’effriter. Entre perte d’exigence, dérive culturelle et résignation assumée, le club autrefois conquérant semble avoir renoncé à ce qui faisait sa grandeur.

Au terme de l’avant-dernière journée de la phase de groupes de la Ligue des champions africaine, l’affiche avait tout d’un choc de titans. D’un côté, la JS Kabylie, monument du football africain, sept fois sacrée sur le continent. De l’autre, Al Ahly SC, l’ogre cairote, roi autoproclamé et confirmé d’Afrique.

Sur le papier, l’histoire. Sur le terrain, la réalité. Dans un stade presque désert, le miracle n’a pas eu lieu. Il n’a même pas été frôlé.

La JS Kabylie est éliminée. Sans panache. Sans révolte. Sur l’une des copies les plus médiocres de son histoire continentale : trois points, zéro but marqué en cinq matchs, dernière de son groupe, dans un constat sans appel. Le tout malgré un « investissement » colossal, des centaines de milliards de centimes engloutis, et un discours officiel qui persiste à confondre dépenses et projet.

Les Canaris n’ont pu faire mieux qu’un match nul, symptomatique d’une stérilité offensive criante et d’une maladresse déconcertante, face à Al Ahly SC en gestion totale, installé dans la posture la plus confortable qui soit : celle de l’équipe qui sait exactement où elle va… et contre qui elle joue.

Le professionnalisme, une culture… pas un slogan

Ce qui frappe, pourtant, ce n’est pas tant le score que ce qui s’est dit après. En zone mixte, les joueurs cairotes saluent l’accueil, la beauté du stade, l’organisation. Puis vient la question de l’objectif dans la compétition. Sourires amusés. Regards presque surpris. La réponse est unanime, presque évidente : « Le titre. Normal. Quand on est Al Ahly , on ne vise rien d’autre que le sacre final. »

De l’autre côté du couloir, le décor change. Les visages se ferment, les épaules s’affaissent, les mots s’usent. Et la réponse tombe, comme une fatalité familière : « Allah ghaleb… c’est el mektoub. »

Circulez, il n’y a rien à expliquer. Le football se joue désormais dans les étoiles.

À ce stade, une question s’impose : que reste-t-il de ce club mythique ? Que reste-t-il de cette JSK qui faisait trembler l’Afrique, qui jouait chaque match continental comme une affaire d’honneur, qui ne demandait pas la clémence du destin mais imposait sa loi ? Comment en est-on arrivé à réduire l’échec à une affaire de fatalité divine, comme si l’incompétence avait désormais trouvé refuge dans l’irrationnel?

La chute est vertigineuse. Et le plus tragique, c’est qu’elle est désormais assumée. Pire encore : elle est banalisée. Drôle d’époque, en effet, où certains en viennent à considérer une deuxième place, ou un maintien arraché in extremis dans les ultimes minutes de la dernière journée, comme un exploit digne d’être célébré.

Le problème n’est pas que sportif

Plus savoureux encore, des joueurs sans véritable référence continentale — pour ne pas dire sans niveau à la hauteur de l’histoire du club — vont jusqu’à brandir la menace de la grève pour réclamer une prime liée à… cette fameuse deuxième place. Ou au maintien, s’il vous plaît ! Ironie du sort. Jadis, la JS Kabylie, digne représentante du football algérien, jouait pour soulever des trophées. Aujourd’hui, on s’indigne pour des primes.

Le problème n’est plus sportif. Il est culturel. Identitaire. On a vidé la JSK de ce qui faisait sa singularité, de ce qui constituait son âme: l’exigence, la rigueur, la fierté. On a remplacé l’ambition par la résignation, la compétence par l’alibi, le projet par la gestion au jour le jour. Et quand tout s’effondre, on invoque El Mektoub.

Mais le destin n’a rien à voir là-dedans. Ce naufrage n’est ni divin ni mystérieux. Il est humain. Construit. Administré. Programmé.

Triste époque, vraiment. Où l’on confond la survie avec la grandeur, et où l’on enterre un géant au nom de la fatalité.

Hamid Banoune

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