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Hirak : pour un dialogue national ambitieux et un nouveau pacte démocratique

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Le Hirak a révélé une maturité citoyenne qui appelle désormais un cadre politique à sa hauteur. Photo DR

Pour Lyazid Benhami, le Hirak a montré que seul un dialogue national inclusif peut ouvrir la voie à un pacte démocratique fondé sur la confiance, la justice et la participation réelle de la société. Contribution

À l’anniversaire du Hirak, le moment est venu de dépasser la seule commémoration pour entrer dans une phase de construction politique. Le 22 février 2019 a constitué un tournant majeur dans l’histoire contemporaine de l’Algérie : le peuple a affirmé pacifiquement sa volonté d’être pleinement acteur de son destin collectif.

Le Hirak a révélé une exigence centrale : la dignité, la liberté d’expression et la participation réelle aux décisions publiques. Dans les rues d’Alger, d’Oran, de Constantine, de Béjaïa et dans toutes les wilayas du pays, les Algériennes et les Algériens ont exprimé une aspiration claire : un État de droit effectif et une démocratie authentique.

Mais avec lucidité, il faut aussi reconnaître que ce qui a manqué au Hirak, ce fut la structuration politique et l’approfondissement programmatique. Le mouvement a incarné une formidable énergie citoyenne, une maturité pacifique et une unité nationale rare. Cependant, faute d’organisation formalisée, de leadership identifié et de cadre stratégique commun, cette énergie n’a pas pu se traduire pleinement en propositions institutionnelles consolidées.

Ce déficit de structuration ne doit pas être perçu comme une faiblesse irrémédiable, mais comme une étape inachevée. Ce qui n’a pas pu être accompli dans la rue peut — et doit — être construit autour de la table du dialogue. Si nous sommes animés d’une ambition sérieuse pour l’Algérie, cette étape de réflexion collective et d’organisation politique est indispensable. Elle ne pourra jamais être remplacée par l’improvisation ou la gestion au jour le jour.

Aujourd’hui, la question n’est plus celle de la légitimité des aspirations exprimées. Elle est celle de leur traduction institutionnelle. La seule révolution qui reste à accomplir est celle de la cohésion nationale et de la démocratisation approfondie. Cela suppose un cadre structuré, crédible et inclusif.

  1. Un geste d’apaisement immédiat

J’en appelle au Président de la République, Abdelmadjid Tebboune, afin qu’il engage une mesure de grâce en faveur de tous les détenus d’opinion. Ce geste serait un acte fondateur d’une nouvelle étape politique. Il créerait les conditions morales et politiques d’un dialogue sincère.

L’apaisement est la première condition de la confiance.

  1. La mise en place d’une Conférence nationale inclusive

Il est nécessaire d’organiser une Conférence nationale du dialogue, composée de :

Cette Conférence aurait un mandat clair, limité dans le temps (six à neuf mois), avec un agenda public et transparent.

C’est précisément dans ce cadre que pourra être comblé ce qui a manqué au Hirak : la réflexion stratégique, la formalisation des priorités, la hiérarchisation des réformes et la définition d’un cap partagé.

  1. Des axes de travail précis

Le dialogue national devrait s’articuler autour de quatre chantiers prioritaires :

Renforcement de l’indépendance de la justice, garanties effectives des libertés publiques, équilibre des pouvoirs, transparence électorale.

Révision des textes relatifs à la presse, à l’expression et à l’activité associative afin d’assurer un pluralisme réel.

Mécanismes renforcés de contrôle parlementaire, protection des lanceurs d’alerte, digitalisation des procédures administratives.

Stratégie nationale pour l’emploi, soutien à l’entrepreneuriat, réforme de l’université et valorisation des compétences.

Ces axes doivent être traités avec méthode, expertise et responsabilité. La spontanéité du mouvement citoyen doit désormais céder la place à la rigueur de la construction institutionnelle.

  1. Un mécanisme de validation démocratique

Les conclusions de la Conférence devraient être rendues publiques et soumises soit à un débat parlementaire suivi d’un vote, soit, pour les réformes majeures, à référendum. La souveraineté populaire doit rester au cœur du processus.

La crédibilité du dialogue dépendra de sa traduction concrète dans les lois et dans les pratiques.

L’Algérie ne peut relever les défis du XXIᵉ siècle — diversification économique, transition énergétique, transformation numérique, stabilité régionale — sans unité interne et sans confiance renouvelée entre l’État et la société.

Ce devoir dépasse les clivages politiques. Il est dû à la mémoire de nos martyrs et à l’espérance de notre jeunesse. Le Hirak a démontré la maturité du peuple algérien. Il appartient désormais aux responsables publics de démontrer la maturité de l’État.

Un dialogue national structuré, sincère et courageux peut devenir le fondement d’un nouveau pacte démocratique. Ce qui a manqué hier — la structuration et la réflexion stratégique — peut être construit aujourd’hui dans un cadre inclusif et responsable.

L’histoire offre parfois des rendez-vous décisifs. Celui-ci ne doit pas être manqué.

Lyazid Benhami (*)

(*) Cadre au ministère de la culture. Président du Groupe de Réflexion sur l’Algérie, le GRAL. Vice-président de l’Association des Amitiés Franco-Chinoises de Paris . Écrivain et contributeur dans les médias.

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