Homme de culture, militant infatigable et ami généreux, Chérif Messaouden a consacré sa vie à la promotion de la langue et de la culture amazighes, à l’ouverture intellectuelle et à la transmission des savoirs. Profondément attaché à ses racines, il a œuvré avec constance pour faire reconnaître et rayonner l’identité amazighe, convaincu que la culture est un pont entre les générations et un levier d’émancipation.
À travers ses prises de parole, ses initiatives et son engagement associatif, Chérif Messaouden a su rassembler autour de valeurs de dialogue, de respect et de partage. Pédagogue dans l’âme, il croyait en la force de l’éducation pour éclairer les consciences et nourrir l’esprit critique. Son engagement, porté par une sincérité rare et une grande bienveillance, ainsi que sa chaleur humaine, continuent d’inspirer tous ceux qui l’ont connu et accompagné sur ce chemin.
Homme de culture et militant infatigable
Chérif Messaouden était bien plus qu’un simple homme engagé. Il était un esprit lumineux, animé par une curiosité insatiable et une soif constante d’apprendre et de transmettre. Passionné de culture et de savoir, il voyait dans chaque échange une occasion d’enrichir les autres autant que lui-même. Son engagement pour la dignité et la reconnaissance de son peuple ne relevait ni de l’ambition personnelle ni de la posture, mais d’une conviction profonde, forgée par l’histoire, la mémoire et l’amour de ses racines.
Militant infatigable, il défendait avec calme et détermination la langue, la culture et les droits qui lui semblaient essentiels à l’épanouissement collectif. Sa parole était réfléchie, argumentée, toujours guidée par le respect et le souci du dialogue. Il croyait à la force des idées, à la patience du travail de terrain et à la nécessité de bâtir des ponts plutôt que des murs.
Au-delà de son engagement public, Chérif était un homme d’une grande générosité. Attentif à l’amitié, fidèle en affection, il savait écouter, encourager et soutenir. Beaucoup se souviennent de sa disponibilité, de ses conseils avisés, de sa capacité à transmettre sans jamais imposer. Pour lui, partager le savoir était un devoir moral, une manière de préparer l’avenir et de semer des graines d’espoir.
Le 18 avril 2010, il nous a quittés bien trop tôt, à l’âge de 44 ans, des suites d’une longue maladie. Son départ a laissé un vide immense et douloureux. Pourtant, son héritage demeure vivant : dans les combats qu’il a menés, dans les initiatives qu’il a inspirées, et surtout dans la mémoire reconnaissante de celles et ceux qui ont eu le privilège de le connaître, de travailler à ses côtés et de partager ses idéaux.
Le rayonnement du Cercle culturel Igelfan
À la tête du Cercle culturel Igelfan de la commune de Bouzeguene, Chérif Messaouden a su insuffler un rayonnement culturel exceptionnel. Sous sa direction, le Cercle est devenu un véritable carrefour d’échanges intellectuels et culturels, un espace où les idées, les passions et les débats pouvaient se croiser librement. Il croyait profondément que la culture est un vecteur de liberté, de réflexion et de cohésion sociale, et il a œuvré sans relâche pour créer un espace où chacun pouvait s’exprimer et apprendre.
Le 1er novembre 2004, il a lancé le journal Échos de Bouzeguene, une publication culturelle ouverte et engagée, fidèle à la conviction que le dialogue et le débat sont des instruments essentiels pour enrichir les esprits et consolider la démocratie. À travers ce journal, il a offert aux habitants de Bouzeguene un outil de réflexion, d’information et de partage, toujours dans l’esprit de rassemblement et d’ouverture qui le caractérisait.
Chérif Messaouden portait dans son cœur la philosophie de tolérance et d’ouverture de Saint-Exupéry, qu’il avait fait sienne : « Celui qui diffère de moi, loin de me léser, m’enrichit. » Ces mots reflètent parfaitement son engagement pour la diversité, son respect de l’autre et son désir sincère de créer des ponts entre les idées et les individus.
