Dans un podcast du Haaretz, l’ancien ambassadeur américain en Israël, Dan Shapiro, met en garde contre le prolongement de la guerre contre l’Iran et estime qu’« à un moment donné, Trump en aura assez », tant le président cherche à éviter que Washington ne soit entraîné plus loin qu’il ne le souhaite.
Dans un entretien au journal israélien, l’ancien ambassadeur américain en Israël, Dan Shapiro, résume d’emblée l’urgence stratégique pour Washington dans cette guerre contre l’Iran. Selon lui, le président Donald Trump « doit trouver une issue » à la guerre avec l’Iran dès que possible.
D’emblée, le message est clair : pour Shapiro, les États-Unis ne peuvent pas se permettre un conflit prolongé, même si les succès militaires initiaux sont indéniables.
Shapiro reconnaît que la campagne militaire menée contre l’Iran a produit des effets spectaculaires. Il parle d’une « décimation des moyens militaires iraniens » et de « l’élimination des hauts dirigeants », des résultats qu’il qualifie d’« incroyablement impressionnants ».
Mais il ajoute immédiatement un avertissement stratégique majeur : les États-Unis doivent comprendre que « la partie la plus faible a des cartes à jouer, et que ses cartes deviennent plus influentes à mesure que ce conflit s’éternise ».
Shapiro met en exergue l’étouffement de l’approvisionnement mondial en pétrole dans le détroit d’Ormuz, l’épuisement des ressources antimissiles américaines et israéliennes, ainsi que la multiplication des attaques par des proxies et des groupes armés alliés à Téhéran. Autrement dit : plus la guerre dure, plus l’Iran gagne en capacité de nuisance.
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Shapiro ne cache pas sa position personnelle : il souhaite la fin du régime iranien mais « pas par une campagne militaire. Ce n’est pas vraiment quelque chose dont nous sommes capables à un prix acceptable », tranche l’ancien ambassadeur américain en Israël.
Cette phrase résume l’un des points centraux de son analyse : le coût d’un renversement militaire du régime serait exorbitant, imprévisible et probablement ingérable.
L’ancien ambassadeur craint justement le scénario du pire dans le cas d’un effondrement brutal du régime iranien. La fin du régime des mollahs déclenchera, selon Dan Shapiro, « beaucoup de chaos, beaucoup de débordements d’instabilité vers les pays voisins, peut-être une guerre civile, des vagues de terreur hors d’Iran » et plus encore.
Une divergence stratégique assumée
C’est ici que Shapiro met le doigt sur un point sensible : les intérêts américains et israéliens ne sont plus parfaitement alignés.
Il déclare : « J’imagine que ce n’est pas une grande préoccupation pour les Israéliens. Les Israéliens pourraient vivre avec cet ensemble de préoccupations d’une manière que les États-Unis et le peuple américain verront peut-être différemment et pour lesquelles ils n’ont certainement pas été préparés. »
En d’autres termes, Israël peut accepter un niveau élevé d’instabilité régionale, ce qui n’est pas le cas des États-Unis qui, eux, ne le peuvent pas. Cette divergence, longtemps gérée en coulisses, apparaît désormais au grand jour.
Une guerre qui redéfinit les priorités des alliés
L’analyse de Dan Shapiro révèle une tension stratégique profonde : alors qu’Israël vise un affaiblissement durable, voire la chute du régime iranien, les États-Unis cherchent avant tout à éviter un engrenage régional incontrôlable.
Pour Shapiro, la question n’est pas de savoir si Trump soutient Israël. La question est de savoir jusqu’où il est prêt à aller dans une guerre dont les États-Unis pourraient payer le prix le plus lourd.
Synthèse Saïd Aklid

