Invité le 26 avril au Café littéraire de L’Impondérable par l’écrivain Youcef Zirem, Karim Nait Ouslimane a offert au public un moment rare : une conversation d’une grande tenue intellectuelle autour de son roman Extinction du domaine de la lutte. Entre analyse littéraire, réflexion sociologique et regard philosophique, l’auteur a dévoilé les coulisses d’un livre né d’un projet d’abord académique, avant de se laisser envahir par des personnages qui ont imposé leur propre nécessité romanesque.
Karim Nait Ouslimane est né en Algérie et vit aujourd’hui en France. Enseignant-chercheur et docteur en Littérature générale et comparée, il a consacré sa thèse de doctorat à « L’étude de l’espace dans l’œuvre romanesque de Mohammed Dib ». Ce travail académique a donné lieu à plusieurs publications, notamment son essai La poétique de l’espace chez Mohammed Dib, et Le Voleur de feu : Dib rencontre Deleuze. Auparavant, il avait inauguré son parcours littéraire avec le roman Les Sursitaires.
Romancier, essayiste et chercheur, Karim Nait Ouslimane déploie dans son œuvre une géographie intime où le rapport au sol devient, pour le personnage, l’ultime rempart contre les mirages du libéralisme. Extinction du domaine de la lutte de Karim Nait Ouslimane est un roman dont l’écriture porte la marque d’une longue fréquentation des textes, des théories et des systèmes de pensée.
Un intellectuel entre analyse, transmission et engagement
Son parcours universitaire, exigeant et rigoureux, nourrit une prose analytique, précise, attentive aux idéologies qui structurent les sociétés modernes. Chez lui, la littérature n’est jamais un simple espace narratif : elle devient un lieu d’examen, de déconstruction et de mise en tension des discours dominants.
Au‑delà de son travail académique, Karim Nait Ouslimane s’est imposé ces dernières années comme une voix singulière dans l’espace public. Très présent sur les réseaux sociaux, il y propose un regard neuf, souvent salué pour sa clarté et sa profondeur, mêlant sociologie, philosophie et critique culturelle. Son approche, toujours mesurée, contribue à éclairer les débats contemporains, notamment ceux qui traversent la société algérienne : questions d’émancipation, de mémoire, de modernité, de rapports de pouvoir.
Karim Nait Ouslimane s’inscrit dans une tradition d’intellectuels qui refusent la séparation entre savoir et action, entre pensée et responsabilité ; cette posture explique en partie la force de son roman : Extinction du domaine de la lutte n’est pas seulement une fiction, mais l’aboutissement d’un long travail de réflexion sur les récits qui façonnent nos vies, sur les modèles idéologiques qui nous traversent, et sur les possibilités de résistance qu’offre encore la littérature.
Karim Nait Ouslimane à L’Impondérable : une parole calme, lucide et nécessaire
Extinction du domaine de la lutte de Karim Nait Ouslimane met en scène un antihéros pris dans les engrenages d’un monde libéral qui réduit l’existence à l’accumulation et à la performance. À travers une intrigue tendue, traversée par l’Histoire et les fractures sociales contemporaines, l’auteur propose une critique littéraire du modèle houellebecquien et interroge la possibilité même d’un geste salvateur dans une société saturée.
Karim Nait Ouslimane était au Café littéraire de L’Impondérable le 26 avril, lors d’un rendez‑vous très attendu par les habitués comme par les nouveaux venus. La rencontre s’est ouverte, comme le veut la tradition du lieu, par une présentation du livre, avant de laisser place à un échange d’une grande clarté intellectuelle entre l’hôte et son invité.
Dès ses premières interventions, Karim Nait Ouslimane a retrouvé ce qui fait sa signature : un calme profond, une parole mesurée et une sagesse tranquille. Son analyse, toujours précise, contribue depuis plusieurs années à nourrir les débats publics, notamment autour des enjeux d’émancipation de la société algérienne.
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Karim Nait Ouslimane a également partagé un élément essentiel de la genèse de son ouvrage. Au départ, il n’avait pas l’intention d’écrire un roman. Son parcours universitaire l’orientait naturellement vers un écrit analytique, vers une forme plus proche de l’essai. Il souhaitait d’abord proposer une lecture critique de Michel Houellebecq, un auteur qu’il a longtemps admiré avant d’en percevoir, selon ses mots, l’appauvrissement progressif de l’écriture et de la pensée.
Mais au fil du travail, quelque chose s’est déplacé. Des figures ont émergé, des voix se sont imposées, des trajectoires ont commencé à se dessiner. Les personnages se sont installés, presque malgré lui, jusqu’à former la trame romanesque d’Extinction du domaine de la lutte, un titre qui détourne explicitement Extension du domaine de la lutte de Michel Houellebecq.