Un engagement profond et multiple
Chérif Messaouden était bien plus qu’un simple homme engagé. Il était un esprit lumineux, animé par une passion profonde pour la culture, le savoir et l’histoire de son peuple. Militant infatigable pour la dignité et la reconnaissance de la langue et de la culture amazighes, il n’a jamais cessé de défendre les droits de son peuple avec courage et persévérance.
Mais son engagement ne se limitait pas à la sphère politique ou culturelle : il était avant tout un être généreux, attentif à l’amitié, à l’écoute des autres, et profondément attaché à la transmission du savoir. Il savait combiner conviction et bienveillance, rigueur intellectuelle et chaleur humaine.
Son départ a laissé un vide immense dans le cœur de tous ceux qui ont eu la chance de le connaître, de travailler à ses côtés ou de partager ses idéaux. Mais même dans l’absence, son œuvre, son esprit et ses valeurs continuent d’inspirer ceux qui l’ont aimé et respecté.
Le Cercle culturel Igelfan : un lieu d’échanges et de débats
À la tête du Cercle culturel Igelfan de la commune de Bouzeguene, Chérif Messaouden a insufflé un véritable rayonnement culturel. Sous sa direction, le Cercle est devenu un carrefour dynamique d’échanges intellectuels et culturels, un lieu ouvert où les idées, les passions et les débats pouvaient se croiser et s’enrichir mutuellement. Il croyait profondément que la culture est un vecteur de liberté, de réflexion et de cohésion sociale, et il a œuvré sans relâche pour créer un espace où chacun pouvait s’exprimer et apprendre.
Chérif Messaouden portait dans son cœur la philosophie de tolérance et d’ouverture de Saint-Exupéry, qu’il avait pleinement adoptée : « Celui qui diffère de moi, loin de me léser, m’enrichit. » Ces mots, qu’il vivait au quotidien, reflètent parfaitement son engagement pour la diversité, son respect sincère de l’autre et son désir constant de construire des ponts entre les idées, les individus et les générations. Sa vie témoigne de la force d’une conviction éclairée par la bienveillance, et de la capacité d’un homme à transformer la culture en un vecteur d’unité et de liberté.
Le Centre culturel de Bouzeguene : énergie et vision
Le Centre culturel de Bouzeguene, que Chérif Messaouden dirigeait avec une passion sans faille et une vision éclairée, brillait par l’énergie qu’il y insufflait et par l’ouverture d’esprit qu’il y incarnait. Sous sa direction, le centre est devenu bien plus qu’un simple lieu culturel : il s’est transformé en véritable carrefour d’échanges, de rencontres et de débats. Chaque initiative, chaque activité y contribuait à nourrir la culture, à préserver la mémoire et à renforcer les liens d’amitié entre les participants. Chérif Messaouden savait allier exigence intellectuelle et chaleur humaine, créant un espace où la créativité, la réflexion et la convivialité pouvaient s’épanouir ensemble.
Un souvenir particulier reste gravé dans ma mémoire, ce jour de 2007 où il m’accompagna à Radio Soummam, aux côtés du journaliste Salem Hammoum, plume rare et esprit libre du journalisme algérien, et Abdenour Hadjemi, inspecteur académique passionné d’art et de culture, dont la présence ajoutait à la richesse des échanges. La rencontre n’avait rien d’anodin : elle portait en elle cette effervescence intellectuelle que Chérif aimait tant, faite d’échanges francs, de débats nourris et de respect mutuel
Salem Hammoum, disparu le 21 septembre 2015 à l’âge de 65 ans des suites d’une longue maladie, paix à son âme, partageait avec lui cette exigence de vérité et cette passion pour la culture et la transmission. Ce moment réunissait des esprits engagés, animés par le même désir d’éclairer, de transmettre et de faire vivre le débat d’idées.
Ce souvenir illustre à merveille la chaleur et la profondeur des relations humaines que Chérif savait créer et entretenir. Il ne se contentait pas de rencontrer ; il liait, il rapprochait, il construisait des ponts entre les personnes et les générations. Sa générosité, sa sincérité et sa fidélité faisaient de lui un ami précieux, capable de tisser des liens durables et profonds, dont l’empreinte demeure bien au-delà du temps.
