Nouveau procès pour cyberharcèlement à la suite des JO-2024 : l’influenceur d’extrême droite Papacito sera jugé le 26 février à Paris pour avoir harcelé en ligne la boxeuse algérienne Imane Khelif, cible d’une polémique sur son genre pendant la compétition mondiale.
La médaillée d’or avait déposé une plainte à Paris le 12 août 2024, dénonçant une « campagne féroce » à son encontre. L’enquête, confiée à l’Office central de lutte contre les crimes contre l’humanité et les crimes de haine (OCLCH), a mené à l’identification de l’un de ses cyberharceleurs présumés : Papacito, Ugo Gil-Jimenez de son vrai nom. L’accusation lui reproche des propos relayés sur le réseau social TikTok, où il réunit plus de 30 000 abonnés (il a par ailleurs 160 000 suiveurs sur Instagram).
« C’est important que la justice passe, et qu’elle rappelle que l’espace numérique n’est pas une zone de non-droit. Le cyberharcèlement, de manière générale, peut avoir des répercussions dramatiques pour les victimes », a réagi auprès de l’AFP l’avocat d’Imane Khelif, Me Nabil Boudi.
Papacito, un récidiviste du harcèlement en ligne
Le trentenaire, né à Toulouse et demeurant en Espagne d’après le parquet, est déjà bien connu des services d’enquête.
Son premier scandale remonte à juin 2021, quand il avait diffusé une vidéo sur YouTube simulant l’exécution d’un électeur de La France insoumise (LFI).
En avril 2024, il a été condamné pour injures homophobes et incitation à la violence envers le maire d’un petit village du Sud-Ouest, qui avait dû être placé sous protection policière. Cette affaire avait conduit YouTube France à clôturer sa chaîne en juin 2023. En février, il comparaîtra devant le tribunal correctionnel pour cyberharcèlement et injure discriminatoire au préjudice de Mme Khelif.
La défense invoque la « liberté d’expression »
« Mon client s’étonne de se voir reprocher une prétendue campagne de cyberharcèlement alors qu’il s’est strictement borné à exprimer son avis dans le cadre de la controverse relative à l’éligibilité d’Imane Khelif à concourir dans la catégorie féminine », s’est indigné auprès de l’AFP son avocat, Me Martial Groslambert.
La polémique autour de la championne olympique avait trouvé son origine dans l’exclusion d’Imane Khelif, comme de la Taïwanaise Lin Yu-ting, des championnats du monde à New Delhi en mars 2023.
Selon la Fédération internationale de boxe (IBA), Imane Khelif avait échoué à un test destiné à établir son genre. Non reconnue par le monde olympique, l’IBA a refusé de préciser quel type de test avait été pratiqué. Sauf que pour le Comité international olympique (CIO), son éligibilité ne faisait aucun doute : elle pouvait participer aux Jeux dans le tournoi féminin.
Mais l’exclusion de New Delhi a refait surface quand son adversaire au premier tour, l’Italienne Angela Carini, a abandonné dès la première minute de leur combat.
Sur les réseaux sociaux, la boxeuse a alors été victime d’une campagne de haine et de désinformation, empreinte de racisme, la présentant comme un « homme combattant des femmes ».
« Je suis une femme forte avec des pouvoirs spéciaux. Depuis le ring, j’ai envoyé un message à ceux qui étaient contre moi », avait déclaré Imane Khelif aux médias après sa victoire à la finale des -66kg.
« Je suis pleinement éligible pour participer, je suis une femme comme les autres. Je suis née femme, j’ai vécu en tant que femme et j’ai concouru en tant que femme », avait-t-elle insisté.
Un second prévenu jugé le même jour
Outre Papacito, un autre homme sera jugé le 26 février par le tribunal de Paris : un Algérien âgé de 31 ans soupçonné d’avoir cyberharcelé et d’avoir proféré des menaces de mort racistes à une autre boxeuse, la Marocaine Oumayma Bel Ahbib, a précisé le ministère public.
La boxeuse avait porté plainte le 7 août 2024, dénonçant des menaces, des injures et du cyberharcèlement, lui valant 5 jours d’ITT. Elle expliquait être accusée par ces internautes d’être « l’instigatrice des rumeurs sur le genre d’Imane Khelif », rapporte le parquet.
Plusieurs affaires de cyberharcèlement ont bousculé la tenue des Jeux olympiques en France, telles que le déferlement haineux ayant ciblé la DJ française Barbara Butch ou le directeur artistique de la cérémonie d’ouverture des Jeux Thomas Jolly. Des condamnations ont depuis été prononcées.
Les campagnes de haine visant Imane Khelif rappellent combien les réseaux sociaux peuvent devenir des caisses de résonance pour des discours racistes et discriminatoires, particulièrement lorsque des influenceurs ou des figures médiatiques s’en emparent.
Plusieurs observateurs soulignent que ces attaques ne relèvent pas seulement de polémiques sportives, mais s’inscrivent dans des stratégies plus larges de mobilisation idéologique, où la stigmatisation de minorités ou de figures issues de l’immigration sert de levier pour diffuser des récits identitaires radicaux.
La rédaction/AFP