Ce passage de l’essai au roman n’est pas un simple changement de forme : il marque le moment où l’analyse théorique se laisse traverser par la fiction, où la pensée devient incarnation, où la littérature prend le relais de l’essai pour dire ce que les concepts seuls ne suffisent plus à saisir.
Le roman s’ouvre sur une critique explicite de la théorie libérale telle que Michel Houellebecq la met en scène dans son œuvre : un système fondé sur l’accumulation, argent, sexe, jouissance, et sur la réduction de l’humain à un schéma de désir quantifiable. Nait Ouslimane en démonte les fondements en montrant l’irréductibilité de l’homme à une mécanique de jouissance.
De l’effacement à la rupture
Gabriel Luisant, l’un des protagonistes principaux, est un cadre administratif sans relief, un homme discret, presque transparent, enfermé dans une routine bureaucratique qui l’use sans jamais l’abattre. Tout, chez lui, semble voué à l’effacement : ses gestes, ses ambitions, sa présence même au monde. Jusqu’au jour où une série de rencontres, Nedjma, Thomas, Abel, Max, vient fissurer ce quotidien terne et l’entraîner dans un mouvement qui le dépasse, comme si l’Histoire, soudain, décidait de le saisir par le col.
Ces figures ne sont pas de simples présences autour de lui. Elles incarnent chacune une tension politique, sociale ou morale de la France contemporaine. À travers elles, Gabriel se trouve confronté à des forces qui le tirent hors de son inertie, l’obligent à regarder le monde autrement, et l’entraînent vers un point de rupture qu’il n’avait jamais envisagé.
Parmi les scènes qui scandent son parcours, l’une agit comme un pivot : le duel entre Thomas et Abel, qui se conclut par le geste irréversible de Thomas poignardant Abel. Ce moment n’est pas seulement un éclat de violence. Il porte en lui l’ombre d’un récit plus ancien, presque enfoui dans la mémoire humaine : celui du meurtre originel, où un frère lève la main sur un autre.
Le roman n’appuie jamais la référence, mais laisse affleurer cette dimension mythologique. Le fratricide n’est pas convoqué comme une figure figée : il surgit comme une matrice qui continue de travailler nos sociétés, un schéma archaïque qui ressurgit dès que les tensions deviennent trop fortes. Dans cette scène, tout semble rejouer ce drame premier : la rivalité, la jalousie, l’incompréhension, la montée d’une tension qui finit par se résoudre dans le sang.
Thomas et Abel cessent alors d’être deux individus pour devenir les porteurs de deux visions du monde qui ne parviennent plus à cohabiter. Leur affrontement rejoue, à l’échelle contemporaine, une violence fondatrice qui hante encore nos structures sociales.
Autour de ce duel gravite une série d’événements qui dessinent un paysage social en éclats : le militantisme ardent, parfois désespéré, de Max ; l’incendie d’une mosquée, qui renvoie à la violence raciale, religieuse et symbolique ; la marche des Gilets Jaunes, où se cristallisent l’irruption brutale de la colère sociale, la désillusion politique et cette quête de dignité qui hante le roman.
Rien n’est juxtaposé : ces épisodes forment un réseau de tensions qui encerclent Gabriel, l’assaillent, l’obligent à sortir de sa neutralité. Chaque scène, chaque rencontre, chaque éclat de violence ou de solidarité le rapproche d’un geste final, un geste brutal, qui apparaît comme la seule issue possible pour un homme longtemps resté en retrait.
Une écriture de la tension et du basculement
L’écriture du roman repose sur une tension continue, presque souterraine, qui accompagne chaque geste, chaque silence, chaque hésitation de Gabriel. Le récit avance comme une montée progressive vers un point de rupture, un seuil invisible que le lecteur sent approcher sans jamais pouvoir en prévoir la forme exacte. La prose, volontairement sobre, presque dépouillée, épouse cette trajectoire intérieure : elle suit un homme qui oscille sans cesse entre effacement et surgissement, entre la tentation de disparaître et l’appel d’un acte qui le ferait enfin exister.
Cette tension n’est jamais spectaculaire. Elle se construit par petites touches, par glissements successifs, par une accumulation de micro‑événements qui, pris isolément, semblent anodins, mais qui, mis bout à bout, composent une mécanique implacable.
L’écriture capte ce moment fragile où un individu, longtemps passif, commence à sentir en lui la possibilité d’un basculement. Elle enregistre les vibrations d’une conscience qui se réveille, les secousses d’un monde qui s’invite dans la vie d’un homme qui n’avait rien demandé. Le style accompagne ce mouvement intérieur : phrases resserrées, rythme maîtrisé, refus de l’emphase.
Tout concourt à faire sentir que quelque chose se prépare, que la surface calme du récit dissimule une agitation profonde. C’est une écriture de la retenue, mais une retenue chargée, prête à céder. Une écriture qui avance au bord du précipice, consciente que le moindre pas peut faire chavirer le personnage dans un acte irréversible.
