Entre polémiques arbitrales, tensions avec la CAF et gestion controversée des billets de stade, l’élimination de l’Algérie en quarts de finale de la CAN 2025 face au Nigeria apparaît, pour beaucoup, comme l’aboutissement d’un enchaînement d’événements qui ont fragilisé les Verts bien avant le coup d’envoi. Retour sur une chronologie où le sportif a souvent été éclipsé par l’extra-sportif.
L’aventure algérienne au Maroc a été marquée, dès le début, par une série d’incidents qui ont nourri un climat de suspicion. Le premier épisode concerne la crise des billets, devenue l’un des symboles des dysfonctionnements entourant la compétition.
Une CAN sous tension dès les premiers jours
Alors que la CAF annonçait des rencontres « à guichets fermés », de nombreux supporters algériens ont constaté l’inverse : des tribunes largement clairsemées, y compris lors des matchs des Verts. Cette contradiction a été renforcée par des témoignages recueillis sur place.
Selon RMC Sport, plusieurs supporters affirment ne pas avoir pu acheter de tickets, même lorsque les stades affichaient de nombreuses places libres. L’un d’eux explique que la billetterie était fermée 24 heures avant les matchs, rendant impossible tout achat de dernière minute, y compris via les plateformes numériques. Un autre évoque une situation « absurde », où des fans prêts à payer se retrouvaient bloqués alors que les tribunes restaient « aux deux tiers vides ».
Le média rapporte également que, pour combler les gradins lors de certaines rencontres, des billets gratuits auraient été distribués en début de compétition, une pratique observée par des journalistes sur place, bien que démentie par la CAF.
Ces incohérences — fermeture anticipée de la billetterie, impossibilité d’acheter en ligne, distribution ponctuelle de tickets gratuits, stades vides malgré l’annonce du « sold out » — ont renforcé l’idée d’un environnement défavorable aux supporters algériens. Elles ont aussi contribué à installer, dès les premiers jours, un sentiment de gestion opaque et de manque de transparence, qui a pesé sur la perception globale du tournoi.
Pressions psychologiques et polémiques médiatiques
À mesure que l’équipe avançait dans la compétition, d’autres éléments sont venus perturber sa sérénité. Des campagnes hostiles sur les réseaux sociaux, des polémiques jugées artificielles — comme l’affaire du « ballon volée » ou l’interprétation de la célébration d’Ahmed Amoura — ont contribué à installer un climat de tension autour de la sélection.
À ces épisodes s’est ajoutée une fake news particulièrement virale, relayée par plusieurs comptes anonymes : une vidéo prétendant montrer le joueur algérien Adil Boulbina en train de « voler de la nourriture » dans un hôtel. Selon les vérifications de RMC Sport, la séquence était totalement sortie de son contexte : il ne s’agissait pas du joueur algérien, et la scène n’avait aucun lien avec la CAN 2025.
« Visionné plus d’1,5 million de fois, cet extrait d’une vingtaine de secondes a été partagé plusieurs milliers de fois. Pourtant, il s’agit d’une fake news véhiculée à la veille d’un huitième de finale à suspense contre la République démocratique du Congo », écrit RMC Sport. Malgré les démentis rapides, la rumeur a circulé massivement, alimentant un climat de suspicion et de moquerie autour des Fennecs.
Ce type de désinformation, déjà observé lors d’autres compétitions internationales, a renforcé la perception d’une guerre psychologique visant à déstabiliser l’équipe. Pour le staff comme pour les joueurs, ces attaques répétées ont constitué un bruit médiatique permanent, susceptible d’affecter la concentration et la préparation mentale.
Malgré cela, les Verts ont réalisé un excellent premier tour, déjouant les pronostics et s’imposant notamment face à la RD Congo, considérée comme l’une des équipes les plus solides du tournoi. Un succès qui, selon certains observateurs, aurait accru la pression autour de la sélection algérienne.
Le quart de finale face au Nigeria et aux arbitres
La rencontre Algérie–Nigeria a cristallisé toutes les frustrations accumulées depuis le début du tournoi. Si les Super Eagles ont livré une prestation solide et mérité leur qualification, le déroulement du match a été marqué par une série d’erreurs arbitrales qui ont profondément pesé sur la physionomie de la rencontre.
L’un des moments les plus discutés intervient dès la première période : une main flagrante de Junior Ajayi dans la surface, sur un centre de Farès Chaibi. Le bras du joueur nigérian, clairement décollé du corps, stoppe la trajectoire du ballon. Pour de nombreux observateurs, cette action constitue un penalty évident susceptible de changer le cours du match. Pourtant, l’arbitre sénégalais Issa Sy ne bronche pas. Plus surprenant encore : le VAR, dirigé par le Gabonais Pierre Ghislain Atcho, reste totalement silencieux, sans proposer de révision, malgré la clarté des images.
Ce premier épisode installe un climat de tension qui ne cessera de croître. Au fil du match, l’Algérie subit une distribution de cartons jaunes jugée particulièrement sévère : Zerrouki, Amoura, Aït Nouri, Hadj Moussa et Boudaoui sont avertis pour des interventions souvent anodines, parfois de simples contacts dans le duel. À l’inverse, plusieurs fautes plus rugueuses côté nigérian — notamment celles du latéral Onyemaechi, très engagé dans son couloir — semblent bénéficier d’une tolérance nettement plus large de la part du corps arbitral.
Cette gestion asymétrique du match renforce l’impression d’un arbitrage « à deux vitesses », qui coupe le rythme des Verts et alimente leur frustration. Sur le terrain, les gestes, les regards et les sourires amers des joueurs algériens traduisent une forme d’impuissance face à un scénario qui semble leur échapper.
Une sortie la tête haute et des enseignements pour l’avenir
Au-delà du match, cette CAN 2025 a ravivé les critiques sur la gouvernance de la CAF et sur les conditions d’attribution du tournoi. La présence constante du président Patrice Motsepe, la gestion de la billetterie et certaines décisions arbitrales ont alimenté l’idée d’un environnement défavorable aux Verts, d’autant plus que leur progression menaçait les ambitions d’autres favoris, notamment le Maroc, pays hôte.
Malgré l’élimination, l’équipe nationale quitte la compétition avec un bilan largement positif : un renouveau dans le jeu, une cohésion retrouvée, un parcours solide jusqu’en quarts de finale et une dynamique encourageante à l’approche de la Coupe du monde 2026.
L’élimination de l’Algérie à la CAN 2025 ne peut être réduite à un simple résultat sportif. Elle s’inscrit dans une succession d’événements — arbitrage contesté, pressions psychologiques, gestion opaque de la billetterie — qui ont pesé sur le parcours des Verts.
Mais cette CAN pourrait aussi marquer un tournant : celui d’une équipe qui, malgré les obstacles, a retrouvé de la personnalité, de l’ambition et une base solide pour préparer les échéances mondiales à venir.
Saïd A.