Un vide immense mais des souvenirs vivants
Le départ de Chérif Messaouden et de Salem Hammoum a laissé un vide immense dans le cœur de leurs proches, dans celui de leurs amis et de tous ceux qui partageaient leurs engagements, leurs idéaux et leur vision du monde. Leur absence physique se fait douloureusement sentir, mais elle ne parvient pas à effacer la trace profonde qu’ils ont laissée dans la mémoire et dans l’esprit de ceux qui les ont aimés et côtoyés.
Chaque souvenir, chaque anecdote, chaque instant partagé avec eux continue de rayonner comme un éclat de lumière, rappelant l’intensité de leur humanité, leur générosité et la sincérité de leurs amitiés. Ces moments précieux, gravés dans les cœurs, témoignent de leur capacité unique à créer du lien, à inspirer et à enrichir la vie de ceux qui les entouraient.
Leur héritage ne se limite pas aux idées qu’ils ont défendues ou aux projets qu’ils ont menés : il vit dans la force des liens qu’ils ont tissés, dans la chaleur de leurs rencontres et dans la manière dont ils ont su éveiller, auprès de chacun, curiosité, engagement et ouverture d’esprit. Certaines rencontres, rares et intenses, laissent une empreinte indélébile. Chérif Messaouden et Salem Hammoum font partie de ces êtres dont la présence, même après le départ, continue de guider, d’inspirer et de rappeler que la véritable grandeur réside dans l’amour de la culture, de la liberté et des autres.
Souvenirs d’Azazga et de convivialité
Chaque retour en Algérie ravivait multitude de souvenirs, comme si la terre natale réveillait en lui une mémoire sensible, faite d’images, de visages et de voix familières. Je retrouvais avec émotion les paysages, les senteurs et les accents qui avaient façonné mon identité nourri mon engagement culturel. Ces séjours n’étaient jamais de simples voyages : ils représentaient un retour aux sources, une respiration essentielle.
Nos retrouvailles à Azazga, cette ville chaleureuse de Kabylie, restaient des moments privilégiés. Entre les ruelles animées et les restaurants typiques de la ville, Chérif Messaouden partageait des repas conviviaux où le temps semblait suspendu. Autour de la table, les discussions s’animaient naturellement : on y parlait culture, langue, mémoire, actualité, toujours avec cette liberté de ton et cette profondeur de réflexion qu’il affectionnait tant.
Ces instants n’étaient pas de simples rencontres ; ils étaient de véritables espaces de transmission et de construction collective. Chérif savait écouter, questionner, relancer le débat sans jamais l’imposer. Il encourageait les points de vue différents, convaincu que la richesse naît de la confrontation respectueuse des idées. Son rire franc, sa bienveillance et son regard attentif donnaient à ces échanges une dimension profondément humaine.
On quittait ces rencontres le cœur léger et l’esprit éclairé, avec le sentiment d’avoir appris, partagé et renforcé des liens sincères. Elles témoignaient de l’importance qu’il accordait à la convivialité autant qu’au savoir, persuadé que la culture se vit autant qu’elle se pense, et que l’amitié est l’un des plus beaux vecteurs de transmission.
Le projet d’hommage au docteur Aziz Saibi
Peu de temps avant sa disparition, Chérif Messaouden avait évoqué avec émotion la figure du docteur Aziz Saibi. Ce dernier n’était pas un chercheur ordinaire : homme de savoir et d’ouverture, il incarnait une rare alliance entre rigueur scientifique, curiosité intellectuelle et engagement culturel profond. Chercheur libre et pluridisciplinaire, il s’intéressait aussi bien aux sciences exactes qu’aux langues, à l’histoire et à la philosophie, toujours guidé par une soif inextinguible de comprendre les racines de l’humanité et les fils invisibles qui relient les peuples.