Ainsi, le roman ne raconte pas seulement une histoire : il met en scène un passage, une transformation, un glissement de l’ombre vers la lumière, ou vers une autre forme de nuit. Le basculement n’est pas un événement isolé, mais le résultat d’une tension patiemment tissée, d’un fil narratif qui se tend jusqu’à rompre. Et c’est précisément dans cette rupture que Gabriel, pour la première fois, devient pleinement lui‑même.
Quand la fiction pense le monde
L’un des apports majeurs du livre réside dans sa manière d’aborder le politique sans jamais tomber dans le discours, le manifeste ou la démonstration. La critique du libéralisme qui traverse le roman n’est pas théorique : elle est incarnée, vécue à travers des corps, des gestes, des hésitations, des ratés. Elle se loge dans les failles du quotidien, dans les silences, dans les tensions qui traversent les relations humaines. Le politique n’est pas un décor : il est une force qui travaille les personnages de l’intérieur, qui façonne leurs trajectoires, qui les pousse parfois à des actes qu’ils ne comprennent pas eux‑mêmes.
Le roman interroge ainsi la possibilité d’un engagement dans un monde où tout semble déjà joué, où les structures économiques et sociales paraissent si solides qu’elles étouffent toute tentative de résistance. Il montre comment un individu ordinaire, sans ambition particulière, peut se retrouver pris dans des dynamiques qui le dépassent, et comment la fiction permet de rendre sensible ce que les analyses théoriques peinent parfois à saisir : la fatigue, la colère, la lassitude, mais aussi les sursauts, les élans, les gestes minuscules qui, mis bout à bout, composent une forme d’insoumission.
Ce qui fait la force du livre, c’est précisément cette capacité à penser le politique sans le dire, à le faire sentir plutôt qu’à l’expliquer. Le roman ne propose pas de solution, ne délivre pas de message, ne cherche pas à convaincre. Il expose, il montre, il laisse affleurer. Il fait apparaître les contradictions d’un système qui promet la liberté tout en produisant de nouvelles formes d’aliénation. Il donne à voir des existences prises dans des engrenages, mais aussi des moments où quelque chose se fissure, où une brèche s’ouvre, où un geste, même minuscule, devient possible.
En cela, Extinction du domaine de la lutte de Karim Nait Ouslimane est une fiction politique d’un genre rare : une fiction qui ne cherche pas à imposer une vision du monde, mais qui invite à regarder autrement, à sentir autrement, à penser autrement. Une fiction qui, sans slogan, sans programme, sans dogme, parvient à toucher ce qui, en chacun, résiste encore.
Une relecture des récits contemporains
En revisitant Houellebecq et les théories houellebecquiennes, Karim Nait Ouslimane ne se contente pas de dialoguer avec une œuvre majeure de la littérature contemporaine : il en propose une véritable relecture, une mise à distance critique qui ouvre un espace littéraire nouveau. Là où Houellebecq décrit un individu broyé par les logiques libérales, réduit à un consommateur de plaisirs et de frustrations, Nait Ouslimane introduit une faille, une possibilité, même infime, de résistance.
Son roman ne réfute pas frontalement le diagnostic houellebecquien ; il le déplace. Il montre que l’individu n’est pas seulement la victime passive d’un système qui l’écrase, mais qu’il demeure, malgré tout, un acteur potentiel d’un renversement, même minime, même tragique, même voué à l’échec. Ce renversement n’a rien d’héroïque : il se joue dans les marges, dans les hésitations, dans les gestes minuscules qui échappent aux grandes théories.
En ce sens, Extinction du domaine de la lutte de Karim Nait Ouslimane relit les récits contemporains en refusant la fatalité. Il ne nie pas la puissance des structures, ni la violence des déterminismes sociaux, mais il rappelle que la littérature peut encore faire surgir des zones de liberté, des interstices où quelque chose se déplace. Là où Houellebecq enferme souvent ses personnages dans une mécanique implacable, Nait Ouslimane laisse entrevoir la possibilité d’un écart, d’un sursaut, d’un acte qui, même dérisoire, reconfigure le rapport au monde.
Cette relecture n’est pas seulement esthétique : elle est politique. Elle affirme que l’individu n’est jamais totalement dissous dans les récits dominants, qu’il peut encore infléchir sa trajectoire, même si cette inflexion prend la forme d’un geste désespéré. Le roman devient alors un lieu où se rejoue la question de la liberté, non pas comme un concept abstrait, mais comme une expérience fragile, précaire, toujours menacée, mais jamais entièrement abolie.
