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jeudi,8janvier,2026

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JS Kabylie : autopsie d’un club en crise profonde

Autopsie d’un club en perdition : la JS Kabylie traverse une crise profonde qui menace son identité et son avenir.

Club le plus titré d’Algérie, longtemps locomotive et référence historique du football national et africain, la JS Kabylie traverse une crise structurelle, qui s’ajoute à une succession de périodes sombres ayant marqué les quinze dernières années de son histoire. Résultats en chute libre, identité diluée, gouvernance fragilisée : derrière la crise sportive se cache un malaise profond, qui menace l’équilibre même de l’institution.

Les Lions du Djurdjura ne font désormais plus peur. Pas même aux formations les plus modestes du championnat national. Les prestations indigentes, le rendement médiocre et l’absence totale de révolte sur le terrain traduisent une descente aux enfers devenue presque banale. Club mythique, autrefois craint et respecté, la JSK donne aujourd’hui l’image d’une équipe sans relief, incapable d’imposer son statut ou de faire respecter son histoire.

Le traumatisme du Caire, point de rupture

Le basculement remonte à cette lourde défaite au Cairo Stadium face à Al Ahly SC. Un revers historique, humiliant, qui a fait voler en éclats les dernières certitudes. Depuis ce soir-là, plus rien ne fonctionne. Comme si ce naufrage continental avait brutalement réveillé les vieux démons qui hantent le club depuis des années : instabilité chronique et conflits internes.

Paradoxalement, ce retour parmi l’élite du gotha africain, après une longue absence, était perçu comme un nouveau départ. Une place que la JSK estimait retrouver naturellement, au regard de son histoire et de son statut. L’ambition était claire : renouer avec la conquête et retrouver le lustre d’antan. Certains grands ténors du continent avaient même commencé à revoir leurs calculs.

Mais l’onde de choc fut retentissante. Face à un Al Ahly au sommet de son professionnalisme, structuré, expérimenté et impitoyable dans la gestion des grands rendez-vous, la JSK a été renvoyée à une réalité crue. Le fossé s’est révélé dans toute son ampleur, exposant sans détour les limites actuelles du club kabyle, tant sur le plan sportif qu’organisationnel.

Un climat toxique et des espoirs envolés 

Pourtant, l’espoir était bien réel. Une deuxième place prometteuse lors de l’exercice précédent, un recrutement unanimement salué par les observateurs et des signaux encourageants laissaient entrevoir une saison ambitieuse. Mais à peine la moitié de la phase aller disputée, tous les objectifs se sont déjà évaporés. Le constat est brutal : la JSK se dirige vers une saison blanche, sans cap ni perspective.

Le match de ce vendredi face au rival historique, le MC Alger, dans un énième classico désormais vidé de sa substance, a livré une réponse sans détour. Tout, sauf le visage de la JSK. Des joueurs sans âme, sans grinta, sans cohésion. Un collectif inexistant, incapable de réagir, de se transcender ou simplement de défendre les couleurs qu’il porte.

En coulisses, le flou est tout aussi préoccupant. Un directeur sportif qui avait annoncé sa démission lors d’une conférence de presse, au lendemain d’une nouvelle défaite à Sétif, promettant alors de « révéler beaucoup de choses » à l’avenir… mais qui demeure toujours en poste. Une situation ubuesque qui illustre, à elle seule, la confusion régnant au sommet du club.

Dans le même temps, le président du conseil d’administration multiplie les sorties médiatiques, davantage inspirées par la posture et l’exercice de « communication » que par la gestion d’une urgence sportive devenue critique. Quant au propriétaire du club, Mobilis, il se contente, pour l’heure, de réunions de crise à répétition, sans amorcer de décisions fortes ni engager de véritables mesures capables d’enrayer la dérive actuelle de la JS Kabylie.

Face à ce spectacle affligeant, la détresse des fidèles supporters est indescriptible. Dans les tribunes comme en dehors, la souffrance et l’impuissance dominent, face à l’agonie d’un club qui fut jadis un symbole de fierté, d’identité et de grandeur.

Il faut dire que, dans l’écosystème de la maison des Canaris, l’environnement est devenu délétère. Les réseaux sociaux se sont imposés comme de véritables instruments de pression et de manipulation, animés par des pseudo-managers cupides et opportunistes, où se mêlent gains faciles, chantages larvés et propagation de fake news. Cette dérive prospère sur une logique de clans et sur l’incapacité des responsables à maîtriser leur communication et à protéger l’intimité de l’institution, exposant non seulement ses carences, mais parfois même son vestiaire, sur la place publique.

À voir ce qu’est devenue la JS Kabylie, des figures historiques comme Abdelkader Khalef, Mahieddine Khalef, Boussad Benkaci ou encore Stefan Žywotko, pour ne citer qu’eux, doivent symboliquement se retourner dans leur tombe. Ce qu’ils avaient bâti reposait sur des valeurs, une rigueur et un respect du maillot qui semblent aujourd’hui appartenir à un autre temps.

Mobilis face à ses responsabilités

La question demeure : comment une équipe considérée comme la plus séduisante du championnat a-t-elle pu devenir, en l’espace de dix journées, une formation sans âme et sans repères ? Le mal est profond. Il ne se soignera ni par des discours ni par des solutions de façade. La JSK a besoin d’une réforme de fond : professionnalisation réelle, compétences avérées, gouvernance claire et cohérente, et une refondation nécessaire face à l’anarchie ambiante.

Une autre interrogation s’impose avec acuité : comment une entité économique, fût-elle étatique, peut-elle continuer à injecter des milliards de centimes sans exigence de résultats, sans contrôle effectif des déficits et sans la moindre perspective de retour sur investissement, dans un projet abusivement qualifié de « sportif », réduit à la seule gestion d’une masse salariale démesurée ou à l’assainissement permanent d’un passif colossal ? Cette fuite en avant financière, dénuée de vision stratégique, de pilotage rigoureux et de culture de la performance, ne fait qu’entretenir l’errance actuelle et repousser les décisions de rupture pourtant indispensables.

L’actionnaire majoritaire, Mobilis, conscient de la dimension et du poids historique du club, ne peut plus se contenter d’observer la spirale de dysfonctionnements qui s’installe. Une intervention ferme, immédiate et structurante s’impose pour stopper l’hémorragie avant qu’elle ne devienne irréversible.

Hamid Banoune

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