Originaire de Houra, le docteur Saibi était également un militant convaincu de la cause berbère. Militant actif au sein de l’Académie berbère, il entretenait une amitié étroite avec Bessaoud Mohand Arab, figure majeure du mouvement amazigh. À travers ses travaux, Saibi cherchait à redonner à la culture et à la langue amazighes la place qui leur revient dans le patrimoine universel. Son hypothèse audacieuse, selon laquelle la langue berbère serait à l’origine de nombreuses langues du monde, voire la « mère des langues », témoignait à la fois de sa passion et de sa volonté de renverser les perspectives établies sur l’histoire linguistique de l’humanité.
Malheureusement, Aziz Saibi s’éteignit le 16 juillet 2006, à l’âge de 56 ans, après un long combat contre la maladie. Sa disparition laissa un vide immense dans le monde de la recherche libre.
Profondément touché par la perte de cet esprit brillant, Chérif Messaouden, animé par un sens aigu de la mémoire et de la gratitude, avait alors nourri le projet de lui rendre un hommage digne de son œuvre et de son engagement. Il envisageait de concrétiser cet hommage à travers le Centre culturel de Bouzeguene, en impliquant non seulement le village natal de Saibi, mais aussi les départements de recherche linguistique des universités de Tizi-Ouzou et de Béjaïa. Ce projet devait constituer un lieu de réflexion, de mémoire et de transmission, pour célébrer la contribution d’un homme qui avait consacré sa vie à l’étude et à la sauvegarde d’une culture millénaire.
Cependant, le destin ne laissa pas à Chérif le temps de mener à bien cette noble entreprise. Lui aussi partit trop tôt, avant de pouvoir concrétiser ce rêve. Sa disparition prématurée mit fin à un double élan : celui de la reconnaissance envers un grand chercheur, et celui d’une volonté sincère de bâtir des passerelles entre la science, la mémoire et l’identité.
Ainsi, le projet d’hommage resta inachevé, suspendu entre la promesse et le souvenir. Mais à travers ces deux figures, le docteur Aziz Saibi et Chérif Messaouden, demeure vivante une même aspiration : celle de préserver la richesse de la culture amazighe, de transmettre le savoir, et de rendre hommage à ceux qui, par leur pensée et leur dévouement, ont œuvré pour la dignité et la continuité de leur peuple.
Un héritage vivant et porteur d’espérance
L’héritage culturel de Chérif Messaouden, son engagement inébranlable et la grandeur de son humanité continuent d’inspirer tous ceux qui ont eu le privilège de le connaître. Sa vie fut un exemple rare de dévouement, non seulement à la préservation et à la valorisation de la culture amazighe, mais aussi à la liberté de pensée, à l’ouverture aux idées nouvelles et à la solidarité entre les hommes. Chaque action qu’il a menée, chaque initiative qu’il a portée, témoignait de sa conviction profonde que le savoir, le dialogue et l’échange sont des forces capables de transformer les sociétés et d’élever les consciences.
Son souvenir ne s’efface pas avec le temps ; il demeure vivant dans les cœurs, dans les esprits et dans les mémoires de ceux qui l’ont aimé et suivi. Il guide encore aujourd’hui tous ceux qui cherchent à poursuivre son combat pour la connaissance, le partage des idées et la transmission culturelle. Ses proches, ses amis, ses compagnons de lutte et de réflexion trouvent dans ses paroles, ses œuvres et son exemple la force et le courage de continuer à bâtir, à enseigner, à réfléchir et à transmettre.
Chérif Messaouden demeure un phare pour tous ceux qui croient en la puissance de la culture et de l’amitié. La lumière qu’il a allumée, à travers son engagement, ses idées et ses rencontres, continue de briller, éclairant ceux qui marchent sur ses traces et rappelant à chacun que la mémoire des grands hommes ne meurt jamais. Son esprit vit dans chaque débat, dans chaque livre, dans chaque geste de partage et de générosité qu’il a inspiré. Ainsi, bien que son absence se fasse douloureusement sentir, son héritage reste une source inépuisable d’inspiration et d’espérance.
Brahim Saci