Pourtant, cette dynamique de rupture ne mène pas à une libération au sens politique ou social. À mesure que le récit progresse, le geste de Gabriel se dépouille de toute intention militante pour se resserrer sur une nécessité plus brute, presque mystique. En plaçant en épigraphe trois vers extraits du poème L’Héautontimorouménos (« Le bourreau de soi-même ») de Charles Baudelaire, « Je te frapperai sans colère / Et sans haine, comme un boucher… », l’auteur évacue la passion pour embrasser une violence froide, quasi rituelle. Le titre même du poème, qui désigne celui qui s’inflige à lui-même ses propres tourments, offre ici la clé de voûte de l’œuvre : la violence que Gabriel Luisant finit par exercer sur le monde n’est que le miroir d’une déchirure intime, celle d’un homme qui, dans une société qui réduit l’humain à une mécanique, devient, selon les mots du poète, à la fois « la victime et le bourreau ».
La résolution finale, celle du « droit du sol », signe l’abandon définitif des promesses libérales. Pour Gabriel, l’extinction du domaine de la lutte ne se résout pas dans une victoire ou une révolution, mais dans une soustraction radicale au monde : le retour à la terre, cet ultime refuge où, enfin réunis par le sol, les corps cessent d’être des marchandises pour redevenir des êtres en repos.
Une œuvre qui s’inscrit dans son époque
Bien que récent, le roman s’inscrit déjà dans une lignée de fictions critiques qui interrogent la place de l’individu dans les structures sociales. Il arrive à un moment où les récits dominants vacillent, où les certitudes idéologiques se fissurent, où les tensions politiques et les recompositions identitaires redessinent le paysage intellectuel.
Sa parution en 2025, dans un climat marqué par la polarisation, la fatigue démocratique et la montée des discours antagonistes, lui confère une résonance particulière : le livre semble dialoguer directement avec l’époque, en capter les vibrations, en révéler les lignes de fracture.
L’impact du roman tient aussi à la singularité de son auteur. L’entrée de Karim Nait Ouslimane dans le champ romanesque n’est pas celle d’un écrivain improvisé, mais celle d’un universitaire dont la rigueur intellectuelle irrigue chaque page. Cette exigence théorique ne bride jamais le souffle narratif ; au contraire, elle lui donne une profondeur rare.
Le roman parvient ainsi à conjuguer analyse et incarnation, réflexion et tension dramatique, pensée critique et puissance fictionnelle. En cela, Extinction du domaine de la lutte de Karim Nait Ouslimane marque une étape importante : il montre qu’il est encore possible, aujourd’hui, d’écrire une fiction politique qui ne soit ni démonstrative ni militante, mais qui interroge en profondeur les récits qui façonnent nos vies.
Il ouvre un espace où la littérature retrouve sa capacité à penser le monde, à le mettre en crise, à en révéler les zones d’ombre. Et c’est peut‑être là son impact le plus durable : rappeler que la fiction, loin d’être un simple divertissement, demeure un outil de lucidité et de transformation.
Une œuvre qui ouvre un espace de pensée
Extinction du domaine de la lutte de Karim Nait Ouslimane est un roman ambitieux, qui mêle critique sociale, tension narrative et réflexion philosophique avec une maîtrise étonnante pour une entrée en littérature.
En suivant la trajectoire de Gabriel Luisant, Karim Nait Ouslimane interroge la possibilité d’un geste humain dans un monde saturé de déterminismes, un monde où les structures semblent si solides qu’elles étouffent toute tentative de déviation.
Sous son apparente sobriété, le roman déploie une profondeur rare. Il ne cherche ni l’effet ni la démonstration : il avance par strates, par glissements, par une tension continue qui conduit le lecteur au plus près d’une conscience en éveil. La force du livre tient précisément à cette retenue, à cette manière de laisser la pensée affleurer sans jamais l’imposer, de faire sentir plutôt que d’expliquer, de suggérer plutôt que de conclure. En cela, l’œuvre ouvre un espace de pensée nécessaire.
Elle rappelle que la littérature peut encore interroger nos récits collectifs, mettre en crise nos certitudes, éclairer les zones d’ombre où se jouent les véritables fractures du présent. Elle montre aussi qu’un roman peut être politique sans slogan, philosophique sans abstraction, critique sans dogmatisme.
Avec Extinction du domaine de la lutte, Karim Nait Ouslimane s’impose comme une voix singulière, capable de conjuguer rigueur intellectuelle et souffle narratif, et de faire de la fiction un lieu où l’on interroge, jusqu’au vertige, le prix de notre liberté : celui d’un geste qui, pour ne pas être aboli, doit parfois se retirer du monde pour refonder son propre droit sur le sol, non pas comme une conquête, mais comme un ultime et définitif retour au repos, là où le monde ne peut plus atteindre le sujet.
Brahim Saci
Karim Nait Ouslimane, Extinction du domaine de la lutte, Books on Demand, 2025